Immobile.
Mais pas inactif, pourtant.
Jambes allongées.
Je me sers de mes mains qui sont bien à leur place, au bout
des mes bras. Les sensations sont bonnes. Toutefois …
Ne pas oublier de
vérifier que chaque main est avec son bras.
Poursuivons.
Mon cerveau est actif, je vous remercie de m’accorder ce
crédit.
Peut-être même suis-je concentré.
Suis-je pour autant dans la réalité ?
Dit autrement, dois-je en croire mes yeux ?
Le devrais-je au point que les bras m’en tombent et que mon
histoire de mains tombe à l’eau…
Pourtant c ’est comme si j’étais là sans y être.
Comme si j’étais ailleurs. Un peu comme lui, tiens ou elle.
Eux.
Faut-il cependant que je me fasse à cette idée, que je
l’accepte d’un hochement de tête, au
risque de perdre le fil.
M’exposer alors à manquer un signe et compromettre ou, pire,
rater cette rencontre qui ne manque pas de caractère, ce moment si beau sans paroles. Ou plutôt si,
mais muettes.
Bon. Cela suffit.
Se reprendre. Rien de grave.
Je lis.
Et Que lis-tu allongé ,las? :-)
RépondreSupprimer(déconcerté hier soir d'avoir entendu dans la boite à images une publicité pour une sauce tomate ( Mutti) avec ce poème de Neruda, les bras m'en sont tombés klang!)
La rue
s'est remplie de tomates
midi,
été,
la lumière
se coupe
en deux
moitiés
de tomate,
dans les rues
le jus
coule.
En décembre
la tomate
se déchaîne,
envahit
les cuisines,
s'introduit dans les repas
s'assied
calmement
sur les buffets,
parmi les verres,
les beurriers,
les salières bleues.
Elle a
une lumière propre,
une majesté bénigne.
Nous devons, par malheur,
l'assassiner :
le couteau
plonge
dans sa pulpe vivante,
c'est un rouge
viscère,
un soleil
frais,
profond,
inépuisable,
elle emplit les salades
du Chili,
elle se marie allégrement
avec le clair oignon
et pour fêter ça
on laisse
tomber l'huile,
fille
essentielle de l'olivier,
sur ses hémisphères entrouverts,
le poivre
ajoute
son encens
le sel son magnétisme :
ce sont les noces
du jour,
le persil
plante
ses banderoles
les patates
bouillent vigoureusement,
le rôti
frappe
de son arôme
à la porte,
c'est le moment,
allons!
Et sur
la table, à la ceinture
de l'été,
la tomate,
astre de terre,
étoile
répétée
et féconde,
nous montre
ses circonvolutions,
ses canaux,
l'insigne plénitude
et l'abondance
sans noyau,
sans cuirasse,
sans écailles ni arêtes,
nous livre
le régal
de sa chaleur fougueuse
et la totalité de sa fraîcheur.
Pablo, Neruda. Odes élémentaires, France, Gallimard, 1974
Ces jours-ci je termine un Jim Harrison. Et... suspense insoutenable il y aura en fin d'année un billet sur tous les livres lus en 2015 :-)
SupprimerQuant à la pub, même remarque sur Ferré et les sardines...
La question est posée: doit-on croire ses yeux?
RépondreSupprimer(Ah cette belle ode où on "assassine" les tomates...!)
Dans certains cas, croire plutôt ses bras ...
SupprimerN'étant (heureusement) pas nantie d'une boîte-à-images, la Taulière vous envoie un bonjour à la sauce (tomate) allégée - plutôt un coulis, comme celui qui rutile dans ses placards en bocaux de verre contenant une partie de l'été - et citera pour l'occasion Pierre Dac ("le Sar dîne à l'huile").
RépondreSupprimerPierre Dac, ouf.
SupprimerCar ça devenait dommage d'avoir des commentaires sur la téloche pour un billet présumé "lecture" !!!
A première lecture de ce billet ,on peut imaginer un spectateur devant une de ces émissions qui ont pour but de vendre aux annonceurs " du temps de cerveau humain disponible (...)." désolée :-(
Supprimeren l'occurrence ...aux vendeurs de concentré de tomates.:-)
SupprimerMais pas de problème, entre l'intention de l'auteur en écrivant et la lecture du billet, il y a un écart plus ou moins grand selon - très sûrement- que le texte est plus ou moins réussi...
SupprimerLà je penche forcément plutôt du côté "moins" !
Ce sont les risques ;-)
Croire ses yeux, quand on sait que l'on ne voit que ce que l'on veut voir.
RépondreSupprimerBeaucoup plus pratique, oui ;-)
SupprimerAugustin n'en crut pas ses yeux de voir Ambroise lire en silence. Y être sans y être, d'accord mais muettement !
RépondreSupprimerIl paraît (Alberto Manguel) que la pratique est courante depuis le Xème siècle mais se voir soudain là, comme ça, à lire... c'est décon centr/cert ant.
Un peu comme s'asseoir pour se regarder marcher !
SupprimerExcellent - belle ode aux lecteurs & lectrices, à la fenêtre ou sous la lampe.
RépondreSupprimer... et dans un fauteuil, pour ma part ;-)
Supprimermerci Tania !