Pour ce film, fichons-nous copieusement de la Palme d’Or
pour commencer.
Ensuite oublions les beaux esprits qui se pincent le nez
devant un scénario « prévisible » « à gros sabots » ou
« schématique »... etc. (Ou comment taper en touche face à … face à quoi au fait
.. ?)
De ce point de vue, toute autre fin aurait sûrement été
l’objet de critique aussi pour angélisme, parions-le.
Et pourtant le film raconte deux parcours, dresse un
tableau qui est traité rigoureusement, c’est brut et sans concession par
rapport à l’état du système ambiant qui broie la dignité des « petits ».
Rappelons-leur aussi qu’il y a des habitudes cinématographiques
qui, même si elles ne sont pas incompatibles et sans aller jusqu’à les
qualifier de coupables, ne sont pas du même ordre : tiens, à choisir, en toute mauvaise foi, entre
« se cogner » le dernier Woody Allen et le dernier Ken Loach, vous me
trouverez chez le britannique.
Ayons par contre à l’esprit que la force du film est bien
dans les portraits des deux personnages principaux, campés au mieux par deux
acteurs vraisemblablement inconnus de ce côté-ci de la Manche, un point qui
pour moi renforce considérablement la crédibilité de ces incarnations.
Pensons à l’absurdité abyssale du système (un rapprochement
sera fait avec La Loi du Marché de Stéphane Brizé) qui promène les gens en les humiliant.
C’est une diversion permanente qui par pansement
interposé ne règle rien structurellement et humainement.
Alors évidemment ça se noircit ou se radicalise dans la
seconde partie, mais comment peut-il en être autrement ? Est-ce cela qui gêne
nos spectateurs nez pincés car gênés dans leur petit confort ?
On sort de ce film avec les yeux qui piquent, oui, et une
colère immense.