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ici, vous aurez les commentaires, mais voici le texte en lecture directement :
Le sanglot du vieux con
Dans l'Angleterre un brin
décadente du XVIIIème siècle, il était du dernier chic, pour un
aristocrate, d'héberger un ermite au fond de son parc pour racheter ses
péchés (1). Dans le PAF de la Sarkozye finissante, et chez Taddéi en
particulier, il est devenu tendance d'exhiber son ou ses réacs, pour
racheter le péché supposé de boboïtude.
Zemmour a ouvert la voie du PAF à ceux qui, en
boucle, disent et redisent qu'ils ne peuvent plus rien dire. Mais
attention ! N'est pas estampillé « réac» vintage qui veut, malgré les
efforts notoires d'impétrants tels que Robert Ménard, un peu parvenu de
la « vieux con attitude », ou Éric Brunet, trop banalement néocon.
Alors on sort les sépulcres blanchis des oubliettes
du placard, travestis en révélations du mois. Finkielkraut s'use et
nous use un brin? Nemo reprend du service. Les glapissements d'Élisabeth
Lévy ont eu raison des spectateurs les plus endurants? Natacha Polony
prend la relève. Grillé, Millet (2)? On arrache Tillinac à la recherche
des cèpes en Limousin. Il ne manque plus que Paul Guth pour La Nuit des
Morts vivants !
Pluralisme, ou mode rétro ? Ne confondons pas les
torchons et les serviettes. Le réac ne s'assume pas « néo », mais
franchement conservateur. On ne va pas se cantonner à l'ultralibéralisme
inculte des cousins d'outre Atlantique, ces ploucs (qu'on défendra
pourtant becs et ongles il s'agit d'attaquer les Mahométans, c'est notre
civilisation, tout de même, y compris s'ils votent Santorum et croient
qu'Adam et Ève gambadaient avec les dinosaures).
Mais à l'inverse du conservateur yankee redneck et fier de l'être, qui au mot culture sort
la winchester, le réac français en fait son panache et blason. Ses
valeurs proclamées, d'ailleurs, ont le charme discret de l'histoire
revue et corrigée par Lavisse. Même si trois gamins à capuche lui font
piteusement baisser le nez dans le métro, il se rêve chevalier Bayard.
Don Quichotte, il trouve ses moulins à vents outre-périph, aux pieds des
tours, dans ces barbaries où une Élisabeth Lévy, Jeanne d'Arc des temps
modernes, ne saurait s'aventurer en jupe. (Ce que nombre de gamines
court-vêtues, ignorantes de leur héroïsme, font quotidiennement).
Humanités versus humanité
Chez ces gens là, monsieur, on conspue le
droitdelhommisme, mais on n'a pas assez de majuscules pour célébrer les
Humanités à défaut d'apprécier les humains. Humanités grecques et
latines, blanches et chrétiennes : l'universalité de l'art et la culture
n'arrache que ricanements méprisants. «Ce qui nous dépasse, feignons de
l'ignorer», à l'instar de Luc Ferry résumant la musique africaine au
tam-tam, ou de Philippe Val réduisant les collections du quai Branly à
« l'étui pénien ».
Et puis, la culture, ce n'est pas pour tout le
monde, même quand on verse une larme de crocodile estampillé
« républicain » sur l'école et le français pour entonner« tout fout le
camp ! » (3). L'art
et la littérature, ça se mérite – et le fait que cela se mérite un peu
moins quand on nait entouré de bibliothèques et de tableaux qu'en leur
absence n'est pour ces gens là que divagation bourdieusienne (leur
grande haine, à son grand honneur).
L'ambigüe notion de méritocratie permet de
conserver un délicieux entresoi : nous sommes dans un salon, ma bonne
dame, pas question d'y laisser les romanichels entrer, comme dirait le
bon Martin Bouygues, qui, lui, s'occupe des cerveaux du peuple.
Au demeurant, les faits sont têtus et accablants: quand il s'agit de se battre pour l'enseignement de
La Princesse de Clèves,
d'Aristote et de Sénèque dans le texte au lycée et à l'université, les
pleureuses de Causeur.fr démissionnent, comme en témoigne leur
remarquable absence dans
cette pétition. On intitule le dernier opus du
mur des lamentations de la réacosphère (4)
Crime contre les Humanités, mais on fait
l'impasse sur leurs défenseurs : Florence Dupont, Barbara Cassin, Alain
Badiou, Bernard Stiegler. Des universitaires rouges qui ont le front de
revendiquer
La Princesse de Clèves pour tous, et d'estimer
l'enseignement de l'arabe classique aussi important que celui du latin!
Et voilà pourquoi vos Lévy et Polony sont muettes...
Le monopole des lettres, tendance Lagarde et Michard
Comme le réac entretient un rapport quelque peu
distancé à la réalité, cette chose vulgaire (5), sa grande affaire, ce
sont les Lettres. Las de disputer à la gauche le monopole du cœur, il
revendique celui de la littérature. Pas n'importe laquelle, il a ses
hérauts. Moins Céline, trop gênant que d'aimables seconds couteaux tels
Antoine Blondin. À défaut de contenu, d'invention, de regard sur le
monde, il idolâtre le style, le coup de griffe, la rosserie bien
française, le dandysme, fût-il en charentaises. Tiens, Oscar Wilde, au
hasard ? Pas de chance, il eut des sympathies socialistes !
En matière de littérature, chaque camp politique a
connu ses boursouflures, ses fausses gloires et ses vraies comètes. On
se contetera de soupirer à les voir encenser un ex-phalangiste
besogneux, exécuteur des basses œuvres de Gallimard, ou prendre les
gros sabots boueux de Tillinac pour le panthéisme de Giono. S'obstiner
à préférer Richard Millet à Chamoiseau devrait nous esbaudir devant
tant de constance dans la clairvoyance de vieille taupe: il y a
cinquante ans, leur digne ancêtre plumitif Jean-Jacques Gautier
conspuait Beckett dans Le Figaro...
Quant au devenir de Renaud Camus, auteur de romans et commissaire
d'expositions jadis estimables (6), réduit à défendre Rioufol après
avoir compté les juifs à France-Culture, il ne mérite que
commisération.
L'excellent Hanif Kureishi m'a un jour avoué qu'à
l'opposé de la poésie, la littérature était, foncièrement, une
occupation bourgeoise. Ses romans le démentent, mais toute la prose de
ces soi-disant défenseurs des Lettres et des Beaux-Arts l'illustrent.
Avec une admirable constance, ils persistent et signent dans la haine de
l'art vivant, de ce qui bouscule, du chaotique, du mal-léché. Ils
idolâtrent Baudelaire pour sa haine de la démocratie, mais vis-à vis de
beauté surgie du laid et du barbare qu'il a célébrée, ils ont le regard
d'Homais.
Ils se rêvent hussards, ils ne sont que Bouvard. Avec ou sans Pécuchet.