Une fois n'est pas coutume, je reprends la balle au bond
telle qu'elle a été lancée
ici et, à mon
tour, j'attrape dans ma pile la poignée d'albums qui a accompagné et éclairé de
façon régulière et marquante l'année musicale 2012. Une précision, les albums ne sont pas forcément
« labellisés » 2012, et il n’y a aucun ordre de préférence. Enfin
vous saurez certainement ce que j’écoute le plus -stylistiquement parlant-
après lecture et peut-être écoute.
C'est parti ?
Un trio qui m’a transporté en concert cette année, le disque étant à
l’avenant. Le leader Vijay Iyer est un partageux, ça s’entend et ça se
voit : ça tourne et il décale un peu la mécanique qui peut être très
stéréotypée du trio jazz classique en s’appuyant sur une polyrythmie
luxuriante. Pour ne rien gâcher, le batteur Marcus Gilmore est phénoménal.
Extrait :
mmmhmm
Vu aussi en spectacle, le bluesman norvégien -personnalité
attachante à la technique d’une fluidité étonnante- est une grande découverte
pour 2012. Tour à tour héroïque ( la reprise de Ace of Spades de Motorhead peut
en témoigner) ou intimiste, là où des
fragilités diablement intéressantes se font jour, il promène son blues avec énergie et humanité. Blues for one sur
l’album Blackwood (2011) instille sa fatigue avec émotion.
Enregistré en public au Sunside, un album phénoménal avec
Sophia Domancich (p), William Parker (cb) et Hamid Drake (b) qui approchent
l’osmose musicale.
Deux excellents morceaux d’abord (Washed away et The
Seagulls of Kristiansund) d’une dizaine et quinzaine de minutes avant un final
étonnant, où tout bascule, les montagnes sont renversées par un époustouflant
« Lonely Woman » d’Ornette Coleman de 36 minutes !
Marc Ducret, compositeur, est engagé depuis plus de deux ans
dans un projet « Tower » initialement prévu en 3 volumes qui sont
devenus 4 avec – en plus - la parution du 4 avant le 3 (typique de Ducret et de
sa défiance absolue des médias et du système).
Inspiré de deux pages de Nabokov (dans Ada ou l’ardeur),
l’ensemble est décliné en différentes formations (quartet/quintet, on y
retrouve entre autres Tim Berne et Tom Rainey les fantasques et fantastiques
acolytes de la période Big Satan), et Ducret est évidemment le trait d’union
avec son jeu de guitare étincelant, inimitable et tranchant.
Vu en
concert,
une claque monumentale, malgré la « lourdeur » de la formation (12
sur scène), c’est une musique exigeante.
Avec "Tower volume 4", Ducret brasse tout ça en solo acoustique et
c’est magique. Quelques références à Joni Mitchell (Electricity) ne pouvaient pas me déplaire.
L’excellente surprise de fin d’année avec un album qui n’était somme toute pas
prévu. Volume 3 à « suivre » courant 2013 !
Le lien ici se fait par
Richard Thompson dont je suis de près la carrière solo depuis de longues
années, grand guitariste également.
Un folk rock électrique, une curiosité. Etranges
réminiscences dans les sonorités de Love forever changes… le son d’une
époque… ? Belle voix de Sandy Denny qui traverse les âges (quarante
ans !).
Il y a les batteurs de jazz et il y a Daniel Humair. Qui pourrait,
d’autres le font à moins, jouer les légendes vivantes. Non, il préfère jouer
tout court. Et il sait s’entourer.
Avec Emile Parisien un surdoué du sax au phrasé
caractéristique, Vincent Peirani en train de « réinventer »
l’accordéon en allant piocher partout au gré des humeurs, et Jérôme Regard
efficace de présence discrète à la contrebasse, Daniel Humair nous offre un
très grand disque aux ambiances changeantes où il peut tout se permettre et, si
rien n’y est évident car c’est indiscutablement la règle posée par le quartet,
il se le permet !
Du coup, tout coule de source…
Après Omry, Pierrick Pedron nous offre un disque de
majorettes, de fanfares comme il le dit lui-même. Paru en 2011, vu en concert
en 2012, ce projet fleure bon le concept, avec une formation solide (Laurent
Coq aux claviers par ex) sans toutefois s’enfermer, car ça respire. Un album tonique qui déroule avec fluidité,
quand le jazz rencontre l’électronique, la pop, les musiques populaires. Plein
de vitalité.
Avec Mick Karn basse (ex-Japan), Terry Bozzio batterie
(Zappa) et David Torn (heu... David Torn !). Un album de 1994. La
rencontre est fructueuse, il y a des ambiances à la Sylvian & Fripp (époque
First day / Damage) juste avant le
retour du « Roi Fripp » avec Thrak.
Louis Sclavis, toujours en chemin, jamais dompté, avance et
nous entraîne en explorateur, ici avec les claviers de Benjamin Moussay et les
guitares de Gilles Coronado dans des compositions superbement mystérieuses
parfois, envoûtantes toujours, rêveuses à jamais.
Evocatrices et suggestives, y compris par les titres (Quai
sud, A Road To Karaganda), elles se déploient par un jeu subtil d’échos entre
les trois compères, la clarinette faisant irrésistiblement le lien.
Sclavis, une fois de plus, nous montre que l’art de
l’artiste est aussi de se renouveler sans se renier.
Stills, en solo, quasi unplugged.
Dépouillé, sans les harmonies vocales de qui vous savez ,
les orchestrations parfois superfétatoires.
Il nous déploie son folk rock teinté de blues dans des
compositions prenantes.
Fraîcheur. Un côté brut et précieux.