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lundi 23 janvier 2017

Variation autour de P comme ... (2)


Ce qui est appréciable 
Dans Paterson le film la ville
Chez Paterson le personnage 
Ce sont les thèmes, le matériau tiré du quotidien
constats apparemment insignifiants
rien de spectaculaire
Qu’il consigne et sculpte
petites touches successives
Armé de son stylo
A sa table comme à son siège de chauffeur de bus
De ses vers libres posés
dans le carnet 
Surgissent des images jusque là
insoupçonnées 
Aucune nécessité d’en garder copie

Appréciable sa place dans le monde
Si Paterson n’a pas de portable
Ce n’est pas protestation ou résistance
En une semaine de routines et de répétitions
imperceptiblement des variations s’installent
des motifs et décalages, infimes
des temporisations 
clins d’œil cocasses parfois
le chien, la boîte aux lettres, les jumeaux 
dans une belle tranquillité étale  

Paterson ou la simplicité,
la journée comme une déambulation
celle d’un artisan qui observe et prélève
attentif et singulier
qui ne demande rien à personne
authentique
dans son rapport au monde 
pour lui qui ne se prend pas pour un artiste 
pour lui ce qui compte, ce qui importe,
c'est juste écrire

samedi 10 décembre 2016

Lost 2


Perdu.
Le personnage principal avait perdu son auteur.
Un drame en plein milieu de l’histoire prévue pour raconter ses plus beaux exploits. 
Etait-ce une fuite de l’auteur, faux frère ou mauvais père, lâchant lâchement son personnage en rase campagne, en une vile mesure de rétorsion pour lui faire payer d’être toujours tellement plus fort et tellement si mieux que lui ?
Etait-ce une velléité d’indépendance, de liberté qui l’avait saisi, un pied de nez décoché au héros par celui qui tient les manettes mais se sait condamné à produire trois cents pages ?
Ou rien de tout cela ?

Cette perte de l’auteur, quelle qu’en soit la cause, avait notablement égaré le personnage principal, occasionnant des effets secondaires.
Troublé dans sa chair de héros indomptable et surpuissant, il n’avait -ironique paradoxe – aucunement l’habitude d’être totalement livré à lui-même. Cela le laissait désemparé.
Il se questionnait. Et si l’auteur avait été victime d’une mauvaise chute ?

Faisant le point, il se pencha sur le chapitre 7, en cours d’écriture.
Le héros rabougri y ramassa trois mots épars, un rebondissement et deux péripéties, surpris qu’ils ne lui évoquent rien.
Déambulant dans le récit, il quitta distraitement la marge en page 86, en un pas de côté presque fatal : il chuta lourdement.
Se frottant les coudes, réajustant son casque, le héros remonta sur son cheval en prenant appui sur la reliure. Cela ne le remit ni en selle ni en piste pour trouver la moindre trace de l’auteur perdu.

Le héros poursuivit malgré tout son aventure, devenue un étonnant parcours sans histoire.
Sa quête prenait un tour étrange, le sentiment tenace de tourner en rond ne le quittait plus, ne sachant plus que faire ou décider, privé des indices les plus élémentaires. Il ne savait plus où il allait.

L’inattendu pourtant se produisit.
Le héros parvint au bout du chemin non sans avoir observé certains phénomènes. Momifications, destructions, paroles tronquées, lieux improbables… Des personnages manquaient, certains surgissaient de nulle part, le personnage principal devenait de plus en plus inquiet pour son statut.
C’était comme si l’informe avait surgi d’une lame de fond, comme si les éclipses de lune était permanentes, comme si la ligue de l’improvisation avait pris le pouvoir dans le brouillard du roman.
  
Le personnage principal se changea peu à peu en héros malgré lui, acceptant sa destinée plus qu’incertaine, renonçant à éclaircir le mystère en contemplant les chapitres inachevés désespérément vierges. 
Il expédiait sans fin les affaires courantes.
Il se résolut à ne pas nommer son cheval

jeudi 8 décembre 2016

Lost 1


Perdu.
L’auteur avait perdu son personnage principal.

Un drame au beau milieu de l’écriture de son futur livre. Etait-ce une fuite ? Celle du personnage qui échappe à son auteur par mesure de rétorsion, pour faire payer de n’être pas vraiment traité en héros dans le récit ? A moins qu’une velléité d’indépendance, de liberté ne l’ait saisi, tel un pied de nez décoché par celui se sachant condamné au bout de trois cents pages ?
Ou peut-être rien de tout cela.  
Cette perte, quelle qu’en soit la cause, avait passablement égaré l’auteur et l’avait troublé beaucoup plus qu’il ne l’aurait admis.
Son « héros » était-il tombé ?
Se penchant sous la table de travail à sa recherche, l’auteur ramassa avec surprise quelques mots tombés, deux verbes dont un conjugué, un nom propre étranger (personne ? lieu ?) dont il n’avait aucun souvenir et deux noms singuliers. Allumette. Fil.   
Après s’être frotté le crâne pour atténuer un retour à la station assise un peu brutal,  l’auteur se creusa la tête et parvint à relier seulement trois des cinq mots à deux de ses précédents romans. Cela ne le remit pas pour autant sur la piste de son héros de papier perdu, l’introuvable.

L’auteur poursuivit malgré tout l’écriture de ce roman qui prenait un tour étrange. En un même rituel chaque matin, espérant un peu secrètement un retour de cet insaisissable ingrat, il rédigeait, obstinément, comme plongé dans le brouillard, privé de repères.

Et l’inattendu se produisit : il parvint au bout et ce fut l’heure d’une ultime relecture.
Non seulement le héros était toujours «porté disparu » mais d’autres phénomènes s’étaient produits.
Modifications. Déstructuration. Des mots, là encore, manquaient, plusieurs pages étaient totalement vierges, certaines ne contenaient qu’une ligne… Des ellipses absconses s’étaient invitées. Comme si la forme avait subi une lame de fond.
L’auteur, interdit, décida de ne rien changer, comme s’il acceptait ce qui s’était « passé » et renonçait à savoir…

Il expédia son ouvrage à l’éditeur.
Il s'était résolu à le nommer "Sans Titre".

mercredi 8 juin 2016

46


  1. Je me souviens d’un chien andalou. 
  2. Je me souviens d’un disque de Jean-Christian Michel à la clarinette.
  3. Je me souviens du réveil chaque matin, mais pas de mes rêves.
  4. Je me souviens de George Washington Carver.
  5. Je me souviens de la 403 Peugeot bleu marine de pépé Emile.
  6. Je me souviens de Bordeaux en 1975.
  7. Je me souviens de « L’augmentation » pièce d’après Perec à Angers.
  8. Je me souviens qu’en 1945 (et même après) je n’étais pas né.
  9. Je me souviens de NEORTIC EREFERP JATOT, c’était un autocollant CITROEN PREFERE TOTAL que je lisais à l’envers de l’intérieur de l’Ami 6 de mon grand-père.
  10. Je me souviens de Florence T, Isabelle C, Sylvie M., Jean Q, Dominique V, André M, un peu.
  11. Je me souviens de Patrick Dewaere. 
  12. Je me souviens d'Higelin " panne de lumière à Santiago". 
  13. Je me souviens de JohnMcCabe, de la neige et de Leonard Cohen.
  14. Je me souviens que je comprenais Serge Agasbourg et non pas Serge Gainsbourg.
  15.  Je me souviens du baby-foot chez Pierrot.
  16.  Je me souviens très bien de Michel P. qui me lit peut-être !
  17.  Je me souviens de mon premier vélo de course, orange, un Peugeot.
  18.  Je me souviens aux infos du Biafra.
  19. Je me souviens du 6 mai 2005 à Londres au Royal Festival Hall.
  20.  Je me souviens du club d’échecs au collège.
  21.  Je me souviens de ma grande frousse du rasoir du coiffeur.
  22.  Je me souviens de Rocambole.
  23.  Je me souviens d’Arsène Lupin.
  24.  Je me souviens de mon premier walkman (qui fut le seul) en 1984.
  25.  Je souviens d’un présentateur de journal télévisé Jean-Michel Desjeunes.
  26.  Je me souviens d’un job d’été, les livraisons de gaz aux campings des gorges du Tarn.
  27.  je me souviens de Louis Sclavis aux Sables d’Olonne.
  28.  Je me souviens avoir fait 40 kilomètres de vélo pour aller à la mer.
  29.  Je me souviens de Claude Nougaro au théâtre antique d’Arles en 1980.
  30.  Je me souviens du club théâtre, d’un texte de Queneau.
  31.  Je me souviens de Providence, d’Alain Resnais.
  32.  Je me souviens du mot mystificateur que j’avais utilisé dans une rédaction en 6e.
  33.  Je me souviens d’un graffiti « l’hypothèse Dieu est inutile ».
  34.  Je me souviens de Rencontre avec des Hommes remarquables de Peter Brook.
  35.  Je me souviens du chien affolé par le vent à Roscoff.
  36.  Je me souviens des Baux de Provence.
  37.  Je me souviens du 10 mai 1981.
  38.  Je me souviens de Lagardère avec Jean Piat.
  39.  Je me souviens du jeu de société « Long cours ».
  40.  Je me souviens des mercredis de foot, les 4 contre 4 sur les terrains de basket.
  41.  Je me souviens d’un exposé en 1ère sur l’histoire de l’aviation en 14-18.
  42.  Je me souviens du tunisien et du thé à la menthe circa 1981.
  43.  Je me souviens de ma prof de français en 6e.
  44.  Je me souviens des gitanes papier maïs de mon grand-père.
  45.  Je me souviens évidemment de ce que je veux.
  46.  Je me souviens de « Je me souviens » de Georges Perec. 
(46 je me souviens Perec 1936-1982 né il y a 80 ans)


jeudi 18 février 2016

Le danger à jalonner - suite et fin

Voici la seconde partie des aventures de Huky et Starsh qui clôture l'enquête débutée le 4 janvier dernier.