PS/ Quelques "clés" ci-dessous ...
C'était donc l'ultime épisode d'une série titrée Un Regard Noir.
Comme annoncé ici (billet du 21 octobre) :
Et maintenant un peu de cuisine :
-Je révèlerai le titre du roman à la fin, s'il n'est pas découvert avant.
-Le titre, le genre et la collection m'ont soufflé le nom de la série : "Un regard noir" qui complète -en un sens- la précédente expérience "Un Œil Neuf" !
-J'en ai divisé le nombre de pages par 10 (c'est un format poche) et j'ai pu sélectionner, régulièrement espacées, les 10 pages qui fourniront le matériau.
-Enfin, pour la méthode, pour le côté improvisé, je me donne en tout et pour tout 10 minutes sur la page, histoire de rester un peu "express", et je m'accorde soit le lundi soir, soit le jour-même avant de publier pour y parvenir !
C'est l'heure des révélations !
Je n'insisterai pas sur les contraintes de production auxquelles je me suis tenu , majoritairement le lundi soir pour le mardi matin, de 10 à 15 minutes TTC. Je m'orienterai prochainement sur du coup par coup, piochant çà et là au fil de mes trouvailles et au gré des suggestions que me feront les textes.
Mais voyons le reste !
Lorsqu'on empoigne un polar de la collection "Le Masque" ça donne l'idée de passer de L’Oeil Neuf au Regard Noir !
D'autant plus que le genre s'y prête et y encourage par son titre : Dix petits nègres.
Passer ainsi de Neuf à Dix, et plonger dans le noir !
222 pages divisé par 10 (évidemment) m'a conduit à "travailler" les pages 22, 44, 66, 88, 110, 132, 154, 176, 198 et 220.
Ensuite, comme on le constate aisément, le dynamitage prend effet, bousculant les automatismes du lecteur et emmenant le genre sur des sentiers cahotiques qui apparaissent après qu'on les a empruntés.
Et c'est ainsi que contrairement au polar d'Agatha Christie où la résolution de l'énigme par le biais d'une bouteille à la mer contenant les aveux complets du meurtrier ne manque pas de sel, dans la version aménagée, par contre, le mystère reste complet, ce qui ne mange pas de pain.
Now we only talk as though time were heavy weather
with a storm-cloud brewing on each hasty phrase...
all the words in the world wouldn't put us back
together.
Maybe we had our opportunities...
most of those chances passed us by;
I'm scared that anything I offer
might be taken as a bribe.
Quelle
réussite cette chanson !
Je
trouve exceptionnel de parvenir à dire et suggérer autant en en faisant aussi
peu, avec une telle économie de moyens. Climat
lourd : de la rupture dans l’air ! Tout est en place, voix et chœurs, paroles, John Ellis à la guitare, un morceau très dense dont la structure rythmique installe des moments lents ou le doute plane, et des bouffées brutales où les mots pourraient bien être définitifs, irréversibles.
Un morceau qui "dit" tout, qui éclate en soubresauts et déchirures, ou même en sanglots ravalés,
marqué par des brisures d’une noirceur inquiétante et orageuse.
Le tout dans une concision
remarquable.
A sa
manière, une espèce de « cris et chuchotements »...
J’appartiens
à une génération qui a subi l’influence de ces romanciers et qui a voulu, à son
tour, explorer ce que Baudelaire appelait « les plis sinueux des grandes
capitales ». Bien sûr, depuis cinquante ans, c’est-à-dire l’époque où les
adolescents de mon âge éprouvaient des sensations très fortes en découvrant
leur ville, celles-ci ont changé. Quelques-unes, en Amérique et dans ce qu’on
appelait le tiers-monde, sont devenues des « mégapoles » aux
dimensions inquiétantes. Leurs habitants y sont cloisonnés dans des quartiers
souvent à l’abandon, et dans un climat de guerre sociale. Les bidonvilles sont
de plus en plus nombreux et de plus en plus tentaculaires. Jusqu’au XXe siècle,
les romanciers gardaient une vision en quelque sorte « romantique »
de la ville, pas si différente de celle de Dickens ou de Baudelaire. Et c’est
pourquoi j’aimerais savoir comment les romanciers de l’avenir évoqueront ces
gigantesques concentrations urbaines dans des œuvres de fiction.
Vous
avez eu l’indulgence de faire allusion concernant mes livres à « l’art de
la mémoire avec lequel sont évoquées les destinées humaines les plus
insaisissables. » Mais ce compliment dépasse ma personne. Cette mémoire
particulière qui tente de recueillir quelques bribes du passé et le peu de
traces qu’ont laissé sur terre des anonymes et des inconnus est elle aussi liée
à ma date de naissance : 1945. D’être né en 1945, après que des villes
furent détruites et que des populations entières eurent disparu, m’a sans
doute, comme ceux de mon âge, rendu plus sensible aux thèmes de la mémoire et
de l’oubli.
Il
me semble, malheureusement, que la recherche du temps perdu ne peut plus se
faire avec la force et la franchise de Marcel Proust. La société qu’il
décrivait était encore stable, une société du XIXe siècle. La mémoire de Proust
fait ressurgir le passé dans ses moindres détails, comme un tableau vivant.
J’ai l’impression qu’aujourd’hui la mémoire est beaucoup moins sûre d’elle-même
et qu’elle doit lutter sans cesse contre l’amnésie et contre l’oubli. À cause
de cette couche, de cette masse d’oubli qui recouvre tout, on ne parvient à
capter que des fragments du passé, des traces interrompues, des destinées
humaines fuyantes et presque insaisissables.
Mais
c’est sans doute la vocation du romancier, devant cette grande page blanche de
l’oubli, de faire ressurgir quelques mots à moitié effacés, comme ces icebergs
perdus qui dérivent à la surface de l’océan.
* * *
Vous l'aurez sans doute compris, il s'agit de la fin du discours de réception du Prix Nobel de Patrick Modiano.Vous pouvez le lire en entier ici .
Je n'entrerai pas dans les détails, je viens de lire quatre de ses romans : Une jeunesse, L'herbe des
nuits, Dora Bruder (dont on ressort, à tout le moins, noué) et Le café de la jeunesse perdue.
Pas d'artifices, beaucoup d'humilité.
Entre la quête, la mémoire, le mystère, l'incertitude, j'ai pris un immense plaisir à ces lectures.
Abédal Clépou était plein de bonnes inventions. Normal : il mentait comme un arracheur de gants. Et sans
se faire plier, tant ça semblait couler de bourse. Entre la poire et le gros
mage. Au point qu’on ne savait plus sur quel pied penser, où
donner de la fête.
Il racontait qu’il connaissait le passé du coq Allan qui
valait son faisan d’or. Mais il y avait loin de la soupe aux lèvres, c’eut été
mettre la charrue avant les œufs, même à la sueur de son tronc. Et même si ses propos mettaient souvent le bus à l’oreille,
peu lui cherchaient toise. On préférait éviter, se réfugier dans un trou de sourire. On hésitait à jeter un pavé dans la jarre, comme si personne
ne voulait prendre son courage à Denain et préférait tendre les armes pour ne
pas rejoindre le septième fiel. Il est vrai, comme cinq étoiles font huit, qu’Abédal était
un molosse au pieds d’argile qui ne cassait pas trois pattes à un panard.Il avait souvent mal au ventre, souffrant de ce qu’on
appelle « colique de répétition ».
Il craignait par-dessus tout d’être pris pour un couillon de
onze heures, ce qui l’amenait à se retirer sous sa pente, la nuit, à tâtons rompus. Et il ne sortait plus que tous les trente-six du bois au
risque qu’on le retrouve un jour à l’article de la morgue aussi figé que la
spatule de la liberté. On s’expliquait pourtant mal qu’il reste ainsi en hauteur de
sainteté. On mettait cela sur le compte de circonstances exténuantes. Pas vraiment de quoi redorer son blouson.
Une première "en vrai" en 1985 à Lorient (festival interceltique).
Et au fil des annéees une fréquentation jamais démentie...
Retours réguliers.
The Pilgrim... Granuaile...
Cette voix.
Deux extraits.
May we never have to say goodbye.
Richard in iron death
(Le son n'est pas très bon, mais la chanson passe aisément ô combien par-dessus !)
Enfin, vous pouvez aller écouter le 2e morceau version "studio" à partir de 21 min 45 ci-dessous,ou même ... profiter de ce bel album en entier ( 45 minutes)...
Un récent billet ici m'a envoyé par là. Que pouvais-je faire d'autre que me piquer au jeu ? Une petite exploration plus tard, la génération de titres achevée, j'avais sélectionné 9 titres. Mais je n'allais pas en rester là. Comme souvent, je m'auto-infligeai une contrainte semi-ondulatoire et crypto-baroque.
Sinon c'est beaucoup moins drôle, n'est-il pas ?
Chaque titre serait présenté sous forme d'un quatrain. La chute dudit quatrain étant forcément le titre. Nous y voilà !
* * *
Lire au pied de la lettre ou mot à mot c’est vivre
Se prendre, jeu, pour un message qu’on délivre,
Tout larguer et s’embarquer sur un bateau ivre,
Ou prendre un train pour la ville des livres...
Camouflées /tues /masquées /ensevelies : cassures
Dissimulées /déguisées /enfouies : flétrissures Étouffées /terrées /cachées /noyées : meurtrissures Perçant le silence des petites blessures.
A force de tout prendre avec tant de hauteur
sa réputation se fit de troubles fauteur
et déçus ses personnages en quête d’auteur
se rebellèrent : ce fut l’hiver du narrateur
Si le temps s’étire aussitôt que je m’allonge qu’imperceptiblement il me ronge, je plonge En un lent voyage qui noie tous les mensonges, Flottant au repos dans la
piscine des songes.
Qui sont-ils ici, là, pourquoi et depuis quand
A l’étroit, pas pressés, en un mot comme en cent,
Marchant à l’arrêt,
sans espace et pleins de temps
Enfermés Prisonniers d’ici et maintenant
Pourquoi pas en un flash obtenir l’autographe Car le gars dans l’quartier est un vrai typographe Sauf qu’avec lui les clichés sont comme des paraphes Allez passez venez Boulevard du photographe
La cabane des mystères sur un canari
Ou la traversée du futur en méhari,
l’or des océans le thème d’un safari,
ah ! trop barré, le protocole de Paris
L’héritage de demain s’ouvrit sur le vide L’ingéniosité des malades, cri morbide, l’énigme du désordre les rendit livides Le déclin du jour scella l’invention du vide
Surprenante et fugitive comme l’ondée, échafaudée sur le fil, puits sauvegardé, onde dans l’air captée, fragile orchidée voguer ciel ouvert sur le charme d’une idée.