* * *
Désolation. Tragique
dénouement .
Erica Cool (la barque sur le
lac) flottait, abandonnée, depuis que le grand saut avait été accompli par Elie
Minet (le suicidé) qui n’avait pu supporter à son tour le spectacle atroce des
malheurs du monde, son impuissance à changer cela, la panne de sa batterie
et ce n’est pas Xavier Pavumirza (le chien abandonné) dernier être vivant d’une
tristesse insondable qu’il avait rencontré qui avait pu le faire changer
d’avis, ni de vie ni de mort.
Réaction en chaîne, Henri
Pludutou (l’ami du suicidé) s’était réfugié chez Stanley Gzistepa (la
solitude).
Comme quoi...
Drôle de vie, drôle de monde,
pensait Roman Deuhérot (le héros romanesque) témoin de cette scène qu’il
n’avait pu empêcher, ne sachant ni nager ni vivre ni mourir.
Il cessa de manœuvrer les
avirons pour réfléchir.
Il avait accepté la
proposition de Jean Sérien (le journaliste intègre) à propos d’un reportage sur
les bas de plafond dans les bas-fonds.
Il repensait à tout cela, si
surprenant, si inattendu, si loin dans son petit cocon protégé.
Mais il faudrait tout dire,
c’était le contrat.
Bien sûr avec les pauvres,
les démunis, les déshérités, il y avait un marché, et c’est là qu’on repérait
Jean Brigade (la bête à bon dieu) qui avait réussi à monter une petite équipe
de bras cassés avec Anna Fabête.com/cépié (l’illettrée cul de jatte) ,
Debra Cébien (la manchote gauchère) et Lino Cent (l’idiot du village vacances).
L’ambiance sur fond de crise restait
électrique.
Le quatuor était parfois
accueilli fraîchement si ce n’est refoulé par quelques irréductibles et
réfractaires comme Petra Plegic (l’infirme), Emma Mercébaré (l’orpheline), son
ami Aimé Paransonpala (l’enfant seul) ou encore Cory Za (l’allergique).
Paranoïa galopante, on
soupçonnait en sous-main Dalaï Félagueul (le bouddhiste boudeur - quand lama
pas content) et Tarik Urgent (le fils du facteur) de jouer les corbeaux
dans l’histoire.
La semaine précédente, une
dispute houleuse avec Ric Art (le fils de l’alcoolique), Oscar Ton (le sdf
ruiné), et Jean Petiquiflambe (le nain grand brûlé) s'était transformée en
rixe.
Par-dessus tout, Aurore Scope
(l’enfonceuse de fausses portes) avait jeté de l’huile sur le feu avec ses
prédictions prévisibles, leurres pour les crédules, visions que ne partageait
certes pas Yves-Adam Lemur (l’aveugle qui boîte).
Cet emballement avait eu lieu
le jour où le grand chapiteau du cirque Hulère avait été installé pour son
unique représentation, le soir même.
On croisait alentour quelques
spécimens qu’on aurait pu croire sortis du Musée des Erreurs, ne sachant pas
encore qu’ils faisaient partie des attractions : Cary Wolf (le loup
édenté) d’un naturel joyeux riait en permanence de toutes ses... rien du tout,
Terry Gide (le fils du cadavre) ne bougeait pas un cil et Farida Nimal
(l’éleveuse de vaches de cirque) répétait son numéro de jonglage avec Esther
Nument junior (la naine enrhumée) sous l’œil admiratif d’Inès Endouce (la mère
des orphelins) qui était d’ailleurs enceinte – et c’était récent- de Marc
Onteuze (la tache de naissance).
Roman (notre héros) remâchait
tout cela.
Bien sûr, comme disait Beethoven,
chacun mène sa vie comme il l’entend...
Mais...
Etait-ce « la faute à
pas de chance » comme disaient José Papleuret, Jean Bavetoultan et Seb
Adebol, le maire réélu qui n’avait pas compris qu’il valait mieux ne pas se
représenter pour éviter ça.
A moins que.
Sauf si.
Une opportunité.
Un concours de circonstances.
Un état de grâce.
Une heureuse conjonction.
Une belle coïncidence.
?
- Oh, je vais vous arranger
ça, murmura Bianca Pastologica (l’ardente psychopate italienne).