Souche
Les livres que je n’ai pas écrits, n’allez surtout pas croire, lecteur, qu’ils soient pur néant. Bien au contraire (que cela une bonne fois soit dit) ils sont comme en suspension dans la littérature universelle. Ils existent dans les bibliothèques, par mots, par groupes de mots, par phrases entières dans certains cas. Mais il y a autour d’eux tant de vain remplissage, ils sont pris dans une telle surabondance de matière imprimée, que moi-même à vrai dire, malgré tous mes efforts, n’ai pas encore réussi à les isoler, à les assembler. Le monde en fait me paraît rempli de plagiaires, ce qui fait de mon travail une longue traque, la recherche têtue de tous ces menus fragments inexplicablement dérobés à mes livres futurs.
Les livres que je n’ai pas écrits, n’allez surtout pas croire, lecteur, qu’ils soient pur néant. Bien au contraire (que cela une bonne fois soit dit) ils sont comme en suspension dans la littérature universelle. Ils existent dans les bibliothèques, par mots, par groupes de mots, par phrases entières dans certains cas. Mais il y a autour d’eux tant de vain remplissage, ils sont pris dans une telle surabondance de matière imprimée, que moi-même à vrai dire, malgré tous mes efforts, n’ai pas encore réussi à les isoler, à les assembler. Le monde en fait me paraît rempli de plagiaires, ce qui fait de mon travail une longue traque, la recherche têtue de tous ces menus fragments inexplicablement dérobés à mes livres futurs.
Marcel
Bénabou, Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres, Textes du
XXe siècle, Hachette 2006
Monorime
Les livres que je
n’ai pas écrits
Qui l’eut cru qui
l’eut cri
Ne sont pas vues de l’esprit.
Ils existent suspendus circonscrits
Dans tant et tant de récits,
De bibliothèques et de
librairies.
Faits comme des rats, ils
sont pris
dans une nasse qui déborde de
manuscrits
au point que je n’ai réussi aucun
tri,
aucun assemblage, j’en suis
contrit.
Ne pensez pas que je m’aigris
si je dis, quitte à être proscrit,
que ce monde est plein de malappris
usant de grigris
qui fleurent l’escroquerie.
Ma besogne en change de gabarit
et je sens bien qu’elle s’inscrit
dans la quête de tous ces fragments, ces
débris
étrangement envolés comme colibris,
escamotés de mes livres au futur assombri.
Le "ri" vous sourit ;)
RépondreSupprimerPlus on est de fous...
RépondreSupprimer;-)
Bravo, j'aurais aimé le faire, j'en suis marrie (h) !
RépondreSupprimerMH de l'Appentis
J'en déduis avoir évité l'amphigouri.
Supprimer;-)