J’avais un cheval
Dans un champ de ciel
Et je m’enfonçais
Dans le jour ardent.
Rien ne m’arrêtait
J’allais sans savoir,
C’était un navire
Plutôt qu’un cheval,
C’était un désir
Plutôt qu’un navire,
C’était un cheval
Comme on n’en voit pas,
Tête de coursier,
Robe de délire,
Un vent qui hennit
En se répandant.
Je montais toujours
Et faisais des signes :
« Suivez mon chemin,
Vous pouvez venir,
Mes meilleurs amis,
La route est sereine,
Le ciel est ouvert.
Mais qui parle ainsi ?
Je me perds de vue
Dans cette altitude,
Me distinguez-vous,
Je suis celui qui
Parlait tout à l’heure,
Suis-je encor celui
Qui parle à présent,
Vous-mêmes, amis,
Êtes-vous les mêmes ?
L’un efface l’autre
Et change en montant. »
Plein ciel - Jules Supervielle

Superbe...peut-être "suis-je" un nuage.
RépondreSupprimerBelle journée K.
à rapprocher de...
RépondreSupprimere nuage
Il fut un temps où les ombres
A leur place véritable
N’obscurcissaient pas mes fables
Mon cœur donnait sa lumière …
Mes yeux comprenaient la chaise de paille,
La table de bois,
Et mes mains ne rêvaient pas
Par la faute des dix doigts.
Ecoute-moi, Capitaine de mon enfance,
Faisons comme avant,
Montons à bord de ma première barque
Qui passait la mer quand j’avais dix ans.
Elle ne prend pas l’eau du songe,
Et sent sûrement le goudron,
Ecoute, ce n’est plus que dans mes souvenirs
Que le bois est encor le bois, et le fer, dur,
Depuis longtemps, Capitaine,
Tout m’est nuage et j’en meurs.
Jules Supervielle. « Le forçat innocent », Gallimard (1930).
Je crois que c'est le premier poème que j'ai lu de Superviel, et là j'ai tout de suite accroché !
RépondreSupprimerSupervielle, peut-être un peu trop oublié ? J'y reviens toujours.
SupprimerPrendre...ou pas, l'eau du songe. Est-ce là la question, finalement?
RépondreSupprimerMerci K.
Question en suspension ...
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