Je souhaitais ne pas terminer la "saison" ici-même sans que parmi les quelques billets qui apparaîtront d'ici la fin du mois de juin ne figure celui-ci, à propos d'un film qui me tient à coeur.
Le voici.
Thierry (Vincent Lindon) est au chômage, il en a assez de
se battre contre son ancien employeur (un procès est en cours), il est résolu à
s’en sortir, le plus vite possible, car ça n’avance plus : les formations
conseillées par Pôle Emploi, le temps passé en entretiens sans suite. Il finit
par devenir vigile dans un hypermarché.
La loi du marché, film avec Vincent Lindon…
J’empoigne tardivement le sujet,
nous l’avons vu en début
d’année en «rattrapage »
très longtemps après le festival de Cannes, ce qui n’est
sans doute pas un mal :
se défaire de la mousse médiatique.
Ce n'est pas très tôt, ce n'est pas trop tôt ... Mais pourquoi pas,
puisque je n’ai pas spécialement compris que notre société et
son système aient prodigieusement changé
(progressé ?)
depuis
au point de rendre ce film complètement
obsolète.
* * *
Comment ne pas être happé par ce film
brut
brutal
qui décrit une situation ancrée dans une réalité
extrêmement peu glorieuse
le doigt est mis là où ça fait mal
très mal
surpris que pour certaines « réserves »
l’argument « esthétique » soit avancé
serait-ce que le fond dérange fortement
et ne parlons pas de contresens ou de soi-disant caricature
le fils handicapé ce serait juste trop…mais non
c’est juste une possibilité
et aucune exploitation putassière dans le film
Car ce film « nous » dérange
il nous renvoie à nos renoncements
peut-être est-ce la clé des « réticences »
et nous en met une bonne couche en pleine gueule
il traite de la soumission et de ce système qui broie
…alors bien sûr, on peut choisir de taper en touche,
en quelque sorte …
taper sur le film ?
car le film bascule sec ou monte d’un cran
quand Thierry devient vigile.
Supermarché …La fauche…
C’est le vertige, et en le regardant devenir voyeur
En train de surveiller, nous devenons en quelque sorte
Les voyeurs du système et de nos propres insuffisances.
Malaise garanti.
Nous savons aussi parfaitement qu’avec ce boulot Thierry applique
là
ce qu’il dénonce et ce qu’il a juste auparavant subi.
Alors il va craquer, on le sent, on le sait, imperceptiblement
les bouffées de colère et l’indignation froides prennent le dessus,
il envoie tout balancer et
sans surprise rien n’est résolu nous le voyons partir sans
savoir
exactement quel chemin il va emprunter et combien de temps il va « tenir »
et pouvoir être vraiment en accord avec lui-même.
Tout au long du film, on ne trouvera pas de méchant,
même s'il y a certes des degrés dans l'abjection
Chacun a ses arguments, ses raisons qui sont à la fois de bon
sens et très pragmatiquement alimentaires.
Chacun fait de son "mieux", à son échelle, à son niveau,
fait ce qu’il peut avec ce qu’il
a,
ce qui lui est donné ou pas.
Le patron de supermarché, le responsable des ressources humaines ne sont pas
absolument inhumains,
ce ne sont pas de machiavéliques scélérats, ils ne sont que des rouages prêts à être brisés et jetés si besoin,
et le recruteur par vidéo ou le directeur d'école,
ou les collègues syndicalistes sont surtout impuissants
Les uns comme les autres
Ils sont juste broyés,
et j'ai retenu et ressenti que chaque personne
dans le film fait strictement son boulot
et c’est bien ce qui est effrayant .