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dimanche 19 juin 2016

Nul n'est censé ignorer (ou la main invisible)


Je souhaitais ne pas terminer la "saison" ici-même sans que parmi les quelques billets qui apparaîtront d'ici la fin du mois de juin ne figure celui-ci, à propos d'un film qui me tient à coeur. 
Le voici.
Thierry (Vincent Lindon) est au chômage, il en a assez de se battre contre son ancien employeur (un procès est en cours), il est résolu à s’en sortir, le plus vite possible, car ça n’avance plus : les formations conseillées par Pôle Emploi, le temps passé en entretiens sans suite. Il finit par devenir vigile dans un hypermarché.

La loi du marché, film avec Vincent Lindon…
J’empoigne tardivement le sujet,  
nous l’avons vu en début d’année en «rattrapage »
très longtemps après le festival de Cannes,  ce qui n’est sans doute pas un mal : 
se défaire de la mousse médiatique.

Ce n'est pas très tôt, ce n'est pas trop tôt ...  Mais pourquoi pas, 
puisque je n’ai pas spécialement compris que notre société et son système aient prodigieusement changé 
(progressé ?) 
depuis 
au point de rendre ce film complètement obsolète. 


* * *

Comment ne pas être happé par ce film
brut
brutal
qui décrit une situation ancrée dans une réalité 
 extrêmement peu glorieuse
le doigt est mis là où ça fait mal
très mal

surpris que pour certaines « réserves »
l’argument « esthétique »  soit avancé 
serait-ce que le fond dérange fortement
et ne parlons pas de contresens ou de soi-disant caricature

le fils handicapé ce serait juste trop…mais non
c’est juste une possibilité
et aucune exploitation putassière dans le film



Car ce film « nous » dérange
il nous renvoie à nos renoncements
peut-être est-ce la clé des « réticences »
et nous en met une bonne couche en pleine gueule
il traite de la soumission et de ce système qui broie
…alors bien sûr, on peut choisir de taper en touche,
en quelque sorte …
taper sur le film ?

car le film bascule sec ou monte d’un cran
quand Thierry devient vigile.
Supermarché …La fauche…
C’est le vertige, et en le regardant devenir voyeur
En train de surveiller, nous devenons en quelque sorte
Les voyeurs du système et de nos propres insuffisances.
Malaise garanti.
Nous savons aussi parfaitement qu’avec ce boulot Thierry applique
là
ce qu’il dénonce et ce qu’il a juste auparavant subi.


Alors il va craquer, on le sent, on le sait, imperceptiblement
les bouffées de colère et l’indignation froides prennent le dessus,
il envoie tout balancer et
sans surprise rien n’est résolu nous le voyons partir sans savoir 
exactement quel chemin il va emprunter et combien de temps il va « tenir » 
et pouvoir être vraiment en accord avec lui-même.
Tout au long du film, on ne trouvera pas de méchant,  
même s'il y a certes des degrés dans l'abjection
Chacun a ses arguments, ses raisons qui sont à la fois de bon sens et très pragmatiquement alimentaires.
Chacun fait de son "mieux", à son échelle, à son niveau,  
fait ce qu’il peut avec ce qu’il a, 
ce qui lui est donné ou pas.

Le patron de supermarché, le responsable des ressources humaines ne sont pas absolument inhumains,
ce ne sont pas de machiavéliques scélérats, ils ne sont que des rouages prêts à être brisés et jetés si besoin,
et le recruteur par vidéo ou le directeur d'école, 
ou les collègues syndicalistes sont surtout impuissants 

Les uns comme les autres
Ils sont juste broyés, 
et j'ai retenu et ressenti que chaque personne 
dans le film fait strictement son boulot 
et c’est bien ce qui est effrayant .

lundi 31 mars 2014

Cinq ou Six lignes sur...

The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson. 

Nous avons passé un excellent moment dans l'univers joueur du cinéaste après le périple apprécié du Darjeeling Limited en Inde. L'histoire de ce concierge , Monsieur Gustave, parfaitement campé par l'excellent Ralph Fiennes nous entraîne de rebondissements en courses poursuites sur un ton décalé dans des décors hauts en couleurs ! Décalage aussi dans les discours châtiés et policés, dans l'étiquette,ce qui n'empêche nullement les pires exactions. Sur fond de guerre, jamais surligné, présent pour qu'on ne perde jamais l'idée que ces péripéties cocasses et absurdes ne tiennent qu'à un fil. Tous les acteurs sont excellents et déchaînés !

lundi 10 mars 2014

Dans un fauteuil

Trois d'un coup. Les dernières séances ciné de cette quinzaine avec Madame K nous ont fait choisir dans l'ordre : 12 years a slave, puis Lulu femme nue et enfin Tel père tel fils.
A postériori comme dirait le facteur, au fil du hasard des séances, on a fait que progresser !

12 years a slave 
Le film américain sur l'esclavage n'a eu qu'une vertu pour ce qui me concerne, c'est le rappel des enlèvements pratiqués pour le commerce des esclaves. Je l'avais oublié, honte à moi. 
Le film est vraiment une grosse machine, j'en ai été un peu surpris - je n'avais rien lu avant dessus- et il a été sacré meilleur film aux Oscars juste après que nous l'avons vu. Le nom du réalisateur nous a attirés, celui de Hunger. On peut se tromper !

Le film vraiment peu subtil noie dans son traitement les quelques éléments de complexité qui apparaissent pourtant ça et là : Maître Ford humain dans le système ambiant / maître Epps pris par ses démons, l’un étant d’ailleurs son épouse autour du statut social / la reproduction de schémas par les noirs eux-mêmes…
Très bien-pensant : cela donne l'impression que McQueen a été phagocyté par Hollywood. 
Et déception. Du coup, "ça" récite sa leçon sans rien oublier. Même Brad Pitt à la fin joue un "sauveur" quasiment surréaliste ! Cela donne un film pour gamin de 8 ans avec une grosse (ou grasse) louche de mélo à la fin. Et ce manque de finesse, la musique peut en témoigner à elle seule.
Tout n'est pas pourtant à jeter, l'acteur Michael Fassbender est plutôt bien - même s'il frôle la limite du cabotinage à certains moments- dans un personnage éminemment contradictoire, perclus de démons, dont les relations avec sa femme tranchent sur le simplisme ambiant.
Le côté naturaliste (ou presque documentaire) de certaines scènes est intéressant, le côté « foire aux bestiaux », la toilette... mais cela intervient trop sporadiquement, comme s'il y avait un manque de direction au point qu'à d'autres moments ça esthétise sec, par exemple, le chant dans le champ de coton tombe terriblement à plat, on le voit venir trois siècles à l'avance, du coup c’est un anachronisme ! 
Un beau ratage.

Lulu femme nue
Il nous « fallait » y aller, presque un an après avoir rencontré en vrai Etienne Davodeau à la médiathèque. Pour Davodeau certes, mais aussi pour Karin Viard, et puis pour Lulu...


Nous avons apprécié que ce film ne prétende jamais être ce qu’il n’est pas, l’humilité de la réalisatrice étant à la hauteur de l’attention qu’elle porte à Lulu, à ses rencontres, au voyage suspendu dans le temps.
L’esprit de la bande dessinée est bien capté dans la dimension poétique de l’univers de Davodeau.
Le film se soucie peu de réalisme, ce n’est pas le sujet, par contre il renvoie en écho des questions qui peuvent parler à chacune, à chacun.
Lulu est perdue, Lulu s’est perdue. Elle ne rentre pas chez elle suite à un entretien d’embauche raté. Elle reste au bord de la mer, en Vendée, et des rencontres (amoureuse, amicales) pleines d’humanité et de solitudes qui se croisent et s’entraident (avec leurs faibles moyens) vont l’aider à « revenir ».  
L’attention, la bienveillance des personnages entre eux, le temps qu’ils veulent bien se consacrer – dans une parenthèse et un espace qu’ils savent à priori limités dans sa durée-  constituent le joli butin de cette histoire, où quelques moments loufoques ajoutent au plaisir.
Emouvant souvent, jamais mièvre, ce film est frais et nous fait ressortir sourire aux lèvres.

Tel père tel fils
L’inversion de deux nouveaux nés. Des certitudes qui s’écroulent 6 ans après.
Des familles de deux milieux sociaux très différents, le cadre est posé.
Que faire ? Comment faire ? Comment vivre ?
Superbe film, l’art des petites touches. Education, modèle, filiation.
Tout le monde est touché. Bouleversements.
Intérieurs, sans fureur. Des gouffres.


Ce pourrait être lourdingue, c’est subtil, fin et délicat.
Cela pourrait sembler long, c’est patient, méticuleusement agencé, minutieux.
Vivant.
Les cheminements, les pères, les mères, les enfants, les gestes et comportements prennent une nouvelle lumière, ils ne sont plus ce qu’ils étaient jusque là. De déplacements en décalages.
Cela parle intensément du lien, à chacun, et l’ensemble n’est jamais démonstratif, en gardant la ligne de l’humain et de la sensibilité.
Et qu’aurions-nous fait si...
Je répète, superbe film, l’art des petites touches. 

mercredi 1 janvier 2014

Greenwich village

Nous avons terminé 2013 hier soir avec madame K en choisissant d'aller voir "Inside Llewyn Davis" des frères Coen.
Nous en sommes ressortis très heureux cinématographiquement et musicalement.
Très bon film au héros attachant dans son inadaptation au réel, le tout raconté avec les qualités bien connues des cinéastes dans une de leurs spécialités, la chronique du "loser", avec quelques moments redoutablement vachards estampillés pur Coen.
Intéressant aussi sur la notion de carrière, d'intégrité, ce qui s'accepte ou pas, le renoncement comme le choix : en l'occurrence Llewyn Davis est souvent porté par une conjonction d'événements et d'influences qui pour la plupart lui échappent...
Il fait bon de terminer ainsi 2013 !
Mais comme la vie continue (vous l'aurez sans doute remarqué) nous entamons 2014 dans l'ambiance...

Avec Dave Van Ronk, capté en public, une grande figure des années '60 folk à New-York.
Guitare, voix, dépouillé.Vrai.
A la fois frugal et essentiel.
C'est bien ce genre d'émotions qu'on se souhaite dès à présent.

Et, ici, vous le verrez jouer et expliquer comment jouer le même morceau.

vendredi 17 mai 2013

Terre

Il y a quelques jours, nous avons passé un très bon moment en allant voir PROMISED LAND, un film de Gus van Sant avec Matt Damon, Frances McDormand notamment.
Steve Butler (Damon) rejoint sa collègue Sue (Mc Dormand) dans un bled du nord-est des Etats-Unis.
Ils sont tous deux employés de Global, une compagnie pétrolière qui rachète les terrains en vue d'une exploitation du gaz de schiste.
Leur stratégie d'immersion dans le village vise à s'intégrer pour faire passer le message en vue de faire signer le maximum de gens à qui ils font miroiter une manne financière, un argument d'autant plus décisif à priori que les gens sont fauchés.
Mais tout ne va pas aller de soi. Pourtant, Steve est sincèrement (naïvement) convaincu de faire le bien en faisant son job. Et il est d'ailleurs très bien noté par sa hiérarchie qui le considère comme l'un des meilleurs et lui offre d'ailleurs une promotion à un moment.
C'est sans compter sur des opposants qui se fédèrent peu à peu, menés par un professeur ancien ingénieur chez Boeing... Je ne révélerai pas la suite des événements.
Le film est attachant, plein d'humanité et le réalisateur prend son temps pour nous dérouler cette histoire avec fluidité. Le temps qui coule lentement permet la prise de conscience, la réflexion. Les personnages sont bien campés, leurs failles et leurs interrogations sont suggérées. Des hommes et des femmes beaux dans leur faiblesse mais dignes dans la difficulté.
Il est particulièrement intéressant que même si on sait à peu près où on va question dénouement, c'est le chemin que le film emprunte qui surprend, en étant jamais là où on l'attend. Il y a même une certaine élégance  ou délicatesse à ne pas nous la jouer pensum vertueux.
Et c'est bien par ce biais, grâce à ce choix narratif que la profondeur et la densité s'installent, sans aucune démonstration, sans coups de tam-tam.
Et ça fait du bien.

jeudi 21 mars 2013

printemps

Le week-end cinématographique s'est prolongé lundi et mardi, une fois n'est pas coutume.
J'ai donc, sur la lancée de NO vu vendredi soir, enchaîné lundi (en solo) et mardi (avec madame K) dans le cadre du printemps du cinéma.
Trois choix qui se sont révélés bons pour trois films très ... différents.

© Bodega films

Film fantastique sans effets spéciaux, interprété par Martina Gedeck -absolument excellente- qui arrive à déjouer le piège de la performance pour la performance. Une femme se retrouve seule -en dehors d'un chien, deux chats et une vache - et doit s'organiser après qu'elle se retrouve coupée du monde par un mur invisible.
Elle a écrit son aventure, et le film en flashback nous la montre en train d'écrire le récit. En passant c'est un bel hymne à la nature aussi, avec le rythme qu'imposent les saisons en de très belles images et du Bach en bande-son. Si ce film ne soulève pas l'enthousiasme (c'est pas le propos non plus !), il a peut-être dix minutes de trop à mon goût, en revanche il intrigue durablement avec ses questions non résolues.



Un documentaire musical qui raconte une histoire (celle du "fameux" Sugar Man de l'affiche) rien moins que très surprenante sur un musicien disparu qui n'a pas connu le succès que ses bonnes chansons semblaient appeler. Étonnant, bien mené car on se demande assez vite si tout ça est vrai ou faux, filmé un peu comme une enquête. Je n'en dirai rien de plus : allez-y pour passer un excellent moment, avec rires à la clé, une musique très agréable et quelques réflexions sur la carrière, le succès....



Après un temps de mise en place un peu long, le film -qui annonce la couleur autour du conte merveilleux- prend son rythme de croisière. On ne sera jamais surpris car les contes, tout le monde connaît, pas vrai ?
On va juste s'amuser à repérer à chaque introduction de personnage qui est le prince charmant, le méchant loup, ou encore quelques clins d'oeil et références.
Les histoires et personnages vont se croiser, on assiste à tout cela un peu passivement quand même, rien de palpitant mais c'est très bien fait, on suit sans peine pour passer un bon moment car il y a des répliques bien senties, des scènes réussies. Le filmage est assez brut, on ne peut pas dire que Jaoui ou Bacri enjolivent leur apparence à l'écran ! Le scénario, puisque c'est le parti pris, nous emmène vers une fin prévisible et plutôt heureuse en apparence, au moins provisoirement....
Il y a cependant quelques petites touches comme en arrière-plan, en sous-texte symbolique, sur les vies que mènent les uns et les autres, et cela apporte profondeur et épaisseur aux personnages.
Car les personnages, c'est la bonne pioche du film avec des acteurs qui en définitive ont la vedette et on doit dire qu'on est très bien servis, car ils sont tous excellents !

dimanche 17 mars 2013



Septembre 1973, au Chili, Pinochet soutenu par l'armée et la CIA confisque le pouvoir à Allende le président démocratiquement élu. Le coup d’état sera suivi des exactions tristement prévisibles avec des disparitions, exécutions, tortures. 
En 1988, soit 15 ans plus tard -et l’on conçoit très bien combien 15 ans à ce régime peuvent être une éternité - la communauté internationale fait pression et la junte se voit «contrainte» de proposer et d’organiser un référendum.
L’objectif, avec la victoire supposée, est d’apporter une « légitimité » au régime et de l’habiller démocratiquement, et donc ... d’ouvrir une trappe, d’entériner l’oubli.
A la télévision, cela se traduit par l’octroi de 15 minutes quotidiennes d’antenne pour les partisans du Non et ... pareil pour ceux du Oui. 
Le film est raconté du côté du non, il montre d’abord la préparation de cette campagne où les opposants vont enfin pouvoir s'exprimer. La palette est large : ils viennent de différents partis politiques. Ils se retrouvent très vite en difficulté pour mettre au point le contenu du message à faire passer. Voilà qui fait partie des points sur lesquels comptait fermement le régime en place, bien sûr.
Pour sortir de l’impasse, ils appellent un jeune publicitaire, on dit aujourd’hui « pudiquement » communiquant... René Saavedra va donc leur proposer ce qu’il sait faire, avec ses méthodes. Mais, allez donc parler produit, logo, jingle comme pour un four à micro-ondes à des gens intimement persuadés qu’ils vont perdre et qui pensaient – faute de mieux- utiliser l’antenne pour dénoncer les crimes du régime... René, lui, propose de vendre de la joie...
C’est la direction qui est prise – non sans mal – et peu à peu, ça paye. Au point que le pouvoir s’affole et n’hésite pas à utiliser la pression... Cette mayonnaise qui prend, c’est d’autant plus intéressant pour l’opposition quand on sait que le pouvoir est dans la ligne de mire internationale...
Un régime totalitaire va tomber.
A mon avis le film de Pablo Larrain s’appuie – entre autres qualités- sur des points forts qu’il parvient à tenir jusqu’au bout.
D’abord, le ton est juste et s’apparente à un documentaire, il mêle parties jouées et extraits de l’époque, visant le réalisme (c’est gagné). C’est très bien fait en n’apparaissant jamais artificiel. De plus, même si on connaît la fin, on ne décroche pas une seconde, je crois que la chute d’une dictature n’y est pas pour rien.
Ensuite, aucun angélisme, aucune naïveté. S’il est finalement réjouissant de voir que les marchands de mort sont chassés par les marchands de micro-ondes, on voit bien – on a le recul- ce que va occasionner cette méthode du point de vue des démocraties.
Il y a beaucoup de petites touches très fines sur les personnages, les vies personnelles sont esquissées avec profondeur. René a été quitté par sa compagne qui accepte mal – sans doute- sa tiédeur ou son incapacité à s’engager (...au sens large ?). Il paraît manquer de maturité, il s’inquiète de la casse de sa voiture lors des manifs... On ne sera pas surpris, le résultat étant connu, de constater qu’il n’est pas touché par la  «grâce » après la libération et la victoire du « no ». Il y semble étranger et traverse tout cela comme la ville sur sa planche à roulettes, sans en être fortement affecté...
Après ? Il se contente juste de reprendre le « boulot ».
Il me faut préciser que c’est aussi en ces dernières scènes que le film est remarquable car il résiste, reste modeste et même refuse toute conclusion romanesque et grandiloquente, ne tombant pas dans le piège de l’incohérence, restant collé à ce qui a précédé, en sa justesse et sa propre complexité.
Ce film passionnant et très réussi, comportant aussi quelques touches d'humour, m’engage évidemment à suivre avec attention son auteur, Pablo Larrain, dont j’avais déjà beaucoup apprécié le précédent et époustouflant « Santiago 73 post mortem ».

dimanche 10 février 2013

Z

Hier, soirée cinéma, avec le film de Quentin Tarantino "Django unchained". 
Je ne vais pas résumer l'histoire, on trouve aisément les informations sur le film (avec ou sans critiques et analyses d'ailleurs que je n'avais pas lues par avance, selon la "méthode" en vigueur chez nous depuis quelque temps, et que je n'ai toujours pas lues depuis !). 
La seule info c'était Tarantino, western, l'affiche...
Je suis ressorti de la salle sur des sentiments partagés, en étant sans doute plus dubitatif que my wife.
Il y a de bons moments certes, c'est vraiment conçu spectacle, je dirais même spectacle spectaculaire : il n'y a aucun problème. Des traits d'humour aussi avec les cagoules pré KKK c'est pas mal, quelques répliques bien senties, l'aisance verbale de Schultz à diverses reprises.  
J'ai apprécié dans l'ensemble le trio d'acteurs qui mène la barque sur des registres différents, avec Jamie Foxx en taiseux pas dupe qui toise pour coller aux rôles que Schultz lui demande de jouer sans oublier une seconde la froide vengeance qui l'anime, avec Christoph Waltz (Schultz donc) en chasseur de primes manipulateur cynique rapidement très irritant (c'est fait pour !) et enfin Di Caprio dans l'abjection parfois hystérique. 
Ensuite viennent les réserves, le film est long et patine à certains moments même si au bout du compte on parvient sans mal au bout des 2h40, durée que je ne connaissais pas à l'avance. Peut-on dire qu'il réserve des surprises ? Pas exactement, à aucun moment je n'ai douté de sa conclusion "heureuse". 
Et puis la Tarantino's touch. Je lui ai trouvé une main très lourde, un côté bavard qui ankylose souvent l'action, des références Z qui conduisent à la surenchère (au vide) et puis il y a la violence. 
Alors bien sûr, la précaution habituelle est de rigueur, on nous dit que c'est fait exprès, et en effet il en met partout, mais cette violence, telle qu'elle est véhiculée, flirte à mon avis souvent avec la complaisance et la gratuité, au-delà des références kung-fu et compagnie. N'est-ce pas logique qu'un sujet aussi grave soit troublant et mette mal à l'aise... ? Sans doute. 
En tout cas hier soir cela m'a gêné.

lundi 4 février 2013

Tabou

Film de Miguel Gomes, cinéaste portugais.



Nous avions repéré ce film il y a quelques semaines, nous attendions qu'il soit à l'affiche de notre salle de prédilection. Voici ce que nous en avons retiré...
Le film adopte d'emblée des airs volontiers mystérieux, il est filmé en noir et blanc, structuré en deux parties titrées Paradis perdu et Paradis (la seconde étant située en flashback de la première, dans les années soixante dans une colonie de l'Afrique noire).
La première partie - aujourd'hui- ouvre donc des pistes, et l'on sent bien qu'il y a des choses enfouies dans le passé, mais cela n'éveille pas pour autant une soif inextinguible de savoir. La distance avec les personnages reste infranchissable, on a du mal à éprouver quelques-unes de leurs interrogations ou émotions. Étrange.
Ayant eu du mal à me sentir concerné par ce qui advenait, il s'est passé ce qui devait arriver inévitablement lorsqu'on n'est pas "happé" par l'histoire : j'ai eu le champ libre, j'ai eu du temps pour réfléchir, pour monter des hypothèses (j'ai même avec le travail sur le temps repensé à Borges, voyez comme j'étais bien disposé)...
Il y avait dans ce cas de figure la possibilité que lorsque la seconde partie allait commencer, j'aie déjà compris de quoi il retournait... Et ce fut le cas. Et c'est embêtant.
Vous pensez bien que ça n'a pas infléchi de façon majeure ma posture de spectateur, d'autant que le nœud de l'histoire s'est révélé d'un classicisme confondant et que, malheureusement, l'esthétique et le dispositif du film (noir et blanc, séquences comme un film muet, voix off inexorablement casse-pieds, plans tarabiscotés, mélanges un peu arty) se sont avérés d'une vanité et d'un creux incroyables. J'avais tellement compris le truc que je pouvais les deviner.
Cet aspect chichiteux et toc m'a singulièrement agacé, sa gratuité m'a frappé.
Un film de poseur.
... 
(Retour à la maison, discussion dans la voiture avec my wife, sentiments identiques !).
... 
Le coup de grâce (pressenti lui aussi), ce furent les critiques que je suis allé lire après.
J'ai bien fait de les lire après sinon j'aurais hurlé intérieurement pendant !
En conclusion, définitivement un film libé-télérama-inrocks.

Et c'est le crocodile qui joue le mieux.