lundi 30 novembre 2015

40 Woodstock, crotte !

Les mots



La Révolution d'un Spectre est le titre du septième album de Jean-Vincent Bernard, alias JVB, qui marque son grand retour après une pause de 6 ans.
Il commence par une surprise de taille avec une reprise de "Woodstock", titre de Joni Mitchell multi-repris depuis bientôt cinquante ans.
L’originalité ici est l’absence d’instruments puisqu'un recours à la technique permet à JVB d’assurer la voix et de jouer des percussions vocales et corporelles.
Le titre suivant est dans la veine du JVB qu’on connaît bien avec « l’amanite xiphoïde » dans lequel il nous raconte les rapports étranges d’un pharmacien avec les omelettes aux champignons sur un air de java.
"Yoyo ( ou des hauts et des bas)" construit sur un rythme syncopé évoque un funambule lassé de l’horizontalité. Cette chanson se poursuit dans une mini-suite avec  « Zut (plus dure sera la chute) » entièrement jouée aux synthétiseurs dans un grand fracas bruitiste, les paroles « minimalistes » consistant en un grand cri d’horreur samplé et répété ad nauseam.
Aux temps glorieux des 33 tours, on aurait dit que la face 1 ou A s’arrêtait là.
On aurait retourné la galette et serait peut-être passé à tout autre chose, tant l’inspiration et l’ambiance gardent une belle unité pour les trois morceaux qui terminent l’album.
L’aventure de l’aventurier – dédicacé à La Palice- est un morceau qui raconte une chasse au trésor étrange sur des rythmes échevelés aux ambiances world music. On note un  pont instrumental très inspiré au sitar.
Une pause avec le très lent morceau suivant « La brune dans la brume » qui raconte en détail ce que ne voit pas un voyeur pris par les conditions météo. Morceau sensuel qui laisse parler l’imagination.
Enfin, avec « Bordel de crotte » JVB retrouve la gouaille moqueuse de ses débuts en nous faisant partager les aventures d’un unijambiste colérique dans un square fréquenté par des chiens aux propriétaires peu scrupuleux au plan de l’hygiène de leurs compagnons.
Sur ce terrain glissant, JVB trousse une mélodie pimpante et conclut son morceau par un chœur d’aboiements de chiens de bon aloi. 

En conclusion, un beau retour pour JVB, l'album de la témérité.  


La pochette :  



samedi 28 novembre 2015

Le silence, presque

Je me permets deux partages. Vous comprendrez bien sûr de quoi il est question. 


Le premier par Florence Trocmé (Le flotoir , Poézibao) dont j'extrais deux paragraphes tirés de ses notes. Il s'y trouve des mots que je pourrais sans peine faire miens. 

Écouter encore  
Besoin aussi d’interroger mes réactions les plus profondes, pas par narcissisme, mais pour essayer de comprendre ce qui se joue dans ces moments-là, ce que cela nous fait en tant qu’êtres humains (car c’est bien de cela qu’il s’agit) d’être confrontés à tout cela, et quand je dis tout, cela veut dire une situation d’une complexité immense, couverte par une avalanche de mots de toutes provenances, parmi lesquels il est si difficile de saisir ce qui est « juste ».  Je ressens le besoin de me mettre un peu à l’écart. Non pas des êtres humains mais encore une fois des mots. Sauf peut-être ceux de lectures choisies. À l’écart des médias, même si certains font très bien leur travail. Et des conversations qui ne servent à rien.  

Mais des mots, cependant 

Pas les mots écrits de manière contemporaine des événements, à chaud, 
sincères certainement, mais toujours à mettre en questions, pour toutes sortes de raisons.  
D’autres mots, que l’on ira chercher parce que, universels, 
ils semblent nous parler de cette situation précise, particulière qui nous affecte 
si profondément.  


* * * 




Le second provient de La Taulière : L'appentis saucier / vous avez le lien dans la colonne ci-contre - MERCI MH ! 

Elle relaie une émission de France-Culture.  
Ici.

Vous avez la possibilité d'y écouter Nordine Baraka (captation dailymotion).

Ce qu'il nous dit est certainement ce dont nous avons aujourd'hui grand besoin. 

Sans doute "un peu plus" que ces drapeaux et hymnes quasi automatisés ou mécaniques associés à une grandiloquence persistante qui finissent par effet de masque par distiller une fâcheuse impression de cahier des charges à remplir parce qu'il faut répondre urgemment, un passage obligé dont le simplisme met vraiment très mal à l'aise le sûrement mauvais Français que je suis

Alors écoutons Nordine. Il dit si bien et simplement que les choses sont beaucoup moins schématiques que le grand cirque ambiant...


lundi 23 novembre 2015

39 Pusillanime voisin.

Les mots


Aujourd'hui, nous faisons un petit tour dans la bibliothèque :









PS/ toutes photos sauf 6 (K) source :
http://www.omerpesquer.info/untitre/


samedi 21 novembre 2015

jeudi 19 novembre 2015

cENT-QUARANTE

Que se comprendre à demi-mot permette de démarrer au quart de tour n’est qu’à moitié sûr, et ce n’est pas couper la poire en deux que de s’en moquer du tiers comme du quart.

140-21

lundi 16 novembre 2015

38 Irrésistible sans les oublis

Les mots 




Assis sur son banc par une brise légère, Léonard s’octroyait une petite pause dans cette vie de fous.
Juste quelques minutes, et après, promis, il irait la rejoindre.
Il voulait en profiter et il se mit à penser au tour inattendu que sa vie venait de prendre. Tellement fortuit, si imprévu.
Et comme il se sentait bien, là, tranquille alors que rien n’était plus comme avant et qu’il en était plus que satisfait. Heureux. 
Un soupir d’aise irrésistible lui vint à l’idée du commencement, de ce jour où il avait fait l’amour avec Adrienne en un bel après-midi d’été. Une rencontre inattendue.
Ils s’étaient croisés près du palais de justice. La nuit avait suivi. Ils étaient si bien tous les deux. Le réveil au petit matin, les premiers pas vers la cuisine. Il revoyait la corbeille de fruits, Gaétane qui épluchait son kiwi puis le découpait en petites lamelles. Elle trempait ensuite ses lèvres dans sa tasse. La théière lui apparut, un modèle japonais en fonte. Rouge. Il sentit que l’émotion montait d’un cran quand il repensa au couloir qui menait à la porte d’entrée de l’appartement. Il faisait frais et, de chaque fenêtre, on pouvait apprécier la lumière. Il se rappelait comment Rosemonde souvent s’y tenait nue, le surprenait, et le conduisait vers la chambre. Et la cafetière fumante des après-midis attendait dans la cuisine, avec sur la table deux tasses pleines à ras bord. C’était déjà une vieille habitude entre lui et Bérengère, rhabillés,  de prendre ce café, après. Les journées s’écoulaient sous le sceau de cette complicité, de leurs jeux et de leurs envies.
Comme une petite musique dont ils connaissaient la partition sans besoin de la consulter. Et que se disaient-ils, au fond ? Rien ou si peu. Se comprenant à demi-mot.
Ainsi Marceline n’évoquait plus jamais son passé difficile avec son lutteur de foire qui répétait -en la prenant pour une nouille- que le bortch aux boulettes de viande n’était pas bon pour les muscles.
Quant à Léonard, ça ne lui traversait même pas l’esprit.
Ils sentaient tous deux, l’un comme l’autre, qu’ils étaient passés à autre chose, qu’ils en étaient à eux. Que ne rien évoquer de leurs vies d’avant faisait partie de la liste des oublis de façon simple et commode, mais aussi presque naturelle. 
Le regard de Léonard se perdit quelques secondes dans un nuage. Décidément il ne regrettait rien.

- Monsieur Léonard, il va faire frais. Il est temps de rentrer maintenant.

dimanche 15 novembre 2015

Presque le silence

Il n'y aura pas de mots. 
Dérisoires et inutiles quels qu'ils soient.

Il y aura plutôt loin de tout tumulte :  


Bill Frisell
album GHOST TOWN (2000)
titre : Ghost Town / Poem for Eva