Assis sur son banc par une brise légère, Léonard s’octroyait
une petite pause dans cette vie de fous.
Juste quelques minutes, et après, promis, il irait la rejoindre.
Il voulait en profiter et il se mit à penser au tour
inattendu que sa vie venait de prendre. Tellement fortuit, si imprévu.
Et comme il se sentait bien, là, tranquille alors que rien
n’était plus comme avant et qu’il en était plus que satisfait. Heureux.
Un soupir d’aise irrésistible lui vint à l’idée du
commencement, de ce jour où il avait fait l’amour avec Adrienne en un bel
après-midi d’été. Une rencontre inattendue.
Ils s’étaient croisés près du palais de justice. La nuit
avait suivi. Ils étaient si bien tous les deux. Le réveil au petit matin, les
premiers pas vers la cuisine. Il revoyait la corbeille de fruits, Gaétane qui
épluchait son kiwi puis le découpait en petites lamelles. Elle trempait ensuite
ses lèvres dans sa tasse. La théière lui apparut, un modèle japonais en fonte.
Rouge. Il sentit que l’émotion montait d’un cran quand il repensa au couloir
qui menait à la porte d’entrée de l’appartement. Il faisait frais et, de chaque
fenêtre, on pouvait apprécier la lumière. Il se rappelait comment Rosemonde
souvent s’y tenait nue, le surprenait, et le conduisait vers la chambre. Et la
cafetière fumante des après-midis attendait dans la cuisine, avec sur la table
deux tasses pleines à ras bord. C’était déjà une vieille habitude entre lui et
Bérengère, rhabillés, de prendre ce
café, après. Les journées s’écoulaient sous le sceau de cette complicité, de
leurs jeux et de leurs envies.
Comme une petite musique dont ils connaissaient la partition
sans besoin de la consulter. Et que se disaient-ils, au fond ? Rien ou si peu.
Se comprenant à demi-mot.
Ainsi Marceline n’évoquait plus jamais son passé difficile
avec son lutteur de foire qui répétait -en la prenant pour une nouille- que
le bortch aux boulettes de viande n’était pas bon pour les muscles.
Quant à Léonard, ça ne lui traversait même pas l’esprit.
Ils sentaient tous deux, l’un comme l’autre, qu’ils étaient
passés à autre chose, qu’ils en étaient à eux. Que ne rien évoquer de leurs
vies d’avant faisait partie de la liste des oublis de façon simple et commode,
mais aussi presque naturelle.
Le regard de Léonard se perdit quelques secondes dans un
nuage. Décidément il ne regrettait rien.
- Monsieur Léonard, il va faire frais. Il est temps de
rentrer maintenant.

Quand le frais viendra, j'aimerais que les mêmes souvenirs me reviennent.
RépondreSupprimerFaut juste qu'il fasse frais ?
SupprimerEt sont-ce des souvenirs ?
Avec le temps va tout s'en va... sauf les souvenirs, surtout ceux que l'on se crée ou que l'on embellit ou que...
RépondreSupprimerAvec le temps frais s'entend, s'en vont, s'en viennent...
SupprimerLéonard, il souffre de la maladie de... quoi déjà ?
RépondreSupprimerCertes. Quoique. Même si...
Supprimer"l'émotion montait d'un cran"...on comprend qu'à l'évocation de ce harem , Leonard soit un tant soit peu tendu
RépondreSupprimerLéonard ne l'était pas (à cran).
SupprimerC'est juste par l'émotion qu'il éprouva ce jour-là que Léonard devint si ... tendu.
C'est très doux de juste être là, sans évoquer les/nos passés....
RépondreSupprimerApprécier l'instant, le moment juste pour ce qu'il est.
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