dimanche 6 novembre 2011

L'exercice de l'état

Un film de Pierre Schoeller, vu samedi après-midi, la météo s'y prêtait (!) mais ce n'était pas le seul critère retenu pour aller voir ce film. Un film fort intéressant, mais pas sans faiblesses non plus. 
Chronique, et même un peu plus, d'une séquence politique: celle d'un ministre des Transports, qui doit faire face à un très grave accident d'autocar, pour commencer et à tellement d'autres choses ensuite qu'on se dit que la catastrophe routière, finalement, c'est le plus facile...
Le film, à mon goût, commence mal avec cette séquence onirique où une femme nue se fait avaler par un crocodile dans un bureau qu'on imagine installé dans un des palais de la République où siègent les ministres.
C'est un cauchemar du ministre, celui-là même que nous allons suivre durant le film, interprété par Olivier Gourmet, excellent.
Allégorique ou symbolique, peu importe, de la charge fantasmatique et érotique du pouvoir, c'est d'une lourdeur contre-productive, il m'a fallu l'évacuer, j'ai pensé qu'on était mal embarqué et j'ai dû me dire que le film commençait réellement après.
C'est heureusement le cas, car tout s'emballe ensuite, à un rythme trépidant, où nous allons assister à "l'ordinaire" des journées de ministre, de son entourage, particulièrement  sa chargée de communication (interprétée par Zabou Breitman) dont on perçoit le pathétique de la fonction, le directeur de cabinet (joué par Michel Blanc) qui paraît incarner le serviteur de l'état dans toute sa noblesse, sans oublier le chauffeur, un chômeur nouvellement engagé pour 4 semaines, à qui pourrait s'identifier le spectateur profane et enfin le garde du corps.
Place alors aux intrigues, aux coups bas, aux chapeaux à avaler, aux voltes-faces...  on n'est pas à une contradiction près, non, puisqu'il faut s'adapter (courber l'échine) ou crever : sous-entendu, dégager.
Notre ministre saura le faire, pour sauver "sa peau" après avoir frôlé le pire physiquement lors d'un terrible accident de la route. Il saura le faire jusqu'au bout, la dernière scène, cruelle, le montre également : le directeur de cabinet joué par Blanc, qui vient d'être écarté, repart seul et disparaît au bout du couloir. Même la loyauté ne semble pas possible, ou alors pour un temps seulement.
La musique tout au long du film contribue à l'atmosphère, notamment lorsque très forte et presque insoutenable, elle nous fait l'effet d'être pris entre le marteau et l'enclume.
Place également aux nominations, à la course contre le temps sans aucune visibilité (l'entraînement du chauffeur en aveugle l'illustre parfaitement) et sans possibilité de se poser et de réfléchir, avec des marges de manoeuvre quasiment inexistantes, qu'on ne maîtrise pas car la ligne  politique est fixée en haut lieu, et qu'une certaine superficialité semble être la règle : une question ? une réponse ou bien,  un problème ? une solution ...dans la minute qui suit. Tout ce à quoi nous assistons semble inéluctablement dépourvu du moindre sens.
De tout cela on n'est guère surpris, ce qui peut constituer une limite du film. Car on retrouve bien les éléments nocifs du story-telling si bien en place hélas depuis des années.  
La force du film est ailleurs ; ne donner aucun élément de couleur politique, j'ai trouvé ce choix excellent et révélateur d'une manière de filmer sans complaisance ou sans facilité, on n'est pas pris en otage par un quelconque idéalisme de pacotille qui serait parfaitement à côté de la plaque. C'est, en fait, comme si on nous montrait sans  compromis les compromissions et sans masque les marionnettes.
La mise en scène , efficace, tisse de ce point de vue plutôt subtilement une toile serrée qui finit par nous enserrer, comme le système pour le ministre que nous suivons.
Ce ministre, dont l'humanité affleure à plusieurs reprises, me reste malgré tout étranger, je n'ai pas développé d'empathie à son égard, car - au bout du compte- ce "monde", "cette vie" me sont bien étranges et étrangers.

2 commentaires:

  1. Ah, la fameuse scène du rêve (ou du 1er rêve, puisqu'il y en aura un autre plus fugitif)... C'est vrai qu'elle ne fait pas l'unanimité chez les blogueurs.
    C'est vrai aussi notre le ministre doit se manger pas mal de couleuvres... mais il est également doué pour (avec l'aide de son équipe) en distiller quelques-unes, quand les rapports de forces sont en sa faveur!
    En plus des contraintes politiques, je rajouterais les contraintes économiques, présentes en filigrane (et justifiant la tentation de la pantoufle).
    Merci de m'avoir signalé sur le blog de Dasola le présent billet.
    (s) Ta d loi du cine, "squatter" chez Dasola

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  2. ta d loi du ciné > Sur les couleuvres, oui, tu rentres dans le jeu, il y a les règles ou les pratiques du système, et c'est quasi-impossible d'y échapper. Merci d'être passé !

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