dimanche 13 novembre 2011

Patience

Samedi dernier en tout début de soirée (séance de 18h25) nous sommes allés voir "Il était une fois en Anatolie" de Nuri Bilge Ceylan, un film primé à Cannes (Grand Prix du Jury).
Ce n'est d'ailleurs pas la récompense obtenue qui a motivé notre démarche mais les quelques  lignes lues ça et là, donnant les contours d'un film au minimum intrigant.

Après un préambule où l'on observe trois hommes dans un garage automobile, de l'extérieur, eux sous une lampe blafarde et le spectateur derrière la vitre, on se retrouve en pleine campagne, la nuit.
Les phares de trois véhicules se rapprochent, suivant les virages d'une route de la campagne turque, paysage désert et désolé.
En plusieurs arrêts, près de fontaines et d'arbres (éventuels point de repères qui se ressemblent tous), nous découvrons un groupe d'enquêteurs, assez nombreux, qui essaie de faire retrouver et de se faire indiquer par deux hommes menottés où ils ont enterré le cadavre de leur victime.
On saisit rapidement que l'enquête n'aura absolument aucune importance, étant donné qu'il n'y a pas d'énigme à résoudre véritablement. A part un procureur, des policiers, un médecin qui ont bien du mal à parvenir à leurs fins, les deux suspects n'étant pas précisément coopératifs.
Le trajet nocturne, d'une étape à une autre, permet peu à peu de faire connaissance avec ces hommes dans les voitures où ils discutent et au fil des arrêts. Quels qu'ils soient, la nuit s'y prêtant, trompant l'ennui, meublant l'attente, les hommes livrent quelques confidences, profondes ou futiles, qui révèlent leurs failles, leurs doutes, leurs colères aussi et peut-être même leur résignation.
La nuit n'apportera pas de réponse sur le lieu recherché, elle s'étirera dans la fatigue de tous pour se conclure dans un village voisin. Là, se tiendra un repas nocturne un peu irréel, à l'image de la presque "vision" de la jeune fille du maire, surgie comme un rêve, venue servir les boissons et apporter les lampes à la suite d'une panne électrique. Les arrachant à la réalité, ce sera elle la seule lumière -lueur d'espoir- de cette nuit insatisfaisante et épuisante.
Toute la première partie de nuit (et de film) nous a montré des personnages avançant dans l'inconnu, et ce n'est pas parce que le jour s'est levé que tout va changer.
La découverte du cadavre, le rapport d'enquête dicté et tapé en plein air vont en renforcer le côté improbable, à la fois tragique et absurde des choses : tous peinent visiblement à trouver ou donner du sens aux vies qu'ils mènent.
Ces doutes se traduisent dans le film par un rythme lent, des plans contemplatifs sur les paysages comme sur les visages, comme si les hésitations et incertitudes nous étaient données à vivre dans leur durée, sans ellipse. Cette approche fait que le film "se mérite", il faut réellement être patient, dépasser les atermoiements, les répétitions dans les faits et gestes des personnages. Ce rythme à contretemps du zapping permanent de notre époque est un vrai défi, remarquable et précieux.
La deuxième partie du film, au grand jour, sera relativement moins feutrée que la nuit, avec la foule qui houspille les suspects, la rencontre de l'épouse et du fils de la victime, et enfin, l'autopsie du cadavre dans des conditions plutôt spartiates, moment glacial et noir d'ironie.
Nous découvrons alors plus précisément l'ordinaire routinier du médecin, dont on sait depuis un moment qu'il a divorcé. Souvent perdu dans ses pensées, il est très à l'écoute, et parviendra à recueillir le secret du procureur, secret qui montre un peu plus s'il le fallait la complexité des vies et des gens.
La fin (ouverte) s'achève par un regard par la fenêtre de l'hôpital.
Le médecin observe longuement des enfants en train de jouer au ballon.
Espoir ? Nostalgie ?

Un très beau film.



2 commentaires:

  1. Bonsoir K, je suis assez d'accord avec ton billet. En tout état de cause, c'est un film qui vaut la peine d'être vu. Bonne soirée.

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  2. Merci de ce passage commenté ici !

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