dimanche 18 novembre 2012

Amour

Quand on connaît le cinéma de Haneke (nous avons par exemple vu et apprécié Caché, La Pianiste, Le Ruban Blanc), on sait parfaitement que lorsque l'on s'installe dans le fauteuil, l'embarquement ne correspond pas exactement à un ticket pour une destination paradisiaque source de divertissement.

Connaissant le sujet du film, je n'avais rien lu à son propos, fidèle en cela à une "méthode" qui privilégie l'ouverture et la découverte, en même temps qu'elle permet de se faire son opinion, sa propre idée.
Si la prise d'information est minimale, l'on s'aperçoit qu'elle est déjà suffisamment consistante d'emblée, car les noms entrent en jeu évidemment : Haneke, Trintignant et Huppert, forcément !
Ils font partie de ceux dont le travail m'intéresse depuis plus ou moins longtemps et je ne vais pas rester indifférent lorsqu'un de leurs projets émerge. Ceci posé, rien ne m'empêche le plus souvent aller lire ce qui se dit après et je le fais !
Ce film Amour reste ancré dans les principes du réalisateur :  pas de musique autre que celle ayant sa place dans l'histoire (un concert, une sonate au piano, un disque écouté), une grandeur rigueur dans le cadrage, des plans fixes qui s'étirent, une place importante laissée au silence et donc au spectateur, car le scénario non-linéaire n'expliquera pas certains détails intrigants et, bien sûr, le sujet.
Une fois encore, Haneke ne verse pas dans la facilité, s'appuyant sur une esthétique totalement maîtrisée.
Et cela peut ne pas plaire, paraître extrêmement didactique, lourd.
Ce n'est à mon sens absolument pas le cas. S'opposant fermement aux codes dominant le cinéma commercial, Haneke ne fait rien pour nous "flatter" et il nous renvoie à notre condition d'humains pris dans la nasse de la société, capables du meilleur et du pire.

Le film ? Je ne révèlerai rien qui puisse gêner un futur spectateur.
Pas une seconde d'ennui dans ce parcours qui durant 2h10 environ nous emmène inéluctablement vers la mort.
Un couple à la retraite, ils sont octogénaires. Anne (Emmanuelle Riva : très très grande, c'est impressionnant) est paralysée du côté droit suite à une attaque, puis une deuxième viendra encore entamer son intégrité.
Georges (Jean-Louis Trintignant : que dire... si ce n'est qu'on ne l'a jamais autant aimé)  va s'occuper d'elle, assumer les changements qu'on sait irréversibles, l'accompagner. Amour, un titre qui fait totalement sens.
Tout ce quotidien désormais bouleversé dans ses repères nous est montré, très à plat, il n'y pas d'ellipse vraiment sur les soins, sur les difficultés. Et il y aura le médecin, le fauteuil roulant, le couple de concierge de l'immeuble, l'ancien élève qui vient les voir et ne savait pas, une puis deux infirmières, un pigeon, les visites de la fille (Isabelle Huppert qui m'a ébloui dans sa dernière scène, celle de la révélation, de la prise de conscience et des larmes où elle se retrouve mentalement et physiquement en lambeaux). Le film est porté par les deux acteurs principaux, le scénario reste finalement secondaire, l'exposition, la manière sont sèches.
C'est magnifique. 
Et tout en nous se noue.
Silence impressionnant de la salle, tout le monde "prend".
Inexorablement, l'émotion lentement et patiemment tissée, nous fait ressortir de cette grande plaine aride les yeux pleins d'eau.

jeudi 15 novembre 2012

Tonique

Mercredi 14 novembre, aux alentours de 20h30, juste quelques minutes d’attente dans la fraîcheur qui fleure bel et bien l’hiver … puis les portes s’ouvrent. 
Il y a du monde, on sait donc que la salle sera bien garnie. Tant mieux !
L’affiche sûrement ? Vijay Iyer trio dans le cadre du projet Accelerando, album sorti en 2012 avec des critiques élogieuses. Les aficionados qui suivent l’actualité jazzistique comme les curieux sont là. Je ne connais pas encore l’album, je n’ai rien lu d’autre que la présentation faite dans le programme de la soirée, j’ai envie de découvrir et écouter pour me faire mon idée.
Le trio emmené par Vijay IYER (piano) est formé de Stephan GRUMP à la contrebasse et de Markus Gilmore à la batterie. Sur scène, disposition classique en triangle, à gauche piano, au centre contrebasse, à droite batterie.
Les copains (têtes connues) sont déjà là, on s’installe plutôt sur la droite face à la scène et c’est parti … pour une première tournée de bières, en attendant le premier set.
Peu à peu, on ne doit pas être loin du « complet » car ça continue à rentrer dans la salle. Noir.
Arrivée du trio sur scène, quelques mots… et le premier set commence, il sera tonique.
La musique est à la fois mélodieuse et percussive, les compositions assez longues, prennent leur temps et s’appuient sur des thèmes qui progressent selon les moments millimètre par millimètre, note à note imperceptiblement ou bien à grands coups de breaks et de syncopes, des changements de rythmes qui claquent. A d’autres moments, cela s’étire davantage, l’intensité varie, les digressions abondent, ça tourne, ça part dans les sentiers, les traverses et la circulation s’opère par rotation entre les instruments, le piano devient un simple accompagnateur -sur un rythme tenu martelé   - pendant que la contrebasse s’échappe dans un solo échevelé, alors que la batterie ne perd rien pour attendre.
Le second set sera de la même eau, une belle énergie, des moments calmes presque suspendus,  des rythmiques hypnotiques dans une belle luxuriance sonore.
Accelerando, le morceau, joué très tôt, en constituera le sommet, un quart d’heure extraordinaire de versatilité.
Tout le concert j’ai apprécié une belle variété de jeu dans le toucher de Vijay Iyer au piano, sensible et fin. J’ai vu beaucoup de batteurs mais j’ai été impressionné par la fluidité étonnante et véloce de Marcus Gilmore à la batterie, dans un registre étendu où il peut frapper sèchement ou jouer tout en toucher, en sensibilité alors que le troisième larron nous a réservé de superbes sonorités, particulièrement à l’archet.  
C'est un trio dynamique, clairement à l’américaine, très carré et très pro, mais pas stérile, qui sort des chemins trop classiques sans rien renier de l’histoire, restant accessible, faisant quelques pas de côté, sans jamais perdre de vue le plaisir du jeu et le plaisir du spectateur.
Une très bonne soirée. Et sans nul doute un très bon album qui va rejoindre sous peu ma cédéthèque !
Un extrait : 

mercredi 14 novembre 2012

Onze

Ce mois qui semble ne pas permettre d'endiguer les fatigues mais au contraire les révéler a été chanté, en voici un exemple : Tom Waits, album The Black Rider. Superbe.


No shadow
No stars
No moon
No care
November
It only believes
In a pile of dead leaves
And a moon
That's the color of bone

No prayers for November
To linger longer
Stick your spoon in the wall
We'll slaughter them all

November has tied me
To an old dead tree
Get word to April
To rescue me
November's cold chain

Made of wet boots and rain
And shiny black ravens
On chimney smoke lanes
November seems odd
You're my firing squad
November

With my hair slicked back
With carrion shellac
With the blood from a pheasant
And the bone from a hare

Tied to the branches
Of a roebuck stag
Left to wave in the timber
Like a buck shot flag

Go away you rainsnout
Go away, blow your brains out
November

mardi 13 novembre 2012

égalité


Afrique du Sud (depuis novembre 2006) Argentine (juillet 2010) Belgique (janvier 2003) Canada (juin 2005) Danemark (juin 2012) Espagne (juillet 2005) États-Unis dans certains États : Connecticut (2008)  Iowa (2009)  Maine (2009, puis rétabli en 2012) Massachusetts (2004) Maryland (2013) New Hampshire (2010) New York (2011)  Vermont (2009) Washington (2012) Washington D.C. (2012) Inde (juin 2010)  Mexique dans certains États :  District fédéral (2011) Quintana Roo (2011) Norvège (janvier 2009) Pays-Bas (avril 2001) Portugal (mai 2010) Suède (avril 2009)

samedi 10 novembre 2012

Seul

The Loner, comme est surnommé Neil Young, s'est fendu d'une archive 
en 2007, l'enregistrement en public d'un concert de 1971 
"Live at Massey Hall".  Un disque absolument inusable. 
Vous prenez un guitariste pianiste chanteur et harmoniciste, 
vous le mettez seul sur scène avec ses chansons ô combien inspirées 
et vous vous apercevez sans peine que tout est là, 
pas besoin d'orchestre, d'électronique ou de synthétiseur, 
il y a toute l'humanité et la vie  avec un gars tout seul.
Voici en vidéo les deux premiers titres 
de l'album auxquels j'ajoute Old man.
  

On the  way home / tell me why.


 Old man

vendredi 9 novembre 2012

Rires

Lors de notre brève escapade parisienne, chez notre fille, traînait un Charlie Hebdo où j'ai déniché ceci.
Je ne peux résister au plaisir du partage en vous souhaitant une pinte de rires (jaunes) mais revigorants !
Toutes les références, titre auteur de l'article sont sur l'image.




mercredi 7 novembre 2012

Fins

Comme annoncé, second volet du point sur les 366 réels à prise rapide.

Pour  être à peu près complet, je sais d'ores et déjà qu'il n'y aura pas de "saison 2" quelle qu'en serait l'éventuelle forme, car je veux me prémunir de la forte accoutumance ou même addiction que représente ce challenge et retrouver un peu d'espace, d'indépendance, comme on voudra…
Mettre sur pied "Interférences 2" comme un petit laboratoire annexe d'Interférences, ouvert un jour et fermé un an après, correspond à l’idée que j’ai eue assez tôt d’un projet balisé dans le temps.
Parler (écrire) d’autre chose ou pas, mais sans qu'on me dise quand et comment. Je mesure par là les limites de l'exercice qui doivent ressembler beaucoup ...aux miennes !
Autres points, peut-être partagés par les camarades engagés dans l'aventure et qui ont pu d'ailleurs pour certains d'entre eux causer leur "abandon", des répétitions sûrement, le danger toujours présent de la complaisance, de la prévisibilité, un peu de fumisterie (même assumée), une certaine peine à se renouveler, à moins que se renouveler ne soit qu'une vue de l'esprit et qu'on ne fasse que persévérer...
Je me suis aussi aperçu avec le temps que je n'avais pas ou plus forcément envie d'écrire (ou de lire) sur les petits trucs du quotidien. Ce n'est déjà pas mon point fort d'emblée, donc pas étonnant, cela me pendait au nez !
C'est bien, sur la longueur, le constat d'une usure, mais d'une usure par rapport à l'exercice imposé, de moins d'envie certaines semaines, particulièrement dans un emploi du temps professionnel d'une grande densité... même si cela rentre dans le jeu de contraintes finalement ! Et puis je le savais dès le départ, non ?
Mais ce qui est promis sera tenu, je me suis engagé, je me sens engagé.   
Je sens toutefois comme un possible bénéfice d'avoir écrit tout cela : je vais tenter de mener à bien les derniers mois de l'entreprise, en « renouvelant » mon approche au moins partiellement, en cherchant d'autres voies. Suspense insoutenable, n'est-il pas ? 
Quoi qu'il en soit, d'ici le 12 février 2013, date du 366e et dernier message, je peux anticiper sur le bilan avec un ensemble qui aura été plus qu’intéressant en se posant comme un atelier sous contrainte, expérimental et ludique, un lieu d'allées et venues, de passage, de partage et d'échanges virtuels, éphémères, changeants et même définitifs, car je continuerai à suivre - différemment -certains blogs ainsi découverts !

Car bien sûr, l'autre blog (celui-ci, donc !) va poursuivre son existence !
Et je vais continuer car j'aime cet exercice de l'écriture, je ne me vois pas ne pas écrire, c'est à la fois dans ma culture, mon éducation et c'est aussi un moment intérieur, comme une conversation avec soi, de quoi penser, classer, ranger ou pas, rêver tout haut (serait-ce le péréquien qui sommeille en moi ?)... Est-ce qu'une petite musique en émerge avec l'idée et la pensée toujours recommencées, toujours continuées, toiles de fond, qu'écrire, comme lire, rend meilleur au sens noble du terme ?
Mais j'ai besoin d'espace et je pense pouvoir définir mon cadre tout seul. Je suis grand maintenant !
Je pense aussi que l'on ne fonctionne pas tous de la même manière, on finit par se connaître un petit peu.
Je veux parler par exemple aux intervalles entre les billets, certains jours "j'écris", mais sans écrire une ligne. Dans ce sens, qu'un jour se passe sans rien écrire (sans rien poser) ne me contrarie pas, c'est dans ma manière finalement, ou bien ma nature ?
Cela émergera dans un moment ultérieur, quand l'assemblage se fait, quand les mots du texte apparaissent, et cela continuera à se modifier par la présence même des mots. Cette idée de réversibilité (que le texte appelle les mots et que les mots appellent le texte) me paraît bien traduire ou transcrire - pour moi en tout cas - ce qui se passe ces moments-là.

Pour le comment, voici un extrait (centré sur la poésie mais que j'étends au-delà) qui s'approche au plus près de l'esprit dans lequel je sens les choses. 
L'exercice poétique révèle bientôt au poète une sorte de capacité de se modifier eux-mêmes que les mots possèdent, et qu'avivent les arrangements à quoi il les soumet. Il voit que les mots attendent de ses opérations qu'elles les animent d'une vie imprévue. S'il se méfie du sens qu'il sent naître en eux, c'est qu'il entend préserver les chances qu'ils ont de s'en évader encore vers des découvertes. (…) Insoucieux des significations, le poète se livre à la fonction d'imprudence du langage. Il ne s'assure du secours d'aucune terre promise dont il aurait la révélation. Il n'attend de l'aide que des mots qu'il manie. Il est la terre et la promesse. En lui de l'être s'accomplit. 
Jean Lescure, Du calcul des improbabilités, 1964.
Quant au pourquoi ... à divers degrés, ce peut être cela, pêché chez ceux que j'aime tant lire :
J'écris pour prolonger le vécu, non pour l'éterniser, mais pour l'intensifier et rendre plus lucide cet instant qu'est l'instant vécu. (Octavio Paz)
Écrire, c'est une façon de parler sans être interrompu. (Jules Renard)
Écrire, c'est rester sur le qui-vive. (Jean Cayrol)
Écrire, c'est affronter un visage inconnu.( Edmond Jabès
) Je n'écris pas pour une petite élite dont je n'ai cure, ni pour cette entité platonique adulée qu'on surnomme la Masse… j'écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps. (Jorge Luis Borges)