LES HOMMES N'APPARTIENNENT PAS AU CIEL.
Trois personnages à la fois familiers et énigmatiques
prennent la parole, se succédant sans se rencontrer d’un bref chapitre à
l’autre.
Et la quatrième de couverture nous a donné quelques indices.
Fernando à Lisbonne, Karl à New-York et Jorge à Buenos-Aires
sont en quelque sorte des visions fantomatiques, rêvées, de trois écrivains qui
ont marqué le XXe siècle – Kafka, Pessoa et Borges.
Ce rythme ternaire, ces textes courts, ces voix alternées diffusent progressivement un climat poétique souvent, philosophique parfois et créent en volutes un paradoxe surprenant avec la folie causée par le passage de la comète de Haley en 1910. (N'en attendez pas pour autant un "livre-catastrophe" !)
En cinq parties (exorde, confrontation, arrangements, stupeur, clôture) le récit se déploie et nous plonge dans leurs jeunes années formatrices, initiatiques.
Mais tout n’est pas si simple, ce serait faire peu de cas des miroirs, des labyrinthes, des alter ego…
Si Fernando et Jorge font irrésistiblement penser par un jeu
de références subtilement maîtrisé à Pessoa et Borges, Karl n’est pas Kafka
mais un personnage de Kafka, immigrant d’Europe centrale, tiré d’un de ses
romans « L’Amérique ».
Karl est le personnage le plus ancré dans la difficulté, il
peine à gagner de quoi subsister, sa vie est dure, faite de rencontres à
risque. C’est dans sa partie qu’il y a le plus « d’action »… Jorge
passe ses nuits à réinventer les histoires racontées par sa grand-mère. La mémoire, le temps sont déjà là… Et Fernando est déjà pris par le mal de vivre, les
interrogations, irons-nous jusqu’à … l’intranquillité ?
Je recommande parmi d’autres un passage fabuleux, dans les
chapitres « Jorge » , sur les fourmis et l’été.
Il n’est pas nécessaire de connaître parfaitement les œuvres
respectives, mais certaines références, certains filigranes s’apprécieront
mieux si on a quelques repères.
L’auteur a su capter et transcrire l’essence des
personnages, leur cheminements intérieurs.
Il joue parfaitement avec ce réseau de références, il s’y
montre libre, loin d’être écrasé ou prisonnier.
C’est souvent flottant, c’est à la fois précis et imprécis, rien
n’est tranché, la porte est ouverte à la rêverie, la réflexion.
Dernière chose : comment un titre original extraordinaire « Il
n’y a pas assez de place dans ma poitrine pour les oiseaux » devient
« Les hommes n’appartiennent pas au ciel » est déjà un mystère en
soi.
On peut le regretter, mais il ne faut pas s’y arrêter.
On pourrait presque dire que cela « colle » au
sujet finalement…
Une excellente lecture donc.
C’est à la fois surprenant et insolite, fort réjouissant :
un grand plaisir.

Les romans qui laissent les portes ouvertes...une invitation à y entrer.
RépondreSupprimerUn premier roman ai-je lu, c'est noté, merci!
Le voyage vaut le coup !
SupprimerQue voilà une invitation qu'on va s'empresser d'honorer ! La traduction des titres (de livres et de films aussi) est souvent surprenante, parfois carrément idiote, et en effet c'est la plupart du temps un mystère. Quoi qu'il en soit, mise en appétit par cette excellente note de lecture je me rue sur ce titre dès que je le rencontre.
RépondreSupprimerPS - je termine à l'instant "Seuls le ciel et la terre" de Brian Leung, un très beau roman américain dont le titre original est "Take me home"...
MH de l'Appentis
Echange de bon procédé : depuis celui-ci -terminé en début de semaine- je "retiens les bêtes"
RépondreSupprimer;-)
Eh bien, j'espère que le rire a été au rendez-vous avec les clôtureurs de moutons !
RépondreSupprimerEchange de bons procédés : surprise hier à la médiathèque. Je parcours, à mon habitude, je feuillette, je lis trois pages ici et là, j'embarque le bouquin presque sans le regarder, séduite par le contenu... C'est le livre de Nuno Camarneiro dont il est question ici ! Prometteur, sera ouvert sans tarder...
Concis, ciselé et effectivement très marrant !
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