Serait-ce mystérieux ? Alchimique ?
Des concerts sortent du lot.
Se détachent.
Certains soirs.
A la sortie de la salle, les premières minutes au dehors, de
retour à l'air libre.
Comme reprendre son souffle sans être essoufflé...
Coup d’œil vers le ciel, savoir qu’il fait nuit, vérifier
quand même.
Une sensation belle -mais encore étrangère aux mots- que
quelque chose s'est passé.
A trouvé sa place, s’est ajusté. A la perfection ?
Alors, pas pressé.
L’envie d’étirer, d’y être encore
alors que c’est passé, de prolonger le moment.
Qui ne va pas m'oublier de sitôt.
C’était il y a huit jours, j’y suis encore ...
En arriver là est une belle destination. Comme toucher au
but.
L’heureuse conclusion d’un cheminement. Comme rejoindre une
évidence.
Entamé par le choix de cette soirée, l’idée ou l’hypothèse
« ça pourrait être bien ! ».
Et puis tout se met en route, prend sa place, comme un
puzzle patient.
Les premières minutes –souvent déterminantes- avec les
premiers signes prometteurs lorsqu'on aborde et entre dans l’univers qui nous est
présenté.
Les premiers atomes s’assemblent de cette belle sensation à
venir.
Le spectateur que je suis commence à repérer tous les
détails qui font sens, se réjouit de voir les expressions de visages complices
, admire leur concentration qui fait que plus rien n'existe au monde que ce
moment, que cette note, ces notes.
Parfois je ferme les yeux.
Un superbe édifice est en train de surgir sous nos yeux et à
nos oreilles, un ensemble extrêmement architecturé mais terriblement vivant,
qui n’a pas de prix, où l’infime et la précision pèsent de toute leur masse
atomique de plumes.
Si bien agencée, dans le fond et dans la forme, parfois
complexe et abstraite, jamais hermétique, la musique est portée par l’exigence
des musiciens et j’ai senti ce soir-là que j'y ai été très vite sensible, sans
délai, j’ai été aspiré, aimanté au point de porter mon attention à un niveau
d’écoute et de réception maximales.
Pour ces trois instrumentistes et compositeurs, la musique
est texture, leur palette de compositions appelle la peinture. Leur musique m’a
étreint, s’enroulant lentement autour
de moi au fil du concert et j’y vois bien plus que la seule coïncidence avec le
titre de leur disque « Year of the Snake ».
Collectif, Mark Turner, saxophone, Larry Grenadier, contrebasse, Jeff Ballard, batterie, jouent
collectif, leur trio est redoutablement efficace, il est complémentaire et
démocratique.
Quel plaisir de les voir se donner.
Quel plaisir de les voir se donner.
Il s‘appellent Fly.
Le nom n’est pas volé. extrait
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