Lue (avalée ?) en un laps de temps resserré, copieuse
avec 3 tomes et 1600 pages environ, cette trilogie -qui n‘en est peut-être pas
une- a constitué une expérience au long cours en quantité, un
« exercice » que je n'avais plus pratiqué depuis un certain temps.
Mais, que voulez-vous, il faut bien lire ses cadeaux
d'anniversaire, non ?
Alors attendre d'avril à août, toute plaisanterie mise à
part, m'a semblé un peu obligé pour s'attaquer à pareil engin aussi volumineux
qui prend son temps, qui prend du temps, mais un temps que l’on ne perd
pas !
Voici, quelques semaines plus tard, mes impressions, loin d'être exhaustives, livrées
je l’espère en évitant d’intempestives révélations qui en gâcheraient la
lecture.
(Dans laquelle il apparaît que je maltraite les jaquettes !)
Déployé en 3 tomes ou livres, chacun couvrant trois mois,
cela commence avec avril-juin. C’est d’emblée très, très prenant.
Et, donc, premier livre avalé en une grosse journée autour
du 11/12 août à cheval sur deux jours, puis il m'a fallu attendre les alentours
du 19 août pour poursuivre puisque j'avais pris seulement le livre 1 sur notre
lieu de vacances. Un peu bête le gars ?
Heureusement j'avais des "réserves" (Vila-Matas,
Cortazar, Bolaňo) pour patienter, oui patienter, même si le terme, je m'en
rends compte en l'écrivant, est quelque peu désobligeant pour ces auteurs.
Juste une question de moment.
Mais revenons en 1Q84.
A la fin du livre 1, j'étais vraiment "pris" par
l'histoire et en forte attente de la suite. Cela ne s’est pas démenti, alors que je redoute parfois
l’essoufflement, le patinage… Ici, non. De retour, j'ai lu quasiment sur le même rythme le
livre 2, et j'ai plongé dans la foulée dans le 3 qu'il m'a fallu
"distiller" (ou étaler) davantage en raison de certains engagements.
Mais ça n’a pas traîné pour autant !
Aomamé (elle) et Tengo (lui), 30 ans l'un et l'autre, sont
les deux héros de cette histoire, nous allons suivre leur aventure, leur
convergence, découvrir leurs points communs et aussi rencontrer quelques
personnages hauts en couleurs, parmi lesquels un certain Tamaru (garde du
corps) qui veille et organise de façon extraordinairement précise les projets
d'une vieille dame, ou encore Komatsu, éditeur plutôt surprenant dans ses
méthodes, sans oublier l'énigmatique Fukaéri, jeune femme de 17 ans... Mais ce
ne sont pas les seuls.
Chaque personnage du roman est suffisamment bien dessiné
pour se révéler attachant, présent.
La structure est efficacement charpentée, avec chapitre par
chapitre une succession de voix Tengo/ Aomamé en alternance. Cela ne tourne
jamais à vide, ne devient jamais un procédé creux. La construction et le
découpage du récit ménagent très habilement le suspense, l'envie d'en
« savoir plus » est constante, ce qui fait qu'on entame le chapitre
suivant -en changeant de personnage donc- en abandonnant l'autre à grands
regrets. Ou comment utiliser la frustration (provisoire) comme moteur !
Dans le livre 3, une troisième voix, celle
d'un enquêteur au physique ingrat, aussi patient, fin et talentueux qu'il
semble lourdaud amène un souffle d'air nouveau dans le rythme du récit. De plus les hypothèses du lecteur pour savoir "où"
il est ne sont pas levées : le livre dans le livre ? une voix dans l'autre voix
? ...
Il y a des répétitions certes, mais ce ne sont que des
superpositions qui apportent sans
aucune gêne des variations dans les points de vue, des angles nouveaux ou
décalés.
Dès le livre 1 ça picote les neurones du lecteur avec des
indices au fil des pages qui "disent ou rappellent quelque chose"
(... et que je vérifie quarante pages avant si oui …ou non !) .
Quelques moments pince-sans-rire, traits d'humour à
froid, sont à savourer aussi dans les dialogues et j’ai trouvé - impression personnelle ? - que Murakami s’amusait un peu,
comme s’il jouait avec la structure du feuilleton. Alors il en « rajoute »
peut-être, parce qu'il a aussi du savoir-faire, de la maîtrise, mais c'est pour le plaisir renouvelé du lecteur à se laisser entraîner par ce flot.
Enfin, l'histoire peut paraître « nébuleuse » mais
elle est très ancrée dans des éléments concrets, très réalistes (tout ce qui
touche à l'actualité) et brassant de grands thèmes (religion, violence, choix, rêve, sexe, solitude, et bien sûr, écriture) qu’ils soient approchés sur le plan
collectif ou sur un mode plus personnel, plus intime. Tous points qui
renforcent notre proximité avec les héros et les événements vécus.
La narration opère par glissements très fluides. Typique des
ressorts fantastiques, avec une réalité qui se vrille imperceptiblement, se décale,
et l'on finit (lecteur comme personnages) par ne plus savoir dans quel monde on se
trouve, on glisse dans un fantastique étrangement familier, à hauteur
d’humain. Et c’est toute la valeur et
le plaisir de cette lecture, une ambiguïté savamment ménagée.
On laisse volontiers l’auteur nous emmener sur un chemin où
certains repères, certaines balises deviennent floues, flottantes. Comment dire le bien que
cela procure ?
Car rien n'est tranché, c'est très bien ainsi, tout n'est
pas expliqué, ni explicable, et reste l'atmosphère, une ambiance fantastique et
romantique, et même aérienne quand les personnages lèvent la tête et scrutent
le ciel…
Belle plongée dans un monde sans concessions certes mais
d’une grande richesse et d’une belle humanité.
A lire !

En tous cas, ça donne envie de le lire.
RépondreSupprimerPetite question : est ce que cela à un rapport avec "1984" du grand Orwell dont le titre s'inspire ?
Merci Leunamme, tant mieux ! ET oui pour 1984.
Supprimerj 'ai aussi reçu la trilogie en cadeau début juillet de quelqu'un qui l'a beaucoup appréciée...je l'ai donc lu mais avec,très vite, l'impression de regarder une série TV...cf le suspens des retrouvailles entre Tango et Aomané ou l'assassinat du leader.
RépondreSupprimerle fantastique est noyé par les répétitions et le besoin de faire durer.
Nul doute l'enfant à naître sera l'objet d'un quatrième tome.
de grâce , ne me l'offrez pas ;-)
On peut aussi le voir ainsi, c'est vrai. J'ai préféré me laisser emmener :)
Supprimer