D’un côté, une vache qui tombe du ciel, s’écrase sur une
barque et tue une future jeune mariée et, de l’autre, une quincaillerie de
Buenos Aires tenue par Roberto.
Le jeu du film sur les contrastes est posé d’entrée. Quel rapport entre les deux ? Le film va nous y emmener progressivement.
Roberto est quincailler, il recompte les clous des boîtes
qu’on lui livre ( il n’y a jamais le compte, il en manque 5 ou 6, ça le met en
colère), il vit seul, il collectionne, découpe et colle les faits divers des
journaux, choisissant soigneusement les plus absurdes, les plus insolites. Il éteint sa lampe de chevet le soir à 23h00 précises,
attendant le moment exact du passage des minutes de 22.59 à 23.00.
Roberto mène donc une vie hyper ritualisée, assumant une misanthropie
certaine, cultivant en quelque sorte l’absurde, et il va se retrouver, alors
qu’il pique-nique dehors non loin de l’aéroport ( !) près de sa voiture,
en présence d’un Chinois (Jun) jeté d’un taxi.
Le contraste va jouer à plein dans les premières scènes.
Moments réjouissants.
On pressent bien sûr que Roberto va sortir changé de cette
rencontre qui va jouer comme un véritable révélateur pour lui, provoquer une lente mise à jour de sa vie, et le mettre
en mouvement, lentement mais inexorablement.
Car, derrière le masque fermé et impassible de Roberto, il y
a la noblesse et la douleur, comme le dit Mari, la jeune femme amoureuse de lui
(dont il est épris également) mais à qui il s’interdit de manifester autre
chose qu’une profonde amitié ou camaraderie.
Roberto va toutefois tout tenter pour aider le jeune
Chinois, même (et surtout) si on le
sent hésitant sur la conduite à tenir, un peu comme s’il se demandait jusqu’où
ne pas aller trop loin, par peur des conséquences, des responsabilités et de
l’engrenage qui broierait sa solitude tranquille. Les démarches à l’ambassade de
Chine nous valent, en deux temps, des scènes hilarantes aux répliques bien
senties.
S’il regrette à des moments avoir fait un pas, parce que
cela lui apporte des complications, l’inverse est vrai aussi. Roberto éjecte le Chinois qui vient de casser sa vitrine et
les objets de la collection dédiée à sa mère, mais il retourne le chercher peu
après et va, clin d’œil, être tiré d’un mauvais pas par le Chinois
lui-même. Car Roberto reste -finalement et définitivement- perméable, sensible et fidèle à une certaine humanité.
Le trio Roberto / Jun / Mari va évoluer et faire sortir chacun
de sa solitude, dont les causes sont différentes, on l’apprend ou le comprend
au fil du film.
Chacun va être en mesure d’apprendre quelque chose des deux autres et
aux deux autres.
La scène pivot où Roberto et Jun discutent avec un livreur
de repas chinois comme traducteur est superbe. C’est à la fois une boucle qui
se boucle par rapport au deux scènes initiales, et qui comporte son lot de
révélations à propos du quincailler, et c’est aussi un mini-choc culturel où
enfin les deux protagonistes vont communiquer sur l’essentiel en se
questionnant l’un l’autre : Roberto considère que la vie est absurde et
n’a pas de sens, alors que pour Jun tout a un sens.
Voilà, les choses vont s’arranger, cela finit bien, mais
cela reste léger, il n’y pas de flonflons, pas de grandiloquence, bon sang que
ça fait du bien !
Nous avons passé un très
bon moment avec ce film. J’y ai retrouvé en
filigrane les qualités de la littérature argentine que j’aime tant. Un substrat présent
(Cortazar, Borges, etc.) sans être prégnant.
J’apprécie toujours fort
le mélange de légèreté et de gravité, avec des moments franchement absurdes ou
surréalistes.
C'est un film avec peu d’effets, même si tout est
parfaitement soigné. L’histoire est déroulée de manière assez simple, il y a
juste quelques insertions de séquence oniriques (où Roberto imagine les faits
divers absurdes en s’identifiant aux
personnages) et un flash-back. Le procédé est utilisé finement, bien dosé, en évitant le
« systématique ».
Un film jamais
prétentieux, toujours prêt au clin d’œil, qui ne surligne jamais, impressionniste
mais au propros clair, et qui s’appuie sur trois comédiens excellents.


Envie de voir ce film depuis que j'en ai entendu parler un dimanche après-midi par Paula Jacques dans Cosmopolitaine. Cette critique me conforte dans cette idée. Merci.
RépondreSupprimerMadeleine > Merci de ton passage et donc bon film :)
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