Nous sommes qui nous ne sommes
pas, la vie est brève et triste.
Le bruit
des vagues, la nuit, est celui de la nuit même; et combien l'ont entendu
retentir au fond de leur âme, tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans
l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume résonnant dans les profondeurs!
(...)
Et tout cela, durant ma promenade au bord de la
mer, est devenu pour moi le secret de la nuit et la confidence de l'abîme.
Que
nous sommes nombreux à vivre, nombreux à nous leurrer !
Quelles mers résonnent
au fond de nous, dans cette nuit d'exister, sur ces plages que nous nous
sentons être, et où déferle l'émotion en marées hautes !
Ce que
l'on a perdu,(...) ce qui était un souvenir, alors que nous croyions à une émotion; et l'océan tout
entier, arrivant, frais et sonore, du vaste fond de la nuit tout entière,
écumait délicatement sur la grève...
(...)
Qui d'entre nous sait seulement ce qu'il pense, ou ce qu'il désire?
Qui
sait ce qu'il est pour lui-même?
Combien de choses nous sont suggérées par la
musique, et nous séduisent par cela même qu'elles ne peuvent exister ! La nuit
évoque en nous le souvenir de tant de choses que nous pleurons, sans qu'elles
aient jamais été !
Telle une voix s'élevant de cette paix de tout son long
étendue, l'enroulement des vagues explose et refroidit, et l'on perçoit une
salivation audible, là-bas sur le rivage invisible.
(extraits choisis du Livre de l'intranquillité, Pessoa )
Oh, c'est beau !
RépondreSupprimerAnne > Pessoa est une mine inépuisable de beauté.
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