J’ai terminé il y a une quinzaine « J’avoue que j’ai
vécu » de Pablo Neruda.
Ce qui nous est donné à lire présente un poète que l’on suit
ancré dans la vie, un homme de son temps, engagé les yeux tournés vers le
peuple chilien et jamais détournés. Même si ce n’est peut-être pas si
« simple ».
On apprend beaucoup, on mesure combien la curiosité les
rencontres les voyages ont compté, et il y a de fort belles pages – vraiment
magnifiques- sur l’enfance, les commencements.
Mais, progressivement, tel un sparadrap dont je ne suis pas
parvenu à me défaire, il y a eu ce sentiment de lire un peu l’édification du
mythe ou de la statue, et une nage en pleine gauche romantique et sentimentale,
avec une certaine auto-complaisance et des points qui fâchent qu’on évite
soigneusement.
Preuve si besoin que l’équilibre subtil de ce type
d’exercice n’est pas simple, il faut ... l’avouer (!).
A noter, un passage sur
Staline qui, plus de vingt ans après la mort de celui-ci, est complètement
« surréaliste » et laisse pantois. Il y avait encore du chemin, le concernant. Bizarre...
MAIS.
Cela ne retire rien à la grande qualité littéraire de
l’œuvre.
C’est beau, c’est sûr parce que Neruda est un conteur
hors pair, et que l’ouvrage finalement dépasse les mémoires et n’est pas non plus exactement une autobiographie.
On a parfois l’impression d’une conversation à bâtons rompus, de confidences faites plutôt simplement,
la chronologie étant parfois bousculée pour faire des liens.
Certains
passages sont drôles, ou encore absolument poétiques et d'autres sont plus dramatiques.
Certaines parties sont magnifiques : "Vivre avec la
langue", "Vers courts vers longs", "L’originalité" sonnent tous un peu comme un
manifeste poétique.
Et des portraits réussis, attachants aussi, avec Garcia
Llorca, Eluard.
Des pages sur Allende et un ouvrage qui se conclut, en 1973 année de
triste mémoire, sur le peuple chilien encore une fois trahi.
Au-delà de mes réserves, c’est une belle histoire finalement
et un grand plaisir de lecture.
J’avoue que j’ai vécu.
Pablo Neruda.