jeudi 15 décembre 2016

Huile bouillante


Les attaques répétées des derniers jours avaient beaucoup affaibli le fief. Certains vassaux n’étaient plus qu’ombres enfuies, courant encore pendant que d’autres, fourbes, agissaient pour rafler la mise. Brigands, voleurs et autres assassins faisaient la loi dans les forêts alentour en véritables bourrins des bois. Ne manquaient que les loups. Les bandes armées, à la solde des félons, agressaient la forteresse par vagues. Les assaillants essayaient d’asséner d’incessants assassinats aux assiégés asthmatiques asservis.

Et une terreur poisseuse transpirait au-dessus des douves.

Au contraire des veuves et des orphelins, les preux chevaliers de jadis appartenaient à un temps révolu. Désormais tristes pleutres, fieffés poltrons, pauvres couards, à cent lieues de riposter, ils s’entassaient au château, se pensant sottement à l’abri derrière les remparts, murailles protectrices qui ne feraient pourtant pas longtemps illusion. Ils y côtoyaient d’autres réfugiés, baladins immobiles, musiciens silencieux. Ils n’avaient pas réalisé que certains s’étaient déjà enfuis, bouffons sans roi et troubadours sans sac, ou bien étaient très morts, comme le forgeron. Les marchands quant à eux avaient préféré quitter le temple. Les soldats avaient déserté le chemin de ronde, les ordres donnés étant de monter la garde devant la salle où la châtelaine et les dames de compagnie avaient été consignées.

Un parfum d’hallali imminent imprégnait l’enceinte.

Le palefrenier ne sortait plus les chevaux. Les serfs étaient cantonnés en famille dans les écuries. Les vaches n’étaient pas pour autant aux champs.
Tous suintaient de trouille devant les déferlantes ennemies y compris le maître des lieux, sieur dont nul ne savait l’endroit exact où il se tenait, abattu sans doute par les trahisons et les lâchetés.  
A compter de ce jour-là, irrémédiablement, le seigneur et sa lignée vécurent au temps des châteaux faibles.

4 commentaires:

  1. au temps des chateaux faibles, les héros sont mous, les seigneurs égarés ou en fuite ... ce texte ne me laisse pas indifférente ... quelque chose me manque pourtant, peut-être la clef de la petite porte ?

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  2. Réponses
    1. Après le polar historique, le thriller médiéval ?

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