jeudi 17 novembre 2016

Nous, Daniel Blake


Pour ce film, fichons-nous copieusement de la Palme d’Or pour commencer.
Ensuite oublions les beaux esprits qui se pincent le nez devant un scénario « prévisible » « à gros sabots » ou « schématique »... etc. (Ou comment taper en touche face à … face à quoi au fait .. ?)

De ce point de vue, toute autre fin aurait sûrement été l’objet de critique aussi pour angélisme, parions-le.
Et pourtant le film raconte deux parcours, dresse un tableau qui est traité rigoureusement, c’est brut et sans concession par rapport à l’état du système ambiant qui broie la dignité des « petits ».
Rappelons-leur aussi qu’il y a des habitudes cinématographiques qui, même si elles ne sont pas incompatibles et sans aller jusqu’à les qualifier de coupables, ne sont pas du même ordre : tiens, à choisir, en toute mauvaise foi, entre « se cogner » le dernier Woody Allen et le dernier Ken Loach, vous me trouverez chez le britannique.

Ayons par contre à l’esprit que la force du film est bien dans les portraits des deux personnages principaux, campés au mieux par deux acteurs vraisemblablement inconnus de ce côté-ci de la Manche, un point qui pour moi renforce considérablement la crédibilité de ces incarnations.
Pensons à l’absurdité abyssale du système (un rapprochement sera fait avec La Loi du Marché de Stéphane Brizé) qui promène les gens en les humiliant.
C’est une diversion permanente qui par pansement interposé ne règle rien structurellement et humainement.
Alors évidemment ça se noircit ou se radicalise dans la seconde partie, mais comment peut-il en être autrement ? Est-ce cela qui gêne nos spectateurs nez pincés car gênés dans leur petit confort ?   

On sort de ce film avec les yeux qui piquent, oui, et une colère immense. 



10 commentaires:

  1. Je l'ai vu il y a deux semaines. Colère évidemment, et cette scène (graffiti) où Blake devient star de quelques minutes, jouissif. J'avais toutefois préféré, de Loach, "Sweet sixteen", moins prévisible peut-être.
    Un cinéma nécessaire, bien d'accord.
    (Mais je sors plus zen et bien dans ma peau d'un W Allen).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui cher christw, mais honnêtement je m'ennuie copieusement depuis tant d'années dans les quelques chances accordées à Allen.

      Supprimer
  2. J'ai aimé à la folie la bonne demie douzaine de films que j'ai vu de lui. Je n'ai pas encore vu celui-là, je vis à 50 kms du premier cinéma ! Je pratique donc le streaming, mais ne l'ai pas trouvé. Si quelqu'un a une piste ... J'ai parcouru par contre quelques extraits et des critiques dont celle-ci des inrocks qui évoque un "médiocre cinéaste" et pour ce film "d'un tract sentimentaliste et manichéen, imprégné d'un pathos mélanchonien ..." Rien que ça ! Je n'ai pas lu la suite car refusé de débloquer le bloqueur de pub ... Pas de pitié pour les inrocks, quand ils seront vraiment dans la mouise, peut-être qu'ils changeront d'avis sur l'argument de ce film !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je suis loin d'avoir tout vu mais un bon paquet quand même, toujours bien même si l'on constate bien évidemment des fluctuations selon les films. Quant aux zinroques, no comment, ce serait leur faire trop d'honneur !

      Supprimer
  3. Même état en sortant du cinéma ;)

    RépondreSupprimer
  4. Daniel Blake reste heureusement à l'affiche par chez moi, pour les retardataires ;-)
    Ceux qui critiquent ce film sont les mêmes qui encensent Paul Duan et ses algorithmes farceurs pour Pôle Emploi.
    Quand on installe un écran et une "connexion" entre les demandeurs d'emploi et les personnes censées instruire leur dossier, quand un privé vend son invention à un service réputé public, invention qui n'a pour but que d'éloigner le public de son "service", alors il est temps d'aller voir Daniel Blake. Ken Loach est pour moi l'un des derniers cinéastes respectables (en Europe). Qu'il soit remercié entre autres pour "Family life", "My name is Joe", "Bread and Roses", "The Navigators" (que nous regardions navrés pour l'Angleterre en nous sentant à l'abri de cette infamie... quelle tristesse)
    Merci, Mr K, pour la défense de ce film indispensable et... pour la saine colère !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Tendresse particulière pour My Name Is Joe dans cet ensemble, j'apprécie Mullan !

      Supprimer
  5. J'ai justement vu ce grand film hier (mais j'aime aussi beaucoup Woody Allen :) ) et sans avoir vécu tout ça, ça m'a rappelé lorsque je suis allée m'inscrire au chômage. D'un jour à l'autre... je n'étais apparemment plus la même personne. Il n'y avait qu'une heure que je ne travaillais pas comme les autres jours mais un employé hautain me traitait comme un parasite. Derrière chaque guichet, un employé hautain "qui travaillait, lui!" et avait droit à sa pause café, sa pause cigarette et téléphone pendant que nous, les parasites profiteurs, nous n'avions rien d'autre à faire que de glander derrière le guichet... Mais je n'ai pas vécu l'affreuse glissade de Daniel Blake. Quel film!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci de ce témoignage Edmée. Déclassement, procédures formatées... Y a quelqu'un ?


      Quant à Woody, je l'ai apprécié... un temps, là, voir plus haut dans les commentaires !

      Supprimer