jeudi 26 mai 2016

Quatre sur trois




Nous partons trois
mais par un prompt renfort
nous nous voyons trois cent cinquante en arrivant au port…

Des papiers sont montrés.
Se plient et se détachent, se replient.
Légère agitation, teintée de bourdonnements.

Quelques exclamations plus franches, plus fortes, comme des éclats.
Cela ne dure pas.
C’est encore l’heure des digressions.

Nous prenons place,
certains sont déjà là,
Effervescence douce de murmures diffus.

Une fièvre confiante flotte, prête à devenir ferveur. 
Le temps est arrêté mais passe un peu, et soudain tout change.
Ce qui était lumière s’obscurcit, devient imprécis.

Nous ne  sommes plus que les ombres incertaines de nous-mêmes.
Certaines vont recevoir, d’autres donner.
Rôles bien répartis au début, bientôt plus indistincts,

Mouvement immobile, circulation secrète
tissage asymétrique de ce qui se donne et se reçoit…
Ce qui se rend n’est pas ce qui se passe. 

Et tout commence, noir et blanc s’entremêlent déjà,
des constructions précises qui font vibrer l’air,
découpant l’espace en tranches inégales.

Coups incisifs, caresses feutrées, glissades savantes.
Complot ourdi en toute cohésion,
plans qui s’échafaudent en quête d’un graal imperceptible.

Avant qu’il soit longtemps
des regards jubilent, échangent des sourires,
des têtes acquiescent lorsque des mains s’arrêtent,

suspendues à un fil invisible que nos yeux
qui brillent ici et là ne quittent pas des yeux
et suivent haletants, immergés.

Territoires explorés, puissamment et sobrement,
intervalles partagés donnant sur des chemins ouverts
aux silences attentifs qui les peuplent bruyamment

Boucles et détours qui finissent
en échos et cascades,
plaques liquides aux syncopes inattendues.

Quelques allers-retours précis comme des horloges
rebroussent chemin et ne tardent pas à exploser,
bouillonnement qui brise les codes.

Fresque tracée, la palette est large,
splendeurs fugaces qui émergent,
Empoignées, elles persistent en volutes puis changent,

Une transe dispersée
Gonflée d’inspirations échevelées
s’empare de nous

L’intensité des climats
nous saisit
et nous arrache à la gravité.

La direction devient le chemin, la route est la destination.
Suspension… Ne pas arriver…
Voyage envoûtant, escapade vertigineuse.

Vient le moment des dernières confidences…
Cordes, touches, archet, fûts…
Apothéose. Hey Joe.

Basse batterie piano
Larry Grenadier Jeff Ballard Brad Mehldau
… trio

On se quitte en altitude,
Conquis par le fer et le feu,
Rougis d’avoir tutoyé le beau.







6 commentaires:

  1. Il faut patienter jusqu'à l'avant-dernière strophe pour savoir où l'on est... Je vais mettre un cd dans le tiroir.

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    1. Oui mais alors on y est !
      Merci pour ce compte rendu poétique d'un moment qui ne l'était pas moins...
      La vie du blog : Mr K, "saisir un commentaire" n'est toujours pas proposé, seule s'affiche l'option "répondre". Tu me diras, résultat identique au final.

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    2. Yves > J'attends d'oreille ferme le coffret de 4 cd solo en public paru récemment...

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    3. La Taulière
      > j'ai essayé de transcrire traduire émettre la disposition d'esprit, la réception de ce très très bon moment. Trois virtuoses au service de la musique et pas de leur propre technique.J'y retourne en courant à leur prochaine incursion... en espérant que ce soit cette fois quasiment "at home" ;-)
      >> Merci pour cette blog-alerte...
      Saisir un commentaire apparaît aujourd'hui... Bizarre.

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  2. le plus beau papier que j'ai lu relatant un concert!

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    1. Merci ! L'essentiel est quand même d'aller écouter en concert ou alors en disque !

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