mercredi 14 octobre 2015

Déconcentration déconcertante




Immobile. 
Mais pas inactif, pourtant. 
Jambes allongées. 
Je me sers de mes mains qui sont bien à leur place, au bout des mes bras. Les sensations sont bonnes. Toutefois … 
Ne pas oublier de vérifier que chaque main est avec son bras.
Poursuivons.
Mon cerveau est actif, je vous remercie de m’accorder ce crédit.
Peut-être même suis-je concentré.
Suis-je pour autant dans la réalité ?
Dit autrement, dois-je en croire mes yeux ?
Le devrais-je au point que les bras m’en tombent et que mon histoire de mains tombe à l’eau…
Pourtant c ’est comme si j’étais là sans y être.
Comme si j’étais ailleurs. Un peu comme lui, tiens ou elle. Eux.
Faut-il cependant que je me fasse à cette idée, que je l’accepte d’un hochement de  tête, au risque de perdre le fil.
M’exposer alors à manquer un signe et compromettre ou, pire, rater cette rencontre qui ne manque pas de caractère, ce  moment si beau sans paroles. Ou plutôt si, mais muettes.
Bon. Cela suffit. 
Se reprendre. Rien de grave.
Je lis.

15 commentaires:

  1. Et Que lis-tu allongé ,las? :-)

    (déconcerté hier soir d'avoir entendu dans la boite à images une publicité pour une sauce tomate ( Mutti) avec ce poème de Neruda, les bras m'en sont tombés klang!)

    La rue
    s'est remplie de tomates
    midi,
    été,
    la lumière
    se coupe
    en deux
    moitiés
    de tomate,
    dans les rues
    le jus
    coule.
    En décembre
    la tomate
    se déchaîne,
    envahit
    les cuisines,
    s'introduit dans les repas
    s'assied
    calmement
    sur les buffets,
    parmi les verres,
    les beurriers,
    les salières bleues.
    Elle a
    une lumière propre,
    une majesté bénigne.
    Nous devons, par malheur,
    l'assassiner :
    le couteau
    plonge
    dans sa pulpe vivante,
    c'est un rouge
    viscère,
    un soleil
    frais,
    profond,
    inépuisable,
    elle emplit les salades
    du Chili,
    elle se marie allégrement
    avec le clair oignon
    et pour fêter ça
    on laisse
    tomber l'huile,
    fille
    essentielle de l'olivier,
    sur ses hémisphères entrouverts,
    le poivre
    ajoute
    son encens
    le sel son magnétisme :
    ce sont les noces
    du jour,
    le persil
    plante
    ses banderoles
    les patates
    bouillent vigoureusement,
    le rôti
    frappe
    de son arôme
    à la porte,
    c'est le moment,
    allons!
    Et sur
    la table, à la ceinture
    de l'été,
    la tomate,
    astre de terre,
    étoile
    répétée
    et féconde,
    nous montre
    ses circonvolutions,
    ses canaux,
    l'insigne plénitude
    et l'abondance
    sans noyau,
    sans cuirasse,
    sans écailles ni arêtes,
    nous livre
    le régal
    de sa chaleur fougueuse
    et la totalité de sa fraîcheur.



    Pablo, Neruda. Odes élémentaires, France, Gallimard, 1974

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    1. Ces jours-ci je termine un Jim Harrison. Et... suspense insoutenable il y aura en fin d'année un billet sur tous les livres lus en 2015 :-)
      Quant à la pub, même remarque sur Ferré et les sardines...

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  2. La question est posée: doit-on croire ses yeux?

    (Ah cette belle ode où on "assassine" les tomates...!)

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    1. Dans certains cas, croire plutôt ses bras ...

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  3. N'étant (heureusement) pas nantie d'une boîte-à-images, la Taulière vous envoie un bonjour à la sauce (tomate) allégée - plutôt un coulis, comme celui qui rutile dans ses placards en bocaux de verre contenant une partie de l'été - et citera pour l'occasion Pierre Dac ("le Sar dîne à l'huile").

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    1. Pierre Dac, ouf.
      Car ça devenait dommage d'avoir des commentaires sur la téloche pour un billet présumé "lecture" !!!

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    2. A première lecture de ce billet ,on peut imaginer un spectateur devant une de ces émissions qui ont pour but de vendre aux annonceurs " du temps de cerveau humain disponible (...)." désolée :-(

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    3. en l'occurrence ...aux vendeurs de concentré de tomates.:-)

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    4. Mais pas de problème, entre l'intention de l'auteur en écrivant et la lecture du billet, il y a un écart plus ou moins grand selon - très sûrement- que le texte est plus ou moins réussi...
      Là je penche forcément plutôt du côté "moins" !
      Ce sont les risques ;-)

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  4. Croire ses yeux, quand on sait que l'on ne voit que ce que l'on veut voir.

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  5. Augustin n'en crut pas ses yeux de voir Ambroise lire en silence. Y être sans y être, d'accord mais muettement !
    Il paraît (Alberto Manguel) que la pratique est courante depuis le Xème siècle mais se voir soudain là, comme ça, à lire... c'est décon centr/cert ant.

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    1. Un peu comme s'asseoir pour se regarder marcher !

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  6. Excellent - belle ode aux lecteurs & lectrices, à la fenêtre ou sous la lampe.

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    1. ... et dans un fauteuil, pour ma part ;-)
      merci Tania !

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