mercredi 13 mai 2015

Aveu


 


J’ai terminé il y a une quinzaine « J’avoue que j’ai vécu » de Pablo Neruda.
Ce qui nous est donné à lire présente un poète que l’on suit ancré dans la vie, un homme de son temps, engagé les yeux tournés vers le peuple chilien et jamais détournés. Même si ce n’est peut-être pas si « simple ».

On apprend beaucoup, on mesure combien la curiosité les rencontres les voyages ont compté, et il y a de fort belles pages – vraiment magnifiques- sur l’enfance, les commencements.

Mais, progressivement, tel un sparadrap dont je ne suis pas parvenu à me défaire, il y a eu ce sentiment de lire un peu l’édification du mythe ou de la statue, et une nage en pleine gauche romantique et sentimentale, avec une certaine auto-complaisance et des points qui fâchent qu’on évite soigneusement.

Preuve si besoin que l’équilibre subtil de ce type d’exercice n’est pas simple, il faut ... l’avouer (!). 
A noter, un passage sur Staline qui, plus de vingt ans après la mort de celui-ci, est complètement « surréaliste » et laisse pantois. Il y avait encore du chemin, le concernant. Bizarre... 



MAIS.  

Cela ne retire rien à la grande qualité littéraire de l’œuvre.
C’est beau, c’est sûr parce que Neruda est un conteur hors pair, et que l’ouvrage finalement dépasse les mémoires et n’est pas non plus exactement une autobiographie.
On a parfois l’impression d’une  conversation à bâtons rompus, de confidences faites plutôt simplement, la chronologie étant parfois bousculée pour faire des liens.
 
Certains passages sont drôles, ou encore absolument poétiques et d'autres sont plus dramatiques.
Certaines parties sont magnifiques : "Vivre avec la langue", "Vers courts vers longs", "L’originalité" sonnent tous un peu comme un manifeste poétique. 
Et des portraits réussis, attachants aussi, avec Garcia Llorca, Eluard. 
Des pages sur Allende et un ouvrage qui se conclut, en 1973 année de triste mémoire, sur le peuple chilien encore une fois trahi.

Au-delà de mes réserves, c’est une belle histoire finalement et un grand plaisir de lecture.

J’avoue que j’ai vécu.

Pablo Neruda. 

10 commentaires:

  1. J'émets les mêmes réserves que toi et ce n'est certainement pas le livre de lui que je recommanderais, même si...
    Après l'avoir refermé, il y a longtemps et j'ai un peu oublié, je me souviens d'avoir pensé: dommage.

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    1. Je "vois" mieux du coup ce que pouvait "reprocher" Bolano dont il avait été question par chez toi il y a quelque temps..

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  2. Pareil !!! Je ne changerais pas un mot à ceux de Mr K ni à ceux de Colo : pareil aussi, lu et oublié il y a longtemps... Je suis retournée à "Hay algo denso, unido, sentado en el fondo, / repitiendo su numero, su señal identica. / Como se nota que las piedras han tocado el tiempo, / en su fina materia hay olor a edad / y el agua que trae el mar, de sal y sueño"...

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    1. Il semble qu'on s'y retrouvera plus avec Résidence sur la terre en effet !
      Merci MH Taulière de l'As ;-)

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  3. Je l'avais acheté en espagnol, donc je n'ai fait que grappiller. Vous me donnez envie de m'y remettre !

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    1. Je l'ai lu en français, "inhispanisant" que je suis.
      En poche, avec la première des couvertures publiée en haut du billet.

      Je reviendrai à certains passages, certainement.

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  4. on reproche à Neruda son attitude paradoxale qui est , à la fois,de combattre Pinochet et d'encenser Staline,
    Neruda disait
    « Le poète, s’il n’est pas réaliste, est un écrivain mort. Mais le poète qui ne serait que réaliste serait lui aussi un écrivain mort. »
    Pour les poètes du XXe , et ils sont nombreux (Aragon, Eluard,Brecht, Tristan Tzara, nicolas Guillen, ,rafael Alberti, Darwich, ) le communisme était avant tout une espérance collective en un monde meilleur, un idéal, qui les rendaient aveugles aux réalités politiques des régimes communistes.

    c'était au temps, où s'engager pour le bonheur collectif , ça vous donnait un sens à une vie d'homme

    car on ne saurait être complètement heureux devant le spectacle du malheur commun.

    oui mas ça ,c'était avant.



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    1. Merci paul(A) de ce complément ! C'était avant et gardons -nous de regards rétroactivement anachroniques, car en 73 tout un travail n'avait pas été fait.
      Ce qui me fait préciser que mes réserves portent en réalité vraiment plus sur la question -telle que je l'ai ressentie- de l'auto-complaisance, d'une simplicité affectée...

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  5. Ce que tu dis de positif me tente. Je note.

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    1. Bonne lecture alors, Charlottine !

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