samedi 4 octobre 2014

Moi je pense à la...

Disons-le, certaines tâches sont des nécessités. Elles nous conduisent à fréquenter des lieux où ce qu’on y fait dépasse ce pourquoi on s’y est rendu.
Il en est un, pratique, organisé, où nous nous rendons régulièrement en adoptant une conduite et une tenue qui semblent convenir à l’endroit, tel qu’il est conçu et tel qu’il s’utilise.

Nous ne sommes pas seuls à venir et c’est justement là que cela devient intéressant.

Lorsque l’on se trouve sur place, il faut toujours composer avec la configuration de l’espace et assez souvent attendre, ce qui donne du temps pour observer le microcosme.
On ne manque pas d’être frappé d’abord par ce qui se distingue de notre façon de faire, disons notre « méthode ».
L’œil est attiré, l’esprit s’aiguise, il s’agit de comprendre des différences, d’imaginer à quoi elles tiennent. On repère aussi des similarités, une certaine parenté si ce n’est confraternité dans l’approche, et l’on se sent moins seul...

Sur le matériel, la remorque y est l’arme absolue, pour celles et ceux qui la maîtrisent du petit doigt sur le volant, en marche arrière, mais ... l’arme peut se retourner contre son utilisateur.
Si celui-ci est peu habitué à la manœuvrer, arrimée ou détachée, il s’expose presque immanquablement à la tendresse humaine : des regards noirs qui le  transpercent, lui à qui l’on reproche d’encombrer et de faire perdre du temps.
Encore une remorque mal placée.

La bâche est soit un substitut soit un complément à la remorque très communément utilisé, que l’on possède un véhicule utilitaire ou pas.
Et elle peut donner lieu à de magnifiques envolées, pas forcément prévues certes, mais qui confèrent un lyrisme insoupçonné aux déchets verts éparpillés hors de la benne (bien sûr) parce que la bâche a cédé, crevé ou était mal ficelée...
Le même phénomène très mystérieux est observable pour les sacs poubelles indéchirables.
Enfin puisque nous abordions les fameux déchets verts, vous pourrez peut-être -si vous êtes chanceux- observer un jour un quidam vider dans la benne sa remorque d’herbe coupée ... à la fourche.
Le diable est dans les détails.
  
Ne parlons pas des poubelles, seaux et caisses de tous acabits, parfois entassés précairement par l’éco-citoyen qui, de plus très pressé, empile le tout inconsidérément et finit par consacrer un peu de sa vie précieuse à tout ramasser (en tout cas je l’espère bien) alors qu’il pensait déjà avoir la main sur la clé de contact pour redémarrer son véhicule.

Les méthodes pour éjecter sont variables, en solo, à deux et parfois plus.
On reconnaît bien vite les gens rôdés. On reconnaît aussi les tenants sans doute involontaires d'une qualification "pas débrouillés"... ou autre.
Il y a ceux qui viennent avec leurs gamins, dont je ne suis pas convaincu que ce soit pour éveiller les consciences quand on les voit courir et faire les cons partout. Passons. 

Certains usagers garent leur bagnole en plein milieu et font tout à la main.
Je ne suis pas certain qu’ils prennent garde à ne pas se faire éborgner et songent à anticiper les coups de portière mal placés. 
Selon leur niveau d’équipement, variante : il arrive que ce soit remorque à la main.
Pas moins.
Et ça peut confiner au chef d’œuvre, car ces génies sont aussi des chercheurs : alors ça, c’est quoi, ça va où, et où peut bien se trouver la benne ?
C’est évidemment mieux s’ils le font pièce par pièce ce qui prouve indiscutablement qu’ils sont partis la veille. Et vous comprendrez que je ne veux pas entendre parler du chargement de leur véhicule.
C’est avec eux qu’on se prend à penser résolument à des calculs idiots mettant en relation la masse et la nature du chargement avec le temps passé sur le site.
On ne les remerciera jamais assez.
Il est vrai que deux heures pour un vieux tasseau pourri et trois branches d’arbuste n’est pas à la portée du premier venu.
Plutôt du dernier parti. 
J’éprouve toutefois une tendresse pour ces minutieux : ils sont si loin des flemmards égoïstes qui balancent tout et n’importe quoi dans la même benne.

Sur la tenue, en toutes saisons, si j’y vais en très très négligé (sic) cela n’a rien à voir avec le fait que je n’aurais pas eu le temps de me  changer.
Non, c’est juste l’exacte et identique tenue avec laquelle j’ai chargé la voiture : un short ou un pantalon pourri, tâché, souvent déchiré, un tee-shirt de la même eau (?), des baskets de chacal ou des grolles à grosse semelle et puis quand même une paire de gants.
Bon, j’avoue, pas de cravate.
Cela met en avant mon côté caméléon qui permet que je me faufile incognito pour gagner des places à la benne. Faut juste que je fasse gaffe à ne pas me faire jeter dans une benne parce qu'on m'aurait pris pour un déchet. La déchetterie est une jungle, et la merde un combat.


Pour revenir aux tendances vestimentaires, en touchant à nouveau les rivages de l’insondable et de l’étrange, lorsque j’aperçois la tenue disons proprette ou bien mise, si ce n’est tirée à quatre épingles qui ne seront même pas jetées, de certains éco-citoyens venus jeter ce qu’ils sont venus jeter, je me demande 
a)     d’où ils tiennent le fameux « dress code »,
b)    pourquoi je ne suis pas au courant,
c)     dans quelle tenue ils évoluent par ailleurs en temps « ordinaire »,
d)    ce qu’ils mettent en temps exceptionnel, soirées, fêtes, voire mariages, enterrements.   
e)     Suis-je vraiment à la déchetterie ?


Mes amis, je vous le dis, la richesse vient de là, cette diversité avec son alliée, la surprise,  constamment possible. On s’ennuierait pas mal si on s’en tenait comme moi au BCBG (bien crade bien galeux)... non ?


Enfin on ne peut passer sous silence ce que l’on voit et ce que l’on trouve.
C’est un reflet particulièrement cruel de ce qui régit notre société et nous ronge : « j’achète/je jette » en passant par « j’utilise, j’use, je casse », avec un détour par « j’ai plus la place, ça ne me plaît plus, j’ai plus envie »,  sans oublier le triste constat « je ne sais pas, je ne veux pas savoir, j’ai la flemme d’aller chez Emmaüs ou au dépôt de récupérateurs du coin ». Individualisme roi. 

Et réparer semble un mot oublié, une tâche inutile, une perte de temps ?
Et que dire lorsque échanger, donner ou mettre à disposition... librement -sans passer par le nerf de cette guerre qui use- peut désormais faire courir le risque de paraître ... suspect, mais oui !
Et puis j’ai trop souvent l’impression, par exemple, que certains se débarrassent de leur cafetière électrique parce qu’ils n’ont plus de café.

Forcément, ça rend perplexe... Un peu comme si, de retour, ayant ramené mes poubelles et mes bâches, j’avais tapé ce texte en oubliant de retirer  mes gants.


10 commentaires:

  1. Fraternelles salutations d'une qui a bcp fréquenté les déchèt', normal quand on déménage, y a une partie de vous qui va là-bas, qui va là-bas, etc.
    Et en effet, ça fait réfléchir et ça résonne curieusement avec mes expériences du moment.
    Et puis aussi, in memoriam la déchèt' de Lyon 9e, située de manière pittoresque sous le viaduc de l'autoroute A6 qui rugit cinquante mètres plus haut, et mitoyenne avec l'aire d'accueil des gens du voyage d'un côté, un quartier miteux de l'autre et entre les deux, un bidonville érigé par les Roms (évacué depuis). En effet, tout ça questionne sur la cafetière et le café...
    Merci pour cette balade qui donne matière (recyclable ?) à réflexion !

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    1. En principe ça parle un peu à tout le monde !
      La déchet' a un côté hygiénique aussi : on se sent plus léger après ;-)

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  2. Une fine analyse de ce lieu que je fréquente parfois et qui en dit long, sur nos habitudes de consommation ;)

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    1. Elles existent certes, mais ça pourrait être tellement mieux...

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  3. absurdité d'un monde qui multiplie "nos besoins" et se donne bonne conscience en recyclant ( que deviennent ils vraiment ,une fois dans la benne? ) les produits devenus obsolètes.
    Faudrait voir , monsieur , à recycler nos vieilles habitudes de consommation...
    La tenue proprette et bien mise de ceux qui jettent avant de se jeter dans le centre commercial du coin ?

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    1. Allons-nous crever sous les déchets et les blisters comme je dis quelquefois ???

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  4. Un oeil alerte, une plume vive, des interrogations plus que légitimes!
    Si certains "déchets" se recyclent bien (verre-papier..) d'autres absolument pas même si on nous le fait croire...
    Tu l'as lu il y a un temps chez La Bacchante, ici les centres de recyclage sont comme des supermarchés gratuits...on y apporte et prend ce qu'on veut, en triant bien sûr; ce qui fait de l'endroit un centre d'échanges et de circulation permanent. On y trouve de quoi se chauffer, se vêtir, se meubler, la pédale du vélo ou le petit meuble qu'on va repeindre. Pour ne pas parler du cuivre ou autres métaux qui sont aussitôt repérés et...revendus. Tu me diras que ça fait beaucoup de trucs pas trop "légaux"...héhé, c'est tout le plaisir, l'utile, le nécessaire pour beaucoup.

    Sans cravate, cela va de soi!

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    1. Il y a parfois des usages spontanés (c'est vrai limite légaux...) dont on pourrait s'inspirer pour aller vers de bonnes pratiques... toujours sans cravate !

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  5. J'y étais presque: un bon moment, merci.

    Chaque premier vendredi du mois, nous déposons les «encombrants» sur un espace prévu pour l'enlèvement par le camion «de la ville». C'est un peu le supermarché des déshérités évoqué par Colo. La veille table au rebut ornera le salon du smicard.
    Quant au «parc à conteneurs», où y fait le tri sous surveillance : le tableau navrant de nos habitudes de consommation désastreuses.

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    1. J'espère que tu en es sorti !
      Notre "civilisation" en prend plein la tête quand on y va.
      De quoi faire prendre conscience, un peu comme la visite d'une casse de voitures pour ralentir !!!

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