samedi 10 mai 2014

Frontières et entre-deux


6.  Et quelqu'un a dit :

Sœur de notre mémoire féroce,
du courage mieux vaut ne pas parler.
Qui a pu vaincre la peur
est courageux pour toujours.
Alors dansons, tandis que passe la nuit
comme une gigantesque boîte à chaussures
par-dessus la falaise et la terrasse,
dans un pli de la réalité, du possible,
où la courtoisie n'est pas une exception.
Dansons dans le reflet incertain
des détectives latino-américains,
une flaque de pluie où se reflètent nos visages
tous les dix ans.

Ensuite est venu le rêve.


57. J'ai rêvé que Georges Perec avait trois ans et pleurait, inconsolable. J'essayais de le calmer. Je le prenais dans mes bras, lui achetais des friandises, des livres à colorier. Puis nous allions sur les Quais de New York et pendant qu'il jouait sur le toboggan je me disais à moi-même : je ne suis bon à rien, mais je serai là pour prendre soin de toi, personne ne te fera de mal, personne n'essaiera de te tuer. Ensuite il se mettait à pleuvoir et nous retournions tranquillement à la maison. Mais où était notre maison ?
(BLANES, 1994)


Trois est un court recueil de Roberto Bolano, paru chez Christian Bourgois.
Il est composé de Prose de l'automne à Gérone (fort bien décrits comme des fragments kaléidoscopiques et hallucinés dans la présentation de l'éditeur), Les Néo-Chiliens et Un tour dans la littérature (57 fragments tels une promenade onirique d'où j'ai tiré les deux extraits du jour).
C'est au septième fragment et jusqu'au cinquante-septième et ultime que prennent place les "J'ai rêvé" échos possibles des "Je me souviens"...


2 commentaires:

  1. Roberto Bolano est souvent apparenté à l'argentin Alan Pauls, auteur dont j'ai lu récemment les "histoires" de l'argent et des larmes et qui est édité par Christian Bourgeois. Ils s'apprécient.
    Je trouve ici un hommage que rend Bolano à Pauls : http://www.christianbourgois-editeur.com/fiche-auteur.php?Id=341

    RépondreSupprimer
  2. Merci pour ce lien que je vais m'empresser d'aller consulter. Je n'ai rien lu de Pauls mais le nom ne m'est pas inconnu.

    RépondreSupprimer