mercredi 2 avril 2014

Aiguillages

Est arrivée devant l’entrée du bâtiment à la grande façade vitrée une dame aux cheveux gris, habillée de noir. Elle saisit la poignée pour ouvrir la porte.
Il ne se passe rien, la porte résiste, la dame est surprise, nettement. Pense-t-elle « Tiens ? Fermée ? »...
S’ensuivent rapidement un deuxième essai puis une troisième tentative qui échouent également. 
Toujours rien. Changeant de tactique, la dame se colle maintenant à la vitre, sa main en visière l’abritant des reflets et du soleil. 
Elle n’a pas remarqué le petit attroupement qui s’est formé derrière elle. 
Elle jette un coup d’œil à l’intérieur et n’en semble pas plus avancée. 
Aucune lumière et, sans doute, aucun bruit. Un infime instant d’incertitude plus tard, elle recule légèrement, se met à chercher puis trouve le panonceau indiquant les horaires d’ouverture.  Elle y obtient l’information. Elle sait.
Et à ce moment, elle a définitivement renoncé à actionner la poignée de la porte. 
Elle est bel et bien arrivée une quinzaine de minutes en avance pour l’ouverture de la médiathèque. 
Comme moi, et j'y étais même quelques minutes avant elle. 
Elle n’a donc pas pu voir, contrairement à moi juste avant qu’elle ne s’escrime avec la porte, le couple qui l’a précédée avec ses deux enfants. Devant la même situation de bois, ils ont décidé d’aller faire un petit tour à pied et à roues dans le quartier en attendant...
La dame connaissait-elle les horaires ? Si oui, les avait-elle oubliés ? Si non, aussi ? Avait-elle consulté sa montre ? Savait-elle que nous étions samedi matin ? Avait-elle anticipé sur l’heure d’été en commettant une fausse manœuvre ? Ou pas du tout ? Ou était-elle véritablement dans un trou de l’espace-temps ? Est-ce qu’il y a quelqu'un ?
Je n’en saurai jamais rien.

Et c’est elle, d’ailleurs, qui m’a donné l’idée de ce billet, qui m’y a poussé lorsque je l’ai aperçue. 
Une petite gymnastique matinale plus tard dans la boîte à gants, je m’étais emparé d’un morceau de papier pour en griffonner les prémisses. 
Car il y avait bien une différence entre elle et moi : je savais parfaitement que j’étais en avance ! 

2 commentaires:

  1. Peut-être (qu’inconsciemment) elle trouvait qu'une médiathèque ne devrait pas avoir d'horaire, que l'urgence d'un...ou d'une... apparaît à n'importe quel moment?

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    1. Possible aussi qu'elle ait pensé à un horaire "service public" du type 9h/12h plutôt que 10h/12h...

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