mercredi 19 février 2014

Limpide et poétique, radieux...

Selon l'inspiration, je m'étais dit que je pourrais ....

Alors retour à Nougaro (éternel retour !) après Prisonnier des nuages (dont je mets en lien ici une superbe interprétation en public) et nous voici (là, si !) abordant le rivage magique d'une de ses dernières chansons, parue sur l'album "Embarquement immédiat" en 2000, disque qui se présentait à l'époque comme une synthèse des styles musicaux qu'avait pu approcher et apprivoiser le toulousain.

Je parlerai peut-être un jour de l'ultime album, posthume, La Note Bleue.

Restons-en pour l'heure à cette chanson, une espèce de prodige, majestueusement arrangée et mise en musique par les bons soins d'Yvan Cassar, même s'il est bon ici de signaler que Nougaro en a signé les paroles et la musique, ce qui n'est pas si courant.

Les paroles en sont à la fois évocatrices et surréalistes, emplies de références qui se chevauchent, quelques clins d’œil, la faute peut-être aux volutes... Un rêve éveillé... On se sent juste bien , détendu, parce que celui qui nous l’écrit et nous le chante a passé un moment plein où « tout » semblait en place, à sa place.
Moment partagé avec l'être cher, il fait beau, les pensées vagabondent...
Le bouchon de la ligne oscille, sujet aux clapotis, le triangle des yeux est cubiste, l'air est bleu (...Eluard ?) et Renoir n'a jamais peint "le déjeuner sur l'herbe" !

Quand les sonorités amènent sérénité ... "Tu me disais je t'aime que ce verbe m'émeut" ...
En tout cas cette chanson me met en état d'apesanteur.

Déjeuner sur l'herbe

Tous les deux, on déjeunait sur l'herbe
Et moi j'en avais fumé un peu
À travers mes paupières entrouvertes
L'air bleu
Ton visage à l'envers sur ton buste
Un baiser que tu me donnes à boire
À se croire dans un tableau d'Auguste
Renoir

Un chardonneret qui sifflote
Dans l'eau un bouchon qui flotte
Ma plume qui pêche à la ligne
Un vers insigne

Tous les deux, on déjeunait sur l'herbe
Et moi j'en avais fumé un peu
Tu me disais je t'aime, que ce verbe
M'émeut
Donne-moi encore ta bouche qu'on déguste
L'eau-de-vie de pomme, de prune, de poire,
Dans la toile étoilée de l'auguste
Renoir

Un rouge-gorge qui sifflote
Dans l'eau un bouchon qui flotte
Ma plume qui pêche à la ligne
Une plume de cygne

Tous les deux, on déjeunait sur l'herbe
Et moi j'en avais fumé un peu
Dans mes yeux, un triangle superbe
Tes yeux
Puis le soir obscurcit la pelouse
Pour l'oiseau, laissons les gâteaux secs
C'est parfait. On repart à Toulouse-
Lautrec.



Je l'ai écoutée, chantée en duo avec lui (!) des centaines de fois. Je sais déjà que je la réécouterai autant, si ce n'est des milliers de fois. 
Et pour finir j'ai tendance à la relier à ceci : 


Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d'enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
- Et d'autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l'expansion des choses infinies,
Comme l'ambre, le musc, le benjoin et l'encens,

Qui chantent les transports de l'esprit et des sens.

6 commentaires:

  1. Nougaro aux manettes et voilà notre taulier qui décolle pour Cythère !

    (Yo, petit défi du jour : Ré-écrire ce texte à la manière d'un rappeur )

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  2. Oui, je l'avoue, le rap c'est pas ma tasse de thé !

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  3. Unité dans le transport de l'esprit et des sens, que ton billet fait du bien! merci K.

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  4. Je suis très heureux pour toi que tu le perçoives ainsi !

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