mercredi 5 février 2014

Ghosts of planes

J’ai reçu récemment des nouvelles de l’Oiseau Blanc.
Le tout teinté de noir et blanc.
Elégant.

L’Oiseau traverse furtif quatre sections « Midnight Ghosts » « L’oiseau blanc » « Objectif green » « Eclairages » où l’(h)auteur-illustrateur inventif prend de la (h)auteur en racontant à sa manière l’histoire –et même l’énigme- du vol transatlantique de Nungesser et Coli....

C’est un voyage qui nous soustrait à l’espace-temps, quelques décalages aident au décollage et facilitent l’envol en bout de piste d’une histoire dont les savants mélanges parfois déconnants n’empêchent nullement les moteurs de tourner rond.
On y croise une galerie de figures hautement colorées, Charles Lindbergh et même Al Capone –brièvement- y font une apparition.
S’agrège ainsi une espèce de fanfare hétéroclite aux cliquetis silencieux autour d’un grand-père et de son petit-fils et puis .... ce vieil indien, rempli de la sagesse des temps, qu’on a l’impression de connaître depuis toujours.
C’est une assemblée, que dis-je un assemblage, où même les dieux –en réunion -ne sont pas les derniers à déconner sec : même les grecs jurent en gaulois.

(Lorsqu’on connaît l’auteur, sa passion du dessin et de la mécanique, son goût pour les nuages, on se dit que, en repensant à quelques tours pendables communs, vus d’en haut, il n’est jamais trop tard pour apprécier...)

A bord, dans un récit conduit par ellipses, le lecteur navigue sans visibilité, aux instruments, il ne sait pas toujours qui est qui (et inversement), car l’approche choisie se révèle pleine d’un mystère sans peur et d’une atmosphère tout en douceur : est-elle un rêve réel, une réalité rêvée, à moins que nous ne soyons en plein cœur d’un rêve rêvé...
Et le bruit de l’hélice est étrangement silencieux.

Après quelques loopings narratifs bien négociés, le point d’interrogation est posé.

Cette ballade poético-onirique place la quête au cœur de la hauteur d’homme, son sillage empli d’un parfum entêtant de « Et si ça avait marché, s’ils avaient réussi... ».
On reconnaît bien là toutes ces questions qui restent à jamais plus fortes que les réponses, ce paquet bien ficelé de questions irrésolues auxquelles on s’accroche, on revient, autour desquelles on tourne inlassablement. On sait pourtant -comme pour l’avion d’Amelia Erhard ou l’identité de Jack l’Eventreur – qu’il n’y aura jamais de réponse.

Ici elle a l’envergure d’une conquête de l’inutile pleine de ciel.

Le vol de l’Oiseau finit par se suspendre, une dernière page se tourne, il est temps de parer à l’atterrissage.
Mais en réalité on se prend à rêver. Et dans les lointains, peut-être même les confins, ça vibre tout doucement : 

 
Whitebird singing in the dead of night
Take these sunken eyes and learn to see
All your life
You were only waiting for this moment to be free.

Whitebird fly Whitebird fly
Into the light of the dark black night.

Whitebird singing in the dead of night
Take these broken wings and learn to fly
All your life
You were only waiting for this moment to arise



Nantes, 3 février 2014
  
____
dedicated to M.P.
thanks to the Beatles.

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