vendredi 15 novembre 2013

Fly

Serait-ce mystérieux ? Alchimique ?
Des concerts sortent du lot.
Se détachent.
Certains soirs.
A la sortie de la salle, les premières minutes au dehors, de retour à l'air libre.
Comme reprendre son souffle sans être essoufflé...
Coup d’œil vers le ciel, savoir qu’il fait nuit, vérifier quand même.  
Une sensation belle -mais encore étrangère aux mots- que quelque chose s'est passé.
A trouvé sa place, s’est ajusté. A la perfection ?

Alors, pas pressé. 
L’envie d’étirer, d’y être encore alors que c’est passé, de prolonger le moment. 
Qui ne va pas m'oublier de sitôt. 
C’était il y a huit jours, j’y suis encore ...

En arriver là est une belle destination. Comme toucher au but.
L’heureuse conclusion d’un cheminement. Comme rejoindre une évidence.

Entamé par le choix de cette soirée, l’idée ou l’hypothèse « ça pourrait être bien !  ».
Et puis tout se met en route, prend sa place, comme un puzzle patient.
Les premières minutes –souvent déterminantes- avec les premiers signes prometteurs lorsqu'on aborde et entre dans l’univers qui nous est présenté.
Les premiers atomes s’assemblent de cette belle sensation à venir.
Le spectateur que je suis commence à repérer tous les détails qui font sens, se réjouit de voir les expressions de visages complices , admire leur concentration qui fait que plus rien n'existe au monde que ce moment, que cette note, ces notes.
Parfois je ferme les yeux.
Un superbe édifice est en train de surgir sous nos yeux et à nos oreilles, un ensemble extrêmement architecturé mais terriblement vivant, qui n’a pas de prix, où l’infime et la précision pèsent de toute leur masse atomique de plumes.
Si bien agencée, dans le fond et dans la forme, parfois complexe et abstraite, jamais hermétique, la musique est portée par l’exigence des musiciens et j’ai senti ce soir-là que j'y ai été très vite sensible, sans délai, j’ai été aspiré, aimanté au point de porter mon attention à un niveau d’écoute et de réception maximales.
Pour ces trois instrumentistes et compositeurs, la musique est texture, leur palette de compositions appelle la peinture. Leur musique m’a étreint, s’enroulant lentement autour de moi au fil du concert et j’y vois bien plus que la seule coïncidence avec le titre de leur disque « Year of the Snake ».
Collectif, Mark Turner, saxophone, Larry Grenadier, contrebasse, Jeff Ballard, batterie, jouent collectif, leur trio est redoutablement efficace, il est complémentaire et démocratique.
Quel plaisir de les voir se donner.
Il s‘appellent Fly.
Le nom n’est pas volé.

extrait

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