jeudi 31 octobre 2013

Nocturne

La nuit de chaque jour intercalée

La nuit... 
comme l'air
dresse et dissout.
(Quand nous aurons allumé le feu,
nous ne pourrons plus voir la nuit sur les pages de la géologie,
sur les terrasses planétaires.)
Quand il y a le feu, il n’y a plus que le feu qui compte,
ses édifices invisibles :
Le feu est un hypnotiseur.
Ce soir l'homme, regardez,
le ciel a chassé,
son langage est à peine un grain,
tous ses nuages pour nous,
mais brûlant
contre la paume de l'espace.
Il a fixé au plafond
ses syllabes qui sont incandescences,
punaises de cuivre,
qui sont plantes, aussi
avec une lune élégante. 
Leurs racines fracturent le silence, leurs branches
en arrondi d’ongle soigné, bâtissent des abris de sons.
Il n’en fait que plus frisquet, syllabes jouant bien sûr,
mais on respire, elles se nouent et se dénouent,
mais on s’aère, jouant aux ressemblances et aux dissemblances,
c’est les vacances et le camp de vacances !  
C’est vrai, syllabes mûrissant aux fronts, 
qu’il manque la mer, fleurissant aux bouches, 
mais le ciel n’est pas mal. 
Leurs racines boivent la nuit, 
non plus comme image de l’infinitude, mangent l'éclat...
On ne s’attendait pas, langages, arbres incandescents
à partir en vacances aussi vite, aux feuillages de pluie,
et peut-être aussi longtemps.
Regardez cette étoile,
Végétations d'éclairs,
je la vois,
géométrie d'échos :
tu la vois,
et pourtant sur la feuille de papier
elle n’existe plus,
le poème se lève
s’il faut en croire les affaires de vitesse
comme le jour
de la lumière
sur la paume de l'espace.


Méthode : variation à partir de La nuit, texte de Jacques Jouet ( ici) 
(par intercalation du poème Le feu de chaque jour d’Octavio Paz,
dans une traduction de Claude Esteban, poésie Gallimard 1986).
Merci à MH pour la piste. 

11 commentaires:

  1. Réponse que m'adresse cette bonne Alberte L., parue par ailleurs chez l'Appentis :

    "On envoie son texte par la page "Contact" :
    http://zazipo.net/-Contact-

    Ou à l'adresse courriel info@zazipo.net

    Last but not least - for your and K's eyes only -
    à moi directement."

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    1. Merci, et je vois qu'Alberte L a assuré ! Merci.

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  2. Et surtout : un très grand coup de chapeau pour ce mille-feuille de poésie pure. Où l'on voit :
    1) que Jouet est un merveilleux démarreur
    2) que Mr K. est un sacré pâtissier, roi de l'intercalation pertinente et sonnante
    3) que la poésie, comme l'inconscient, circule (pour ce dernier, c'est à Lacan qu'on doit l'affirmation).

    Bravissimo signore K ! C'est tout simplement magnifique.

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  3. Comme MH, c'est vraiment magnifique!
    Jamais je n'avais lu de pareils "mix" de textes, poèmes. C'est extrêmement fertile et si joliment poétique, évocateur. Merci K.

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  4. MH et Colo, merci pour votre enthousiasme !
    Il s'avère cependant que je ne me suis pas fait tout seul, comme disait l'autre ;-)
    Rien de cela sans Jouet et sans Paz.
    Et cela ne m'empêchera pas de recommencer !!!!

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  5. La juste mesure de la colère sociale.

    paul(A) ‏@paula 2 novembre
    Le feu de camp dévore la nuit. #bonnetrouge
    Vacances au bord de l’amer sous un ciel infini.
    Un décor à la Van Gogh .
    Et dire que même les étoiles sont mortes !
    #CaVaPêter
    6 minutes ago from Web. Reply View Tweet

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    1. Extrêmement cryptique !

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    2. ben oui, c'est un tweet,quoi;
      une pensée concentrée en 140 caractères reliée à l'actu.

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  6. Effectivement ça concentre !
    De quoi proposer une matrice pour un exercice de style, sait-on jamais ?

    ***

    Et ça limite un peu aussi non, quand on pense à certaines de nos grandes vedettes de la politique abonnées à ce mode de ... ce mode de quoi au fait...
    ;-)

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  7. Le tweet comme format de "La nuit..." a été proposé ici :
    http://zazipo.net/La-nuit-septuor-140
    Alberte Lagrinche

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    1. Merci du tuyau Alberte, et de votre passage !

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