mercredi 30 octobre 2013

Caramba

L’approche scientifique jamais démentie qui guide notre démarche 100 % bio reste d’un sérieux imperturbable dans la mise à jour de certaines biographies et nous conduit aujourd'hui en Amérique centrale. 
Après une recherche touffue digne de la jungle amazonienne, nous sommes à la fois moites et en mesure maintenant d’apporter certaines précisions utiles sur la vie de quelqu'un dont on parle peu, tellement trop peu, en réalité pas du tout.    
Pour des raisons obscures et échappatoires en effet, rien ne rappelle ces temps-ci la mémoire de Zapata, absolument rien. Celui qui, dans l’imaginaire collectif, reste un célèbre révolutionnaire mexicain affublé à tort d’un grand sombrero, ne souffrait absolument pas d’une maladie de peau et n’a pas connu les Rougon-Macquart.
Il est certes mort, comme beaucoup, et l’on peut penser - hypothèse cette fois-ci aisée - qu’il ne serait absolument pas de nos jours un possible « confrère » puisqu'il n’a pas laissé le moindre écrit. Par conséquent, à moins de dicter, il ne tiendrait pas du tout de blog, et cela même si son chapeau lui permettait d’éviter un fâcheux contre-jour sur l’écran de son ordi ou de sa tablette, par ailleurs étanches bien sûr, et parfaitement entretenues. 
Si Zapata, Emiliano de son prénom, n’a jamais eu l’intention de devenir pape avant 1978, ni après, il n'a pas plus songé à changer de prénom pour s'appeler Autrement.
Et encore moins Achille.
Interrogé sur ce point, François Ier déclara en interview « Mais cela ne l’a pas empêché de mettre le cirque ». Nous y viendrons.  Et puisque nous y sommes, précisons au passage qu’il n’a jamais porté le sombrero, ce qui n’étonnera personne quand on évoque un tel héros, plutôt rayonnant, et par ailleurs amateur de lentilles.
Mais revenons aux sources.    
L’école ne le passionne pas. Très dissipé en classe, Zapata pouffe.
Par contre, et il fallait s’en douter, son orientation  professionnelle a comme d’habitude posé rapidement de gros problèmes à ses parents.
Il se signale par des brutalités qui l’amènent à détruire violemment et bruyamment tout ce qui lui tombait sous la main. Devant tant de bruit, on ne compte plus les moments de surprise où ses  parents demandent à Zapata : « Qu’est-ce ? ».
Toute la propriété est sur le qui-vive ne pouvant jamais savoir quelle connerie le petit Zapata pond. Sujet à des crises épisodiques, il alterne des moments de repli sur soi et des périodes explosives. Dans ces moments en creux, on sent que Zapata bout.  
Il faut préciser -même si cela n’a rien à voir- qu' Emiliano avait neuf frères et sœurs (étrange mode de calcul qui ne permet guère de savoir la répartition si l’on ajoute qu’on ignore s’ils étaient tous hermaphrodites et que les escargots interrogés sont restés de marbre en racontant des conneries sur la bave de crapaud qui ceci cela...). 
Finaud, et ça n'a rien à voir non plus, Emiliano n’ira jamais à la mer pour éviter de s’entendre dire « Zapata, pas pied ! »
Et donc, vous me voyez venir, ses parents ne s’installent pas à la campagne, ils y sont déjà. Ils possèdent des terres. Ils pensent tenir LA solution en créant de magnifiques espaces verts, un peu comme des jardins voyez-vous, et ils inventent eux aussi le travail d'intérêt particulier.
Ils décident que le petit Emiliano s’occupera des haies et que, pour canaliser son énergie débordante et explosive, il aidera les jardiniers dans leurs tâches quotidiennes. Désormais, très régulièrement, il sera chargé de la taille et il ne sera pas de voir Zapata modeler les massifs. Mais rassurez-vous, de temps à autre, Zapata tond. Y a pas de raison, et très exactement 40,195 kilomètres de pelouse par semaine. 
Mais, contrairement à la valse, cela ne dure qu’un temps, comme aurait pu le prévoir n’importe quel visionnaire de la trempe d’Elisabeth Féchier, de la claque de Madame Sommeil ou de la bande à Asimov.
Zapata se carapate.
Il est en âge de filer sur Paris. Il ne le fera pas car il se souvient in extremis qu’il est mexicain et se rabat donc sur Mexico en grand pragmatique qu’il a toujours été. 
Commence l’ère du Zapata patachon qui ne connaîtra de fin qu’avec sa mort.
Il aura un très grand nombre de liaisons féminines, l’appétit de Zapata appâté par les appâts font ressortir les facettes du Zapata physique empêtré dans des situations ubuesques à côté desquelles un bon attentat est plus calme.
On lui prête beaucoup - comme aux riches dont il faisait partie- et des ragots peu ragoûtants iront bon train sur une liaison prétendument avec une italienne, la rumeur associant à Zapata la bolognaise. Et s'il n'y avait qu'elle...
Le reste ? Zapata ne zappa pas.
Cet homme au sang chaud pensa un moment créer les Mothers of Invention mais il y  renonça pas à pas.
Il sut s’occuper.
Dans les cafés et les tripots, avec le jeu de cartes pour lequel Zapata tapa ses potes épatés. 
Une distraction, les coqs de combat, happa Zapata. Ne se refusant aucun plaisir, ce sera aussi la cuisine française : Zapata bouffe ! Et, pourquoi s’en priver, en grand amateur de cognac, Zapata boit, et personne n'a jamais vu Zapata bourré.
On peut se demander quelle longévité il aurait eue s’il n’était pas mort juste avant quarante ans et penser qu’il brûlait la chandelle, parlait debout, à cause des cigares, car en plus,  à cette époque Zapata, c’est la cata, clope.
La suite n’est que révolution et le verra lutter pour les villageois spoliés par de puissants investisseurs mexicains et étrangers. Rétablissons les faits, il n’a jamais sauvé sa tante dans le célèbre épisode où, s’interposant, Zapata dit « pas tata !»
Il y a longtemps déjà qu’il a troqué le taille-haies et les jardiniers contre le revolver et surtout la machette : on ne verra plus Zapata mâcher ses mots.
Pour les déplacements, le train est peu sûr, arrive rarement entier, ou bien les wagons avant la loco, il y a beaucoup de retards et même plus, et c’est donc en grand connaisseur des chevaux que Zapata selle. Et galope juste après. C’est mieux.
La suite de la suite, sa mort, ne sont qu’histoire et je n’en dirai pas davantage car chacun sait comment, ultime embuscade, Zapata calancha.

10 commentaires:

  1. on le sait moins mais il inspira la lutte de la grande Myriam Makeba
    comme en témoigne l'hommage qu'elle lui rend dans PATA PATA

    http://www.youtube.com/watch?v=p3g3CDOXDGo

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    1. paul(a) vérifiâtes-vous vos sources ?
      ;-)
      Sinon, après jankelevitch, prochaine bio vraisemblablement pour Apichatpong Weerasethakul.

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    2. TA PA cru que c'était sérieux?!

      Pataphysicien avant l'heure, ses solutions étaient toujours en avance sur son temps
      la doctrine de Zapata lia t-elle (au épinards) et zapata t-il tort ?
      A l'heure de sa mort Zapata bout portant il n'eût pas le temps de crier Zapata taiaut

      " Je m´applique volontiers à penser aux choses auxquelles je pense que les autres ne penseront pas " ;-)

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    3. Merci paul(a) pour ces quelques pièces du dossier auxquelles je n'avais pas eu accès.
      ;-)

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  2. Sans oublier que, comme le susurre Mr K dans une allusion musicale, une des qualités essentielles de Zapata fut sa sincérité. Ses amis étaient unanimes : "il est franc, Zapata !".
    Un détail biographique parfois négligé : son coiffeur, anciennement skipper de marine de plaisance, avait la manie de lui couper les cheveux, à Zapata, ras.
    Enfin, il laissa plus d'une fiancée désolée à qui leurs mères répétaient : "il est parti, ça ne sert à rien de pleurnicher, plus jamais ne viendra Zapata te sauter !".
    Bien sûr, il s'en est fallu de peu que son frangin, qui l'accompagna jusqu'au bout, prît la place de leader de la revolucion. Beaucoup pensent qu'il eût fait mieux.

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    1. Bravo MH !!!!!!!
      Olé :-)
      Sur les fiancées, olé olé ;-)
      Et sur le frère, sombrero bas.

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  3. Excellent, je me marre!
    Ajoutons qu'un lointain descendant, ayant émigré vers l'Espagne, se mit à fabriquer des sabots (zapatas) et prit le pouvoir sous le nom de...oui, c'est ça, Zapatero.

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    1. J'avais pensé à ce lointain descendant... de loin !

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  4. Moi j'ai oublié de mentionner Domingo Zapata http://www.dzapata.com/
    né loin du Mexique, à Palma de Majorque. Un artiste au grand coeur généreux, y'en a pas tant...vit et travaille aux États-Unis...un peu connu en France?

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    1. Connu en France ... aucune idée !

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