mardi 10 septembre 2013

Imparable

Imparable. 
J’aurais pu titrer indiscutable ou impressionnant.


Je viens de terminer, espacée sur 6 mois, la lecture des dix romans 
qui composent le cycle « le Roman d’un Crime » écrit à quatre mains 
par les auteurs suédois Maj Sjöwall et Per Wahlöö entre 1965 et 1975.
Une série que j’ai entamée par « Le Policier Qui Rit » (tome 4) après 
lecture d’un billet ici de l’excellent Leunamme : 
merci une fois de plus, camarade !


J’ai enchaîné avec Roseanna -le tout premier- qui 
a confirmé l’appréciation précédente.
J’ai eu, parvenu à ce stade, le projet de lire 
les « meilleurs » recommandés ici et là par les 
lecteurs de la série. J’avais donc pensé poursuivre 
avec le 7, 9 et 10.
Et puis, patatras. Non. 
Pourquoi trier, pourquoi amputer ?
Finalement j’ai tout pris dans l’ordre !



Et c’est vraiment ce qu’il y a de mieux, expérience faite, si l’on veut 
s’inscrire dans l’évolution décrite des personnages et des situations, 
lesquelles croisent admirablement le récit policier procédural et l’observation 
sociale de la Suède de ces années-là en mettant à mal le fameux modèle social-démocrate. 
Est-il besoin de préciser que ces aspects politiques tracés avec une acuité 
pénétrante restent d’actualité quarante ans plus tard... Et constituent un 
pan passionnant de la série... qui va même s'amplifiant dans les derniers tomes. 



L’évolution stylistique narrative des auteurs est à noter aussi avec des 
récits qui se densifient, se complexifient en des trames toujours bien ficelées 
sachant maintenir le suspense, sans la moindre surenchère, sans artifice. 
Cette remarquable économie de moyens, cette rigueur réaliste permet de 
coller  au plus près des vies de tous les personnages attachants qui traversent 
les romans. 

Martin Beck en est le héros mais il n’est pas omniprésent, les équipiers qui l’entourent sont loin d’être des silhouettes dans un décor et prennent corps 
et vie, ont toute leur place et leur rôle en un vrai travail d’équipe qui ne signifie pas pour autant convergences de vues et de méthodes... Rien n'est décidément simpliste dans les romans de Sjöwall et Wahlöö et cela n'étonnera personne. 

Les parcours seront différents, un des flics démissionnera pour être en accord 
avec lui-même, et cela nous est raconté sur un tempo lent, avec toute leur 
place laissée aux temps morts, aux erreurs ou fausses pistes, à l’attente. 
Et ne négligeons pas quelques répliques bien senties, car l’humour a sa place aussi , tout comme l’absurde, davantage mis en avant par certaines situations.

Cette oeuvre est généralement considérée comme la pièce fondatrice du polar suédois ou scandinave, et même si je laisse la responsabilité de cette assertion à leurs auteurs, je veux bien les croire sachant toutefois que le polar "nordique", je le fréquente relativement peu et le connais très mal... 

Ce qui est sûr est que cette œuvre au long cours procure un plaisir de lecture social-romanesque que j’ai rarement connu dans ma fréquentation régulière du genre policier moderne. 

Voici les titres dans l’ordre chronologique :


  1. Roseanna
  2. L'homme qui partit en fumée
  3. L'homme au balcon
  4. Le policier qui rit
  5. La voiture de pompiers disparue
  6. Meurtre au Savoy
  7. L'abominable homme de Säffle
  8. La chambre close
  9. L'assassin de l'agent de police
  10. Les terroristes
   

 

10 commentaires:

  1. Mille mercis monseigneur : la personne que voilà est une fanatique de polars. Cet été, elle a passé deux mois languissants avec un type au nom impossible : Arnaldur Indridason (et encore, y a une lettre qu'est pas sur mon clavier) : La muraille de lave et La femme en vert. Chez ce bon Arnaldur, on est transporté dans l'étrangeté islandaise : un tempo très lent, des caractères un peu figés, une police aux procédés originaux, bref : dépaysement garanti. L'intrigue est presque secondaire encore que très présente, la progression et le dénouement peuvent sembler laborieux, mais une fois qu'on s'est mis dans l'ambiance, ça va. Les usagers - dont je suis - de l'efficace polar amerlock au rythme rapide et à l'univers factuel sont déconcertés, mais on s'y fait. La femme en vert est particulièrement triste et glaçant, dans le dénuement de sa trame et le contexte historique sinistre. A lire un jour de grande forme, par plein soleil et juste avant un repas avec des amis. A éviter un dimanche soir gris.
    Alors histoire de rester dans l'ambiance, je vais sans tarder m'intéresser à MM. Sjöwall et Wahlöö (encore des patronymes super exotiques !).
    Après, si vous voulez vous gondoler à fond, embarquez aux Pays Bas avec Jan Van de Wetering et tapez-vous le Perroquet perfide, Meurtre sur la digue ou mon préféré : Comme un rat mort... de rire.
    Bonne lectures les polardiers !
    MH / L'A.S.

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    1. Comme j'en ai l'habitude, je vais noter avec soin ces recommandations : je commencerai vraisemblablement avec le mec qui a une lettre de clavier en moins !
      Merci.

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    2. Arnaldur Indridason, je conseille très vivement mais aussi Mons KALLENTOFT et ses 5 romans sur les saisons… Ici nous sommes accrocs !

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    3. Merci Obni, je retiens également la référence.

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  2. Wouahou ! T'as tout lu ! Bravo ! Je suis un peu fier d'être à l'origine de cette envie boulimique de lecture. Pour ma part, il y a l'abominable homme de Säffle qui m'attend.

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    1. Tu vas de ton côté forcément apprécier la qualité toujours maintenue d'épisode en épisode. Et cela reste actuel, ô combien actuel !!!

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    1. Plus facile les titres au début que les noms des auteurs exotiques (sic) !

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  4. Après, au Sud vous avez l'ineffable Camilleri et son récurrent commissaire Montalbano. Préférer les traduction de Serge Quadruppani. Dans la veine Montalbano ils sont inégaux. En revanche dans sa veine historique (moins présente dans les librairies, à lire d'urgence : Privé de titre, une histoire avec les sinistres fascistes - Le Coup du cavalier, ou la lutte d'un homme seul contre la mafia des moulins en 1800 et quelques, et le best : La disparition de Judas, une hilarante et incroyable histoire dont je ne dirai rien car ça déflorerait le sujet, sinon que Judas disparaît par une trappe sous la scène... Juste pour vous titiller l'envie de vous le procurer.

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    1. Je note également, jamais rien lu de cet auteur.
      Merci MH /Appentis saucier (ex-anonyme) ;-).

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