mercredi 12 juin 2013

Signes


J’avais un cheval 
Dans un champ de ciel 
Et je m’enfonçais 
Dans le jour ardent. 
Rien ne m’arrêtait 
J’allais sans savoir, 
C’était un navire 
Plutôt qu’un cheval, 
C’était un désir 
Plutôt qu’un navire, 
C’était un cheval 
Comme on n’en voit pas, 
Tête de coursier, 
Robe de délire, 
Un vent qui hennit 
En se répandant. 
Je montais toujours 
Et faisais des signes : 
« Suivez mon chemin, 
Vous pouvez venir, 
Mes meilleurs amis, 
La route est sereine, 
Le ciel est ouvert. 
Mais qui parle ainsi ? 
Je me perds de vue 
Dans cette altitude, 
Me distinguez-vous, 
Je suis celui qui 
Parlait tout à l’heure, 
Suis-je encor celui 
Qui parle à présent, 
Vous-mêmes, amis, 
Êtes-vous les mêmes ? 
L’un efface l’autre 
Et change en montant. » 





Plein ciel - Jules Supervielle



6 commentaires:

  1. Superbe...peut-être "suis-je" un nuage.
    Belle journée K.

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  2. à rapprocher de...
    e nuage



    Il fut un temps où les ombres
    A leur place véritable
    N’obscurcissaient pas mes fables
    Mon cœur donnait sa lumière …

    Mes yeux comprenaient la chaise de paille,
    La table de bois,
    Et mes mains ne rêvaient pas
    Par la faute des dix doigts.

    Ecoute-moi, Capitaine de mon enfance,
    Faisons comme avant,
    Montons à bord de ma première barque
    Qui passait la mer quand j’avais dix ans.

    Elle ne prend pas l’eau du songe,
    Et sent sûrement le goudron,
    Ecoute, ce n’est plus que dans mes souvenirs
    Que le bois est encor le bois, et le fer, dur,

    Depuis longtemps, Capitaine,
    Tout m’est nuage et j’en meurs.

    Jules Supervielle. « Le forçat innocent », Gallimard (1930).

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  3. Je crois que c'est le premier poème que j'ai lu de Superviel, et là j'ai tout de suite accroché !

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    1. Supervielle, peut-être un peu trop oublié ? J'y reviens toujours.

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  4. Prendre...ou pas, l'eau du songe. Est-ce là la question, finalement?
    Merci K.

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