jeudi 14 mars 2013

Passage


Entre s’en aller et rester hésite le jour,
amoureux de sa transparence.
Le soir circulaire est déjà une baie:
dans son calme va-et-vient se berce le monde.
Tout est visible et tout est élusif,
tout est proche et tout est intouchable.
Les papiers, le livre, le verre, le crayon
reposent à l’ombre de leurs noms.
Battement du sang qui dans ma tempe répète
la même syllabe têtue de sang.
La lumière fait du mur indifférent
un théâtre spectral de reflets.
Dans le centre d’un œil je me découvre;
il ne me regarde pas, je me regarde dans son regard.
L’instant se dissipe. Sans bouger
je reste et je m’en vais: je suis une pause.

Octavio Paz

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8 commentaires:

  1. Ah Octavio Paz ! Que de souvenirs de jeunesse pour moi ! J'avais mis en musique plusieurs de ces poèmes !

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    1. Avec son prénom, aussi, il t'y avait sans doute invité !

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  2. sans véritable écho , autre que celui de ces étranges battements

    Il vous naît un poisson qui se met à tourner
    Tout de suite au plus noir d’une lampe profonde,
    Il vous naît une étoile au-dessus de la tête,
    Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux
    Que ses sœurs de la nuit les étoiles muettes.

    Il vous naît un oiseau dans la force de l’âge,
    En plein vol, et cachant votre histoire en son cœur
    Puisqu’il n’a que son cri d’oiseau pour la montrer.
    Il vole sur les bois, se choisit une branche
    Et s’y pose, on dirait qu’elle est comme les autres.

    Il vous naît un ami, et voilà qu’il vous cherche
    Il ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux
    Mais il faudra qu’il soit touché comme les autres
    Et loge dans son cœur d’étranges battements
    Qui lui viennent des jours qu’il n’auras pas vécus.

    Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence
    Et les mots inconsidérés,
    Pour les phrases venant de lèvres inconnues
    Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
    Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.

    Supervielle « Les amis inconnus ».

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    1. Ah Supervielle, tu as visé "juste" encore un de mes préférés !

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  3. C'est sans doute le poème d'O. Paz que je préfère...reposer à l'ombre de son nom, superbe pause.

    Par contre je n'avais jamais lu "les amis inconnus".

    Merci K et paul(A), belle journée.

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    1. C'est parfait alors, Colo ! Belle journée aussi.

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