dimanche 17 mars 2013



Septembre 1973, au Chili, Pinochet soutenu par l'armée et la CIA confisque le pouvoir à Allende le président démocratiquement élu. Le coup d’état sera suivi des exactions tristement prévisibles avec des disparitions, exécutions, tortures. 
En 1988, soit 15 ans plus tard -et l’on conçoit très bien combien 15 ans à ce régime peuvent être une éternité - la communauté internationale fait pression et la junte se voit «contrainte» de proposer et d’organiser un référendum.
L’objectif, avec la victoire supposée, est d’apporter une « légitimité » au régime et de l’habiller démocratiquement, et donc ... d’ouvrir une trappe, d’entériner l’oubli.
A la télévision, cela se traduit par l’octroi de 15 minutes quotidiennes d’antenne pour les partisans du Non et ... pareil pour ceux du Oui. 
Le film est raconté du côté du non, il montre d’abord la préparation de cette campagne où les opposants vont enfin pouvoir s'exprimer. La palette est large : ils viennent de différents partis politiques. Ils se retrouvent très vite en difficulté pour mettre au point le contenu du message à faire passer. Voilà qui fait partie des points sur lesquels comptait fermement le régime en place, bien sûr.
Pour sortir de l’impasse, ils appellent un jeune publicitaire, on dit aujourd’hui « pudiquement » communiquant... René Saavedra va donc leur proposer ce qu’il sait faire, avec ses méthodes. Mais, allez donc parler produit, logo, jingle comme pour un four à micro-ondes à des gens intimement persuadés qu’ils vont perdre et qui pensaient – faute de mieux- utiliser l’antenne pour dénoncer les crimes du régime... René, lui, propose de vendre de la joie...
C’est la direction qui est prise – non sans mal – et peu à peu, ça paye. Au point que le pouvoir s’affole et n’hésite pas à utiliser la pression... Cette mayonnaise qui prend, c’est d’autant plus intéressant pour l’opposition quand on sait que le pouvoir est dans la ligne de mire internationale...
Un régime totalitaire va tomber.
A mon avis le film de Pablo Larrain s’appuie – entre autres qualités- sur des points forts qu’il parvient à tenir jusqu’au bout.
D’abord, le ton est juste et s’apparente à un documentaire, il mêle parties jouées et extraits de l’époque, visant le réalisme (c’est gagné). C’est très bien fait en n’apparaissant jamais artificiel. De plus, même si on connaît la fin, on ne décroche pas une seconde, je crois que la chute d’une dictature n’y est pas pour rien.
Ensuite, aucun angélisme, aucune naïveté. S’il est finalement réjouissant de voir que les marchands de mort sont chassés par les marchands de micro-ondes, on voit bien – on a le recul- ce que va occasionner cette méthode du point de vue des démocraties.
Il y a beaucoup de petites touches très fines sur les personnages, les vies personnelles sont esquissées avec profondeur. René a été quitté par sa compagne qui accepte mal – sans doute- sa tiédeur ou son incapacité à s’engager (...au sens large ?). Il paraît manquer de maturité, il s’inquiète de la casse de sa voiture lors des manifs... On ne sera pas surpris, le résultat étant connu, de constater qu’il n’est pas touché par la  «grâce » après la libération et la victoire du « no ». Il y semble étranger et traverse tout cela comme la ville sur sa planche à roulettes, sans en être fortement affecté...
Après ? Il se contente juste de reprendre le « boulot ».
Il me faut préciser que c’est aussi en ces dernières scènes que le film est remarquable car il résiste, reste modeste et même refuse toute conclusion romanesque et grandiloquente, ne tombant pas dans le piège de l’incohérence, restant collé à ce qui a précédé, en sa justesse et sa propre complexité.
Ce film passionnant et très réussi, comportant aussi quelques touches d'humour, m’engage évidemment à suivre avec attention son auteur, Pablo Larrain, dont j’avais déjà beaucoup apprécié le précédent et époustouflant « Santiago 73 post mortem ».

4 commentaires:

  1. Réponses
    1. Je note que tu notes.
      D'ailleurs, du coup,c'est noté.

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  2. Bonjour K, ton billet est vraiment très bien et j'espère qu'il donnera envie d'aller voir ce film sans esbroufe. Bonne journée.

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  3. Merci Dasola, et c'est vraiment un film à recommander, oui !

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