samedi 23 mars 2013

envol

hé Richard
Un petit dernier pour la route ?
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sortir d’ici 
afin que 
le temps dehors 
trouve asile 
dedans 
  
la voix connaît 
un rythme 
qui la cherche 
et me tient 
à l’écart 
  
l’heure d’attendre cesse 
lorsque le soir tombe 
le moment de partir cède 
quand le dernier reflux 
remporte les reflets 
rien ne ramènera le feu 
ni orages ni ténèbres 
de l’enfer au bord 
du sable 
  
dans cette situation 
de langue jumelle 
dont les échos 
attrapent une insolite 
formule illisible 
à son silence 
suspendus 
  
entre des jours et des nuits 
le temps se mêle aux nuages 
en haute mer et pleine terre 
sans franchir la ligne de l’envol 
ni trouver la piste du salut 
sans traverser la distance 
qui provoque l’orage et lance 
l’éclair au vent sans toucher 
ni freiner le cercle de l’aube 
et du coucher ni l’étrange  
attente imposée 
  
Silvia Baron Supervielle, Sur le fleuve,

2 commentaires:

  1. AUJOURD’HUI VINGT ET UN MARS



    Aujourd’hui vingt et un mars le Bélier
    entre dans l’équinoxe et heurte
    de sa tête de mâle les arbres et les rocs
    et toi, amour, tu retranches
    à ses coups le vent d’hiver
    de ton oreille penchée
    sur ma dernière parole. Il flotte
    sur les plantes une première écume
    pâle et verte
    qui répond à l’appel.
    Et la nouvelle parvient aux mouettes
    se rencontrant parmi les arcs-en-ciel
    et leur langage fond sous le ruissellement
    des vagues qui résonnent dans les grottes.
    À mon côté tu couvres leur cri
    et jettes un pont entre nous et l’ouragan
    que la nature apprête sous la terre
    en un éclair démuni de sagesse,
    tu dépasses la poussée des germinations.
    Désormais le printemps
    ne peut plus nous suffire.



    Salvatore Quasimodo, La Terre incomparable in Poèmes, Mercure de France, 1963, page 92. Poèmes traduits par Pericle Patocchi.

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