dimanche 10 mars 2013

Arpenter

Mercredi dernier.
Il est presque 10h30 quand je me mets en route. J'ai prévu 25 kilomètres.
Visible sur la carte : je pars du 10 (Vauville) et je vais remonter jusqu'au 5 (port Racine).



Ces kilomètres et ces chemins, je les ai humés, et je savoure d'avance les sensations nouvelles et anciennes que je vais trouver. Des vues, des couleurs, des odeurs, des sons.
Je ne vagabonderai certes pas des jambes et des pieds, mais de la tête et des pensées, oui !
La température me semble parfaite, un temps doux, légèrement voilé, les annonces météo étaient bonnes, elles se confirment et, au fil de la journée, il ne fera jamais plein et franc soleil.
Je me suis équipé efficace et pragmatique, comme toujours, avec cette possibilité d'enlever ou d'ajouter des couches... Le sac à dos qui se cale dans les premiers mètres et puis, primordial, les chaussures habituelles.
Des chaussons presque ! Cela fait un moment que je les traîne, indestructibles !



Les paysages vont varier au gré de la journée, dans les premiers hectomètres, je m'éloigne du sablonneux pour aller vers le rocheux.


A Vauville donc, je tourne le dos aux paysages dunaires et à la mare (espace ornithologique protégé) et je file vers le nord. C'est une bonne mise en train , ça montre progressivement et à ma droite en avançant, les moutons sont sur terre, et les champs sont beaux et pas agités.



A Herqueville, c'est de la rocaille définitive et ça devient peu à peu plus ardu. Des montées et descentes de criques en anses. Les descentes permettent - un peu- de relâcher les muscles.
Je croise cet arbre à la chevelure pentue qui semble m'indiquer une direction.
Mieux vaut toutefois que je reste sur le sentier...



En route, régulièrement, pas mal de ce qui me semblent être des gabions, des refuges pour la chasse ou bien des abris pour observer les oiseaux. Le balisage est parfait.




Pourtant, une hésitation à un moment, pris par le rythme et emporté par l'élan, je me retrouve à revenir vers l'intérieur des terres plus que je n 'aurais pensé. Un petit ruisseau qui descend peut expliquer ce petit détour, le passage au sec serait un peu plus haut ?
Je cherche et ne trouve point de balise, décide de poursuivre, continue à m'éloigner de la côte pour arriver à un hameau. Erreur, j'aurais dû regarder la carte IGN, je m'aperçois  que j'ai manqué un embranchement dans mon dos un petit kilomètre avant et c'est bon pour ... un supplément de 2 km !
Merci la carte IGN qui permet que je me remettre sur les.. drailles. Un petit intermède sans dommage, et ça fait partie du jeu.
J'attaque de front l'arrivée sur le nez de Jobourg, c'est franchement escarpé, la pente est forte, la terre n'est pas toujours stable, mais c'est heureusement parfaitement sec. Je me rends compte que, bientôt deux heures après mon départ, je n'ai encore croisé personne !



Une constante et une question : passerait-il quelque Don Quichotte par ici, tant je trouve trace du passage des chevaux ?
Je me rends compte aussi que les prévisions horaires sont larges, je rejoins Jobourg en 2 h au lieu des presque 3 notées dans mon document.
Je m'attarde un peu, je mitraille juste avant, au passage et après Jobourg.
C'est d'un calme incroyable. Je me sens comme un immergé terrestre, je capte tout par les deux pieds !



Et quelques images de plus.
Il fait bon. Aucune fatigue, je vais pouvoir poursuivre vers la baie d'Ecalgrain, toujours selon le sentier qui borde les falaises et propose encore quelques passages franchement raides.
Je m'arrête quelques minutes pour une courte et légère pause juste après Ecalgrain. Un couple de cyclistes va attaquer une super montée non sans quelques inquiétudes. Je les salue puis les suis du regard. Ils s'en sortent !
La mi-journée étant passée, je croise quelques personnes, même si cela reste... modéré ! Je m'attendais franchement à plus. Et je suis toujours tout seul dans mon sens de déplacement sud/nord.
Allez, direction Goury, je vais bientôt atteindre le cap de la Hague, et il y a comme une  atmosphère d'extrémité, de limite qui m'enveloppe. Quelques atermoiements encore car le GR est en discontinuité, je farfouille, quelques balises contradictoires, je tourne en rond... mais ça passe.

 


Hola, je compte 6 personnes, Goury, c'est vraiment trop touristique ! Non, c'est plutôt la "petite Irlande" et le surnom est justifié.
Voyez les champs et les murets, je reste admiratif devant le savoir faire patient qui a permis de les monter, c'est vraiment beau ! Je reste un moment, songeur, à suivre du regard tous ces murets.
Du temps, de la pierre.


Je suis maintenant le plus au nord de mon parcours, et je quitte Goury par un long passage par des galets blancs et gris qui clinquent sous les pieds. Au loin en mer un ferry s'apprête à rejoindre Cherbourg vraisemblablement. Et toujours personne.
Je ressors mon bonnet car j'avance exposé à un vent nord/sud.
Une alternance pour cheminer entre champs clôturés et galets ensuite permet de dépasser le cap puis d'atteindre le sémaphore de la Hague. Je renseigne -carte à l'appui- trois personnes ne sachant pas si elles sont exactement arrivées au cap de la Hague (et ne sachant pas que je me suis planté plus bas vers Jobourg !).

Quelques pas plus loin, là, une petite surprise que j'ignorais  :




J'avance un peu et trouve presque du premier coup le GR. Il me reste encore quelque 4 kilomètres -peut-être- avant d'arriver à "bon port".
La côte rocheuse me vaut encore un beau spectacle, quelques écueils un peu fantomatiques flottent, le temps est ici plus couvert et brumeux. Et quelques photos...




Je déroule pour arriver au terme. C'est assez plat, c'est tranquille.
J'arrive aux environs de 15h45 à Port Racine...  Bien avant ce que je pensais avec les estimations de ma brochure.
J'ai bien marché, j'en ai eu plein les yeux, mon silence assourdissant entrecoupé parfois par le bruit du vent.
Et je suis à Port Racine, non loin de la dernière demeure de Prévert, ce que j'ignorais aussi...
Allons, le monde serait-il petit ?



De deux choses l'une. L'autre c'est le soleil.





16 commentaires:

  1. Trés sympa :-) une belle balade comme je les aimes !

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    1. Je ne te le fais point dire, le plaisir fut intense !

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  2. Connaissez-vous le jardin qu'un antiquaire ami du poète a crée en son hommage où l'on trouve le tilleul planté par Doisneau, les hortensias de Barbara, le rhododendron rouge de Juliette Greco, les pins d’Yves Montand...l'eucalyptus de Mouloudji ( j'aurai pensé coquelicots) et j'imagine des tournesols , ces drôles de soleil, qu'il se plaisait à dessiner en marge de ses drôles d'agenda ...

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    1. Je ne connais point non, situé où ?
      (Ah ? on se tutoie plus!)

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    2. précisément là ousque tes pas te portèrent
      http://www.jardinez.com/Parcs-et-jardins-Jardin-Hommage-a-Jacques-Prevert-_Saint-Germain-des-Vaux_Manche_Basse-Normandie-France

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    3. Merci du lien.
      Je suis passé à côté, et, vérification faite, il était fermé. Next time.

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  3. sympa, de nous faire profiter !!!
    la prochaine fois on va où?

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    1. Pas de problème, c'est un plaisir !
      Ce n'est pas encore prévu pour ce qui est des contrées lointaines ! Localement, ça se décide !

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  4. Salut K,
    J'ai découvert ce coin de France l'été dernier, et je ne soupçonnais pas que c'était aussi beau.
    Quel dommage d'y avoir mis des sites nucléaires.

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    1. C'est très beau en effet. Je l'avais flairé !
      Quant au nucléaire...c'est peu dire que le paysage en prend un coup quand le machin surgit... Et si ce n'était que ça...

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  5. Réponses
    1. Ah elle me démangeait aussi c'est sûr !
      La semelle, ah ? Toi tu ferais le tout à cloche-pied ?
      ;-)

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  6. Très beau récit. J'y découvre une promenade qui dans un sens pourrait se passer dans mes calanques, avec ce frisson face au vent, ces incertitudes de chemins à prendre, ces découvertes, cette humilité de se trouver face à quelque chose qui nous dépasse (ou qui nous englobe dans une sorte de substance de vie)

    Cela fait un petit moment que je n'ai pas déambulé dans les collines (à causes d'un quotidien qui m'en a empêché), j'ai hâte de m'y remettre.

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    1. Merci camarade Obni !
      On est tout entier plongé dedans quand on y est.
      Physique, mental, une adhérence terrestre irremplaçable.

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    2. C'est là aussi que nous pouvons penser la vie… Dans nos villes il y a trop de stimuli, de bruits, de choses qui dérangent la réflexion. Lors de ces longues balades, l'esprit est au repos et peu enfin réfléchir.

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    3. Même si on peut réfléchir et penser ailleurs !
      Mais je te rejoins, c'est comme si certaines "défenses" "parasites" au sens large tombaient.

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