dimanche 24 février 2013

Paz


   À Juan Garcia Ponce
Comme l'air
                    dresse et dissout

sur les pages de la géologie,
sur les terrasses planétaires,
ses édifices invisibles :
                                    l'homme.
Son langage est  à peine un grain,
mais brûlant
                    contre la paume de l'espace.
Syllabes qui sont incandescences.
Qui sont plantes, aussi :
                                        leurs racines
fracturent le silence,
                                leurs branches
bâtissent des abris de sons.
                                            Syllabes :
elles se nouent et se dénouent,
                                                jouant
aux ressemblances et aux dissemblances.
Syllabes :
                mûrissant aux fronts,
fleurissant aux bouches.
                                        Leurs racines
boivent la nuit, mangent l'éclat.
                                                    Langages :
arbres incandescents
aux feuillages de pluie.

Végétations d'éclairs,
géométrie d'échos :
sur la feuille de papier
le poème se lève
                            comme le jour
sur la paume de l'espace.
[Octavio Paz, In Le feu de chaque jour, traduction de Claude Esteban, © Poésie/Gallimard, 1986, p.144]

10 commentaires:

  1. "Su lenguaje es un grano apenas,
    pero quemante,
    en la palma del espacio." ...si beau, et si bien traduit aussi!

    Un site (en español)sur le langage, ses limites, des réflexions poétiques, comme celle que tu publies, d'Octavio paz.
    http://poeticas.es/?p=1634

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  2. Merci Colo.
    Par contre l'español m'échappe hélas complètement ou presque,et je ne peux donc apprécier ce que tu m'envoies, je me contente d'en pressentir l'intérêt et la qualité ;-)

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    1. paul(A) one more time25 février 2013 à 06:53

      (au moment où j'écrivais le dernier comm, le tien ne m'était pas visible)
      donc pour que tu comprennes la référence à Celaya , voilà ce que dit son (long) poème, ici résumé à ces trois strophes

      "Telle est ma poésie : poésie- outil
      a la fois battement du coeur de l´unanime et aveugle.
      Telle est, arme chargée de futur expansif
      avec laquelle je vise ta poitrine.


      Ce n'est pas une poésie pensée goutte a goutte.
      Ce n'est pas un beau produit. Ce n'est pas un fruit parfait. C´est similaire a l'air que nous respirons tous
      et c´est le chant qui donne de l´espace a tout ce nous portons en nous.

      Ce sont des mots que nous répétons en les sentant
      nôtres, et ils volent. Ils sont plus de ce qu´ils nomment.
      Ils sont le plus nécessaire : ce qui n'a pas de nom.
      Ce sont des cris au ciel, et sur terre ce sont les actes"

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    2. Décidément excellent !

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  3. la poésie est bien ce feu qui réchauffe nos jours ...mais une arme aussi porteuse d'espoir
    merci Colo pour le lien.( la poèsia es un arma cargada de futuro, dit l'ami Celaya)
    "Ánima,
    blanca como la página,
    se levanta la palabra.
    Anda
    sobre un hilo tendido
    del silencio al grito,
    sobre el filo
    del decir estricto.
    El oído: nido
    o laberinto del sonido."

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    1. Contre le silence et le vacarme, j'invente la Parole,liberté qui s'invente elle-même et m'invente, chaque jour.
      (Liberté sur parole)

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  4. Ah, désolée K, j'ignore pourquoi j'avais en tête que tu comprenais l'espagnol!
    La poésie une arme chargée de futur, Paul(A),oui, oui, et il finit par
    "Son lo más necesario: lo que no tiene nombre.
    Son gritos en el cielo, y en la tierra son actos."
    Cris dans le ciel, mais des actes sur terre....entre silences, cris et actes. Nécessaires!

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    1. Je garde cependant le site en lien. Merci !

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  5. Réponses
    1. Je me réjouis de ces échanges en effet, de ce partage. Alors, oui, merci !

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