jeudi 21 février 2013

Lire



Lire ... et écrire, d'ailleurs. 
En essayant il y a quelques jours de me rappeler si j'avais déjà raconté telle ou telle anecdote en lien avec l'écriture, je me suis aperçu, les ayant retrouvées, qu'elles avaient fait revenir à la surface un troisième souvenir un peu du même ordre et datant de la même période. Ne reculant devant aucun sacrifice, je remets en ligne, dans l'ordre chronologique, les anecdotes toutes trois ancrées dans le milieu scolaire.  
Je me souviens, c'était en 1970.
Puis en 1971.
Deux chocs successifs pour l'écriture.
J'étais en CM2 donc puis en 6e.
Je me rappelle fort bien l'ennui incommensurable, le désintérêt profond que j'éprouvais pour ces satanées rédactions.
Le supplice pour arriver à aligner deux mots vaillants.
Et puis, un jour, le maître nous donne comme sujet le résumé d'un livre qu'on a bien aimé.
Et là, ça me parle.
Alors voilà, ce jour-là, je me suis mis à résumer le Comte de Monte-Cristo. Deux pages du petit cahier, je me rappelle le boulot, parce que je vous raconte pas.
Petit inconscient, quelle affaire ça a été de faire tenir tenir tout ça en deux pages ! Mais j'y suis arrivé. Me surprenant moi-même en plus du maître !
L'année suivante, autre déclic, avec la prof de Français au collège. Même topo, toujours l'ennui et puis le sentiment des profs que je pouvais mieux faire (ben tiens !). 
Un jour elle nous donne un sujet d'enfer. En tout cas qui me parle. 
Imaginer un nouvel épisode des aventures de Tartarin de Tarascon, qu'on venait de lire. 
Et là, nouveau déclic. Je me rappelle avoir inventé une histoire où Tartarin, fanfaron, se fait percer à jour. Il raconte une histoire à dormir debout, ça se passe dans une diligence dont un passager sait que Tartarin ment.
C'est lui l'auteur réel de l'exploit, malchance donc pour Tartarin qui se fait traiter de "mystificateur".
Je me rappelle très bien avoir utilisé ce mot que j'avais lu auparavant dans une BD ! Et Tartarin se fait expulser de la diligence ! Pareil, grand moment, la prof qui me file une bonne note, qui n'en revient pas...moi non plus, mais...
Quand j'y repense, j'avais trouvé et ouvert une porte en ces deux occasions. Mon rapport à l'écriture vient peut-être pour partie de là.  Et la porte ne s'est jamais refermée.   

Relisant ceci , comme je le disais en introduction, remonte à la surface le souvenir d'une situation vécue, toujours collégien, toujours en 6ème. C'était au siècle dernier. Nous étions en fin d'année scolaire. Cours de Français. La prof fait le bilan de l'année écoulée. 
C'est donc la même prof que dans l'anecdote "Tartarin". Et tiens, puisque j’y suis, je peux même révéler, parce que cela me revient et que je ne l'ai pas dit, que j'en étais un peu amoureux (une brune, ses jambes, elle s’habillait court, bref... !) et qu'elle avait le jour de Tartarin pris le parti de venir s'asseoir près de chacun pour faire le point dans la phase d'écriture, avec le risque que l'élève (alias bibi) se retrouve rouge pivoine atrocement gêné par cette proximité jamais imaginée une seconde. Bouillant ! Bref, cette vérité enfin rétablie -et il était temps- revenons à ce magnifique bilan.
La prof nous annonce qu'elle s'est rendue à la bibliothèque du collège pour faire un point sur les emprunts et lectures de la classe. Fréquentation, régularité, nombre d'ouvrages, la totale. Pourquoi pas ?  Elle passe en revue la liste des élèves. Jusque là tout va bien.
On arrive vers le dernier tiers de liste, mon lot habituel étant donné mon patronyme et cela vient à moi. Elle cite mon nom, et annonce « zéro ». Pas la note, hein, non non non ! Zéro emprunt de toute l’année. La honte !
Et elle me demande ce qui explique cela, bref pourquoi je n’emprunte jamais rien…
Grand silence blanc.
Aussi blanc que la surprise, l’imprévu, et l’idée bien sûr que je devais sûrement –comme tout bon élève hé oui - faire partie de ceux qui empruntaient régulièrement car dans son esprit, si elle avait dressé une liste de pronostics, j’y figurais !
Je me rappelle que passablement gêné j’ai fini par articuler que j’allais à la bibliothèque municipale, ce qu’elle n’avait pas précisément « soupçonné » d’ailleurs…coincée qu’elle était restée sur cette surprise inimaginable ! Étrange non ?
Pourtant je la fréquentais assidûment la bibliothèque municipale, bon sang ! 
Et j'y lisais à peu près absolument tout ce qui me tombait sous la main.
J’y étais fourré tous les mercredis, j'y passais une bonne heure et demie, sur place.
J'y ai lu tous les Tintin, pas mal d'Astérix. Et je ne repartais pas les mains vides. La bibliothèque verte, les 6 compagnons, la série "Michel"...Les Paul  Féval, les Alexandre Dumas, plus tard Jules Verne et les Arsène Lupin. 
Pareil, plus de quarante ans après, jamais guéri de cette douce addiction ! 

4 commentaires:

  1. K,
    Voilà un témoignage qui fait chaud au coeur au bibliothècaire que je suis. Combien sont-ils comme toi, à avoir découvert le plaisir de la lecture en bibliothèque. Et qu'on se rassure, ils sont encore nombreux à le faire.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas de quoi, camarade ! Et tiens j'y retourne vendredi prochain, rencontre avec un auteur !

      Supprimer
  2. Ca fait des années que je n'ai pas lu Tartarin, tiens, tu viens de réveiller des points d'interrogation !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne l'ai pas relu non plus...
      depuis cette période, en fait :)

      Supprimer