mardi 5 février 2013

Gesticulons !

Vendredi soir, ce fut une belle et longue soirée, avec Franck Lepage dans le cadre d'une conférence gesticulée "L'éducation populaire, monsieur, ils n'en ont pas voulu."

Magnifique, plein d'humour, provocateur, au bout du compte lumineux !
Je ne peux que vous encourager à aller voir et à participer à ce que propose régulièrement (et de plus en plus, ce qui est très bien)  la Scop "Le Pavé" - et bien d'autres - car tout ne se résume pas aux conférences de Franck, loin de là. L'éducation populaire ne le permettrait pas !
La culture avec un grand Q est désossée, les ministères avec Malraux jusqu'à l'inénarrable pantin Jack Lang (et son 1989 si pitoyable)... ou comment confondre sciemment politique culturelle officielle et culture.
Dans ce grand bain salutaire, tout y passe avec comme point-clé le langage évidemment et son détournement orwellien depuis 50 ans, une novlangue positive que seul un fou aurait le malheur de critiquer !
Un seul exemple : on ne dit plus "exploités" car cela fait PENSER (le mot suprêmement interdit.. de séjour) aux exploiteurs. On dit "défavorisés" parce que du coup c'est la faute à pas de chance et celle de personne.

Luttons.

Le mot "projet" en prend aussi plein la tronche. Ça vous étonne ?
En prennent plein les dents les foutaises du développement (social, local) le lien social, l'égalité des chances, la "réussite différée" et puis l'art contemporain est assez fermement remis à sa place question imposture, ainsi que les "créateurs" qui s'apparentent de près ou de loin pour certains à des gros branleurs pourvoyeurs du marché de l'Art.
Voilà, vous aurez compris, ce fut jouissif.
Je n'ai pu le lendemain assister à l'Atelier de Désintoxication de la Langue de bois, alors je finis par un extrait d'entretien (source / Arrêt sur images).
Franck, merci pour le boulot et sur le site "le pavé", un agenda vous permettra éventuellement de trouver un lieu pas trop loin de chez vous que vous pourrez rallier pour aller voir ça !




18 commentaires:

  1. J'acquiesce à 1000 %. Je suis tombé sur une de ses conférences sur le net il y a pas longtemps, j'ai tellement adoré, que s'il m'en souvient bien, je l'ai mise sur mon blog.

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    1. A suivre et soutenir de près, en effet, et diffuser !

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  2. c'est bien que de plus en plus de gens le connaissent!!!

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  3. Oh que je suis contente d'être passée ici ce matin. Suis allée de pavé en pavé. En avril, conférence à Paris!!!

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  4. J'ai assisté à une conférence gesticulée par la scop du Vent Debout (petits "frères" de Franck Lepage) http://www.vent-debout.org/ Nous en étions ressortis enchantés par la teneur de l'expérience.

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    1. MAdleine comment te dire que je n'en suis pas exactement surpris de ta part ;-)

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  5. Tout pavé est bon à jeter, toute gesticulation est à mettre en oeuvre d'urgence et en permanence. Nonos obstant cette précaution et après un passage sur les pavés (la plage aussi) et un bout de conférence Lepagienne, je me permets de lever un doigt timide pour mettre en garde contre un autre dîne-aux-aurores gesticulant : la gé-né-ra-li-sa-tion. Non, le développement social n'est pas toujours une foutaise, l'art contemporain une imposture, le projet une méchante poudre aux yeux. Lorsque je vois de gros guillemets entourer "créateurs" et du coup, désigner le mot et son portage de sens à une vindicte exprimée tout de suite après par "branleurs", même si on a placé entre les deux roues, au niveau du pédalier, le mot "certain", je m'aperçois que ce petit vélo-là nous emmène aux confins de l'incertitude : qui n'est pas branleur ? Où sont donc les certains créateurs qui ne sont pas branleurs ? etc. On cauchemarde en pensant à des listes. Et non, l'éructation étranglée d'une indignation chronique ne peut servir de PENSEE. Nul doute que les gens qui ici écrivent et lisent, connaissent aussi nombre de travailleurs sociaux qui tricotent dans leur coin quelque chose qui n'est de la foutaise mais une dentelle opiniâtre dont les volutes finissent par se rencontrer. Moi je pense que ça fabrique des petites résistances et que, si on ne se promène que circulairement, au nom du refus de la langue de bois (et oui, mille fois d'acc pour la décrypter, vous ne sauriez le nombre de citoyen-nes occupé-e-s quotidiennement à ce jeu salutaire), on finit par se marcher sur l'orteil et par rencontrer une forme de poujadisme : vous savez, le "tous pourris" qui aboutit vous savez où. Je suis confondue et pas loin d'être atterrée par l'ignorance et le mépris réciproque de deux mondes qui se côtoient avec à peu près autant de bonheur que deux voisins contraints et séparés par une cloison Bouygues de papier. Je veux parler du monde politique et du monde citoyen. Qué tristeza ... C'est la faute au politique, nul doute là-dessus. Pour autant, il serait urgent que les gens de bonne volonté se rencontrassent en ôtant leurs casquettes et en laissant leurs boîtes à étiquettes au vestiaire.
    Signé une vieille encore pleine d'illusions, une rareté

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  6. Post scriptum et excuses si double emploi, un premier message s'est perdu dans l'éther...
    Précision, donc : à écrire trop vite les mots se chevauchent. Ce que je voulais dire c'est que, quand "ça" fabrique de petites résistances, c'est peut-être aussi grâce aux travailleurs sociaux et autres responsables de développement social qui font leur boulot, et après, si ça produit de l'arroseur arrosé, tant pis, hein, mais il en restera une construction. Ce travail-là existe, faut pas le jeter avec l'eau du bain. Et aussi, si on ne se promène que circulairement, c'est-à-dire entre soi, entre contestataires du même avis, ça referme la pensée. Parfois, aller à l'autre la main tendue et l'esprit grand ouvert, on est surpris.
    Signé la mémé, derechef.

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    1. I. je vous réponds aux deux à la fois.

      On se gardera bien sûr de la généralisation.
      J’essaie de vous répondre en précisant. L’important me semble-t-il est d’éveiller et faire en sorte que chacun chacune dans son champ puisse cheminer.
      Quand je parle de créateurs et de branleurs, déjà je ne supporte pas le mot créateur avec sa connotation religieuse qui instaure une supposée toute-puissance et je rejoins complètement Lepage là-dessus.
      Mais, sur le fond, je veux parler surtout de l’imposture qui consiste par le biais de la culture officielle bien pensante à culpabiliser ceux qui auraient le malheur de ne pas adhérer.
      Cela génère de l’exclusion : qui a envie de s’auto-exclure ?
      Il y a des œuvres contemporaines que j’apprécie mais certaines m’emplissent au plus au point de doute, je revendique pour chacun la possibilité de ne pas avaler des couleuvres et de pouvoir le dire s’il le considère comme tel. On n’ira pas bien sûr jusqu’aux listes officielles évidemment, car ce serait rester bêtement dans le même modèle (bien / pas bien) , un modèle décrété par quels censeurs, au nom de quoi ?
      La culture c’est aussi personnel, c’est un cheminement ou pas, c’est des rencontres, on se la forge on se la construit, on se la partage, et certaines choses ne doivent pas nous parler à tout prix (sans jeu de mots) parce qu’il le faut.
      Sur le développement social ou local, le problème est bien la terminologie et la méthode, et c’est valable partout (excusez je généralise) j’ai déjà rencontré des gens très bien et parfaitement conscients des impasses des politiques menées et qui soulèvent la critique, et qui comme vous le dîtes – c’est essentiel- travaillent pour ces îlots de résistance, toujours fragiles hélas. Et puis d’autres qui se contentaient bien et largement bien de faire les emplâtres sur les jambes de bois. Et même d’autres qui en étaient malades, au propre et au figuré. Je parle pas de ceux qui en crèvent.
      Et je ne crois pas une seconde qu’on puisse tout égaliser. Et là la ligne de partage, elle est politique : est-ce qu’on arrêtera de penser pour ceux qu’on doit aider à tout prix, est-ce qu’on parviendra à les remettre sur une chemin où eux feraient leurs propres choix ?
      Précisons aussi que les « gesticulations » ont comme objectif de provoquer, et ça marche, non ?
      A plusieurs reprises, également, des précautions sont posées dans les conférences pour dire qu’on a pris des raccourcis. Alors je pense qu’au –delà de la provoc, il y a sûrement de bonnes questions, de très bonnes questions à (se) poser. Il y a évidemment des choses qui ne font pas plaisir, et je suis bien placé avec les coups de pied au cul que je prends avec le discours du Pavé sur l’éducation nationale.
      Enfin, par ailleurs je réfute absolument l’argument massue du tous pourris brandi comme une espère de garde-fou anti extrême –droite, j’en ai marre de ça, je trouve que c’est un argument qui se tire une balle dans le pied parce qu’il est tout simplement totalitaire. Ceci me semble à tout le moins contradictoire avec la recherche et l’expression d’une pensée nuancée.

      Et j’espère bien … que vous n’êtes pas une rareté !

      II.
      D’accord sur l’eau du bain, même s’il faut peut-être parfois la changer de temps en temps !
      La dernière question est essentielle, je vous rejoins tout-à-fait là-dessus.
      ll faut absolument dépasser le cadre des « convaincvus », j’en veux la preuve que c’était le sujet de discussion à l’entracte l’autre soir, et enfin, dans le public, il y avait des gens différents dont des travailleurs sociaux justement, et des enseignants, et j’en passe

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    2. Et puis sur le fond on n'est pas vraiment en désaccord, non ?
      Et puis ,vous avez bien un p'tit nom, non ?
      ;-)

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  7. Merci des réponses qui montrent une écoute attentive, ça réconforte.

    J'aurais regretté de ne pas être allée sur votre blog (recommandé par un proche), ne serait-ce que pour l'échange !

    Un petit nom : Marie-Hélène, et un blog aussi : http://pirouesie.net/l-appentis-saucier/index.php

    Sur le "tous pourris", ça me touche sensiblement parce qu'élue locale (dans la catégorie "fantassin les deux pieds dedans"), c'est ce qui me revient, à moi, dans la gueule, à longueur de rencontre avec des citoyens qu'il faut à chaque fois décrypter (faudrait un DEA de soviétologie, parfois, pour savoir si la connerie est dite parce que l'idée est courte, ou si c'est un missile sol-sous-sol envoyé par une droite à pas d'idées du tout), et aussi ce que je rencontre le plus souvent c'est la suspicion permanente, à mon sens un mal français. Non, je n'habite pas au pays des bisounours, mais des fois, faut vraiment se questionner sur la parano ambiante et tiens, pour faire une amusante petite mise en abyme, à qui elle profite, cette parano ?
    Pour revenir à votre réponse : dans le mot "créateur" je n'entends rien de particulier, moi, sinon "celle ou celui qui crée". La connotation religieuse je l'ai mise au rebut ça fait longtemps. La culture officielle je ne sais pas ce que c'est, du moins je ne m'y intéresse pas. Mais je vois bien au fond ce que vous visez, ça me rappelle dans un quartier populaire de Lyon où j'ai l'incidence d'habiter, une hideuse chose en béton moulé censée représenter une basket Nike (!!!)peinte en badigeon bleu ciel, qu'on avait plantée en face d'un collège au motif que "les jeunes" aimaient ça. Ou encore, un machin impensable en forme de fontaine lourdingue qui a trôné longtemps en centre ville et qu'on a recyclé, en pièces détachées, dans ce même quartier populaire où on pense que les habitants sont reconnaissants de ce don généreux.
    En vrac : compte tenu de mon âge, j'ai côtoyé pas mal de gens qui avaient été éduqués dans des régimes aujourd'hui disparus (URSS, RDA), ou à Cuba - en pleine culture officielle, donc. Cela n'a pas produit que des aberrations, voire il y avait eu un effet "démarreur" et s'ils avaient d'abord dû voir, entendre, lire des oeuvres émanant parfois de répertoires "pompiers", c'est après qu'ils avaient fait le "cheminement personnel" dont vous parlez. Il y avait eu substrat nourricier. Moi-même j'ai tété le lait des J.M.F. ; et ce n'est pas le régime communiste, qui me donne une nostalgie de ce point de vue, mais la notion d'éducation populaire, aujourd'hui totalement disparue des écrans radar. Après on pourrait discuter longtemps de la marge de manoeuvre infime entre "penser pour ceux qu'on doit aider à tout prix" et "les remettre sur un chemin où eux feraient leurs propres choix". Si on choisit le chemin pour eux ... ?

    Voilà pour dire que sur le fond, non on n'est pas en désaccord, mais il y aurait intérêt à débats approfondis entre des gens comme vous et des gens comme moi !

    Bonne fin de soirée !
    MH

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  8. MH, merci du lien, j'ai parcouru et lu un peu, et j'y retournerai ! (Je vous ai mis dans mes liens) et vous éveillez ma curiosité avec la "recommandation"... !
    Je partage la conclusion sur cette nécessité de se frotter par les échanges pour faire progresser en qualité la réflexion.
    Quant à l'aide, le sujet est vaste et bien évidemment, choisir peut-être encore plus, si il était déjà question d'envisager, de considérer et d'armer (= outiller) à l'indépendance, l'autonomie des choix , ce serait pas mal !

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  9. recommandation : par http://robert.rapilly.free.fr/ qui résiste par la poésie. M'avait guidé sur Franck LEPAGE via les "gesticulations" ... Et voilà comment on devient lectrice de plusieurs blogs !

    La rencontre du jour : http://www.audit-citoyen.org/
    Où ? Dans un "lieu accueil parents" d'une école lyonnaise. Un genre de "café des parents" (on a bu du thé). Intéressant et à porter au catalogue des petites (grandes) résistances.

    Au plaisir d'un prochain billet !

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    1. Merci, je suis allé lire chez Robert Rapilly - mis en lien - et j'ai fait pareil pour "audit-citoyen".
      Si je décode correctement ,lors du café parents ce site a été visité et présenté ?
      Et le plaisir sera partagé !

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  10. Bonsoir K, merci d'avoir pensé à mettre le lien avec les Interférences sur mon blog, je n'arrivais pas à le faire. Côté manips blogassières, j'appartiens au très sélect club des Tanches Ymphormatiques où j'ai ma carte de membre bienfaiteur et la plupart du temps je n'arrive à rien. Mais ce soir je me penchai derechef sur le sujet et j'y parvins. Dans mon blog je voudrais que les liens apparaissent ailleurs que tout au fond après le dernier billet, mais là encore, je sais pas faire ...
    Non, dans le L.A.P. où j'étais cet autre matin-là, il y avait un parent qui a parlé du mouvement audit-citoyen, il en fait partie, du coup il nous a présenté le truc et ça m'a rendu curieuse.
    A bientôt !
    L'A.S.

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  11. Il existe peut-être une option mise en page qui permet de déplacer les blocs. Sur blogger en tout cas ça marche comme ça, je place comme je veux (ou presque !).
    Et merci des passages messages tressages ...

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