mercredi 7 novembre 2012

Fins

Comme annoncé, second volet du point sur les 366 réels à prise rapide.

Pour  être à peu près complet, je sais d'ores et déjà qu'il n'y aura pas de "saison 2" quelle qu'en serait l'éventuelle forme, car je veux me prémunir de la forte accoutumance ou même addiction que représente ce challenge et retrouver un peu d'espace, d'indépendance, comme on voudra…
Mettre sur pied "Interférences 2" comme un petit laboratoire annexe d'Interférences, ouvert un jour et fermé un an après, correspond à l’idée que j’ai eue assez tôt d’un projet balisé dans le temps.
Parler (écrire) d’autre chose ou pas, mais sans qu'on me dise quand et comment. Je mesure par là les limites de l'exercice qui doivent ressembler beaucoup ...aux miennes !
Autres points, peut-être partagés par les camarades engagés dans l'aventure et qui ont pu d'ailleurs pour certains d'entre eux causer leur "abandon", des répétitions sûrement, le danger toujours présent de la complaisance, de la prévisibilité, un peu de fumisterie (même assumée), une certaine peine à se renouveler, à moins que se renouveler ne soit qu'une vue de l'esprit et qu'on ne fasse que persévérer...
Je me suis aussi aperçu avec le temps que je n'avais pas ou plus forcément envie d'écrire (ou de lire) sur les petits trucs du quotidien. Ce n'est déjà pas mon point fort d'emblée, donc pas étonnant, cela me pendait au nez !
C'est bien, sur la longueur, le constat d'une usure, mais d'une usure par rapport à l'exercice imposé, de moins d'envie certaines semaines, particulièrement dans un emploi du temps professionnel d'une grande densité... même si cela rentre dans le jeu de contraintes finalement ! Et puis je le savais dès le départ, non ?
Mais ce qui est promis sera tenu, je me suis engagé, je me sens engagé.   
Je sens toutefois comme un possible bénéfice d'avoir écrit tout cela : je vais tenter de mener à bien les derniers mois de l'entreprise, en « renouvelant » mon approche au moins partiellement, en cherchant d'autres voies. Suspense insoutenable, n'est-il pas ? 
Quoi qu'il en soit, d'ici le 12 février 2013, date du 366e et dernier message, je peux anticiper sur le bilan avec un ensemble qui aura été plus qu’intéressant en se posant comme un atelier sous contrainte, expérimental et ludique, un lieu d'allées et venues, de passage, de partage et d'échanges virtuels, éphémères, changeants et même définitifs, car je continuerai à suivre - différemment -certains blogs ainsi découverts !

Car bien sûr, l'autre blog (celui-ci, donc !) va poursuivre son existence !
Et je vais continuer car j'aime cet exercice de l'écriture, je ne me vois pas ne pas écrire, c'est à la fois dans ma culture, mon éducation et c'est aussi un moment intérieur, comme une conversation avec soi, de quoi penser, classer, ranger ou pas, rêver tout haut (serait-ce le péréquien qui sommeille en moi ?)... Est-ce qu'une petite musique en émerge avec l'idée et la pensée toujours recommencées, toujours continuées, toiles de fond, qu'écrire, comme lire, rend meilleur au sens noble du terme ?
Mais j'ai besoin d'espace et je pense pouvoir définir mon cadre tout seul. Je suis grand maintenant !
Je pense aussi que l'on ne fonctionne pas tous de la même manière, on finit par se connaître un petit peu.
Je veux parler par exemple aux intervalles entre les billets, certains jours "j'écris", mais sans écrire une ligne. Dans ce sens, qu'un jour se passe sans rien écrire (sans rien poser) ne me contrarie pas, c'est dans ma manière finalement, ou bien ma nature ?
Cela émergera dans un moment ultérieur, quand l'assemblage se fait, quand les mots du texte apparaissent, et cela continuera à se modifier par la présence même des mots. Cette idée de réversibilité (que le texte appelle les mots et que les mots appellent le texte) me paraît bien traduire ou transcrire - pour moi en tout cas - ce qui se passe ces moments-là.

Pour le comment, voici un extrait (centré sur la poésie mais que j'étends au-delà) qui s'approche au plus près de l'esprit dans lequel je sens les choses. 
L'exercice poétique révèle bientôt au poète une sorte de capacité de se modifier eux-mêmes que les mots possèdent, et qu'avivent les arrangements à quoi il les soumet. Il voit que les mots attendent de ses opérations qu'elles les animent d'une vie imprévue. S'il se méfie du sens qu'il sent naître en eux, c'est qu'il entend préserver les chances qu'ils ont de s'en évader encore vers des découvertes. (…) Insoucieux des significations, le poète se livre à la fonction d'imprudence du langage. Il ne s'assure du secours d'aucune terre promise dont il aurait la révélation. Il n'attend de l'aide que des mots qu'il manie. Il est la terre et la promesse. En lui de l'être s'accomplit. 
Jean Lescure, Du calcul des improbabilités, 1964.
Quant au pourquoi ... à divers degrés, ce peut être cela, pêché chez ceux que j'aime tant lire :
J'écris pour prolonger le vécu, non pour l'éterniser, mais pour l'intensifier et rendre plus lucide cet instant qu'est l'instant vécu. (Octavio Paz)
Écrire, c'est une façon de parler sans être interrompu. (Jules Renard)
Écrire, c'est rester sur le qui-vive. (Jean Cayrol)
Écrire, c'est affronter un visage inconnu.( Edmond Jabès
) Je n'écris pas pour une petite élite dont je n'ai cure, ni pour cette entité platonique adulée qu'on surnomme la Masse… j'écris pour moi, pour mes amis et pour adoucir le cours du temps. (Jorge Luis Borges)

6 commentaires:

  1. J'aime bien ton équilibre dans le plaisir de la contrainte et l'indépendance affirmée :)

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    1. Je pense que tu as saisi l'esprit et l'état d'esprit :)

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  2. Moi je ne sais pas encore, ces 366 m'a un peu obligé à me remettre à l'écriture que j'avais laissé tombé par flemme, par sois disant manque de temps, par... Bref on verra bien ;-)

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    1. Mais je vais suivre cela de près camarade Gilsoub !!!

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  3. Les 366 m'ont pris par la main pour me montrer qu'il est possible de trouver le temps d'écrire chaque jour. Et c'est surtout ça que je voudrais garder après.

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