mercredi 12 septembre 2012

Impressions sur 1Q84

Lue (avalée ?) en un laps de temps resserré, copieuse avec 3 tomes et 1600 pages environ, cette trilogie -qui n‘en est peut-être pas une- a constitué une expérience au long cours en quantité, un « exercice » que je n'avais plus pratiqué depuis un certain temps.
Mais, que voulez-vous, il faut bien lire ses cadeaux d'anniversaire, non ?
Alors attendre d'avril à août, toute plaisanterie mise à part, m'a semblé un peu obligé pour s'attaquer à pareil engin aussi volumineux qui prend son temps, qui prend du temps, mais un temps que l’on ne perd pas !
Voici, quelques semaines plus tard, mes impressions, loin d'être exhaustives, livrées je l’espère en évitant d’intempestives révélations qui en gâcheraient la lecture.

 
(Dans laquelle il apparaît que je maltraite les jaquettes !)

Déployé en 3 tomes ou livres, chacun couvrant trois mois, cela commence avec avril-juin. C’est d’emblée très, très prenant.
Et, donc, premier livre avalé en une grosse journée autour du 11/12 août à cheval sur deux jours, puis il m'a fallu attendre les alentours du 19 août pour poursuivre puisque j'avais pris seulement le livre 1 sur notre lieu de vacances. Un peu bête le gars ? 
Heureusement j'avais des "réserves" (Vila-Matas, Cortazar, Bolaňo) pour patienter, oui patienter, même si le terme, je m'en rends compte en l'écrivant, est quelque peu désobligeant pour ces auteurs. Juste une question de moment. 
Mais revenons en  1Q84.
A la fin du livre 1, j'étais vraiment "pris" par l'histoire et en forte attente de la suite. Cela ne s’est pas démenti, alors que je redoute parfois l’essoufflement, le patinage… Ici, non. De retour, j'ai lu quasiment sur le même  rythme le livre 2, et j'ai plongé dans la foulée dans le 3 qu'il m'a fallu "distiller" (ou étaler) davantage en raison de certains engagements. Mais ça n’a pas traîné pour autant !

Aomamé (elle) et Tengo (lui), 30 ans l'un et l'autre, sont les deux héros de cette histoire, nous allons suivre leur aventure, leur convergence, découvrir leurs points communs et aussi rencontrer quelques personnages hauts en couleurs, parmi lesquels un certain Tamaru (garde du corps) qui veille et organise de façon extraordinairement précise les projets d'une vieille dame, ou encore Komatsu, éditeur plutôt surprenant dans ses méthodes, sans oublier l'énigmatique Fukaéri, jeune femme de 17 ans... Mais ce ne sont pas les seuls.
Chaque personnage du roman est suffisamment bien dessiné pour se révéler attachant, présent. 

La structure est efficacement charpentée, avec chapitre par chapitre une succession de voix Tengo/ Aomamé en alternance. Cela ne tourne jamais à vide, ne devient jamais un procédé creux. La construction et le découpage du récit ménagent très habilement le suspense, l'envie d'en « savoir plus » est constante, ce qui fait qu'on entame le chapitre suivant -en changeant de personnage donc- en abandonnant l'autre à grands regrets. Ou comment utiliser la frustration (provisoire)  comme moteur ! 
Dans le livre 3, une troisième voix, celle d'un enquêteur au physique ingrat, aussi patient, fin et talentueux qu'il semble lourdaud amène un souffle d'air nouveau dans le rythme du récit. De plus les hypothèses du lecteur pour savoir "où" il est ne sont pas levées : le livre dans le livre ? une voix dans l'autre voix ? ...
Il y a des répétitions certes, mais ce ne sont que des superpositions qui apportent  sans aucune gêne des variations dans les points de vue, des angles nouveaux ou décalés.

Dès le livre 1 ça picote les neurones du lecteur avec des indices au fil des pages qui "disent ou rappellent quelque chose" (... et que je vérifie quarante pages avant si oui …ou non !) . 
Quelques moments pince-sans-rire, traits d'humour à froid, sont à savourer aussi dans les dialogues et j’ai trouvé  - impression personnelle ? - que Murakami s’amusait un peu, comme s’il jouait avec la structure du feuilleton. Alors il en « rajoute » peut-être, parce qu'il a aussi du savoir-faire, de la maîtrise, mais c'est pour le plaisir renouvelé du lecteur à se laisser entraîner par ce flot. 
Enfin, l'histoire peut paraître « nébuleuse » mais elle est très ancrée dans des éléments concrets, très réalistes (tout ce qui touche à l'actualité) et brassant de grands thèmes (religion, violence, choix, rêve, sexe, solitude, et bien sûr, écriture) qu’ils soient approchés sur le plan collectif ou sur un mode plus personnel, plus intime. Tous points qui renforcent notre proximité avec les héros et les événements vécus.
La narration opère par glissements très fluides. Typique des ressorts fantastiques, avec une réalité qui se vrille imperceptiblement, se décale, et l'on finit (lecteur comme personnages) par ne plus savoir dans quel monde on se trouve, on glisse dans un fantastique étrangement familier, à hauteur d’humain.  Et c’est toute la valeur et le plaisir de cette lecture, une ambiguïté savamment ménagée.
On laisse volontiers l’auteur nous emmener sur un chemin où certains repères, certaines balises deviennent floues, flottantes. Comment dire le bien que cela procure ? 
Car rien n'est tranché, c'est très bien ainsi, tout n'est pas expliqué, ni explicable, et reste l'atmosphère, une ambiance fantastique et romantique, et même aérienne quand les personnages lèvent la tête et scrutent le ciel…
Belle plongée dans un monde sans concessions certes mais d’une grande richesse et d’une belle humanité. 
A lire !

4 commentaires:

  1. En tous cas, ça donne envie de le lire.
    Petite question : est ce que cela à un rapport avec "1984" du grand Orwell dont le titre s'inspire ?

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    1. Merci Leunamme, tant mieux ! ET oui pour 1984.

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  2. j 'ai aussi reçu la trilogie en cadeau début juillet de quelqu'un qui l'a beaucoup appréciée...je l'ai donc lu mais avec,très vite, l'impression de regarder une série TV...cf le suspens des retrouvailles entre Tango et Aomané ou l'assassinat du leader.
    le fantastique est noyé par les répétitions et le besoin de faire durer.
    Nul doute l'enfant à naître sera l'objet d'un quatrième tome.
    de grâce , ne me l'offrez pas ;-)

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    1. On peut aussi le voir ainsi, c'est vrai. J'ai préféré me laisser emmener :)

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