mercredi 1 août 2012

carte postale 2

Deuxième (et dernière) édition de la carte postale à l'orée du mois d'août, carte postale qui, si l'on observe son format ou sa longueur, usurpe indiscutablement son nom. Comme je fus avisé de ne pas penser à télégramme pour nommer ces billets d'été !

Je ne reviens pas en détail sur mes travaux dans la maison, ce serait un peu redondant.
Je reviens juste un peu, car abordé ici-même et aussi sur le blog 2, sur LE sujet qui peut fâcher...
"Oh, l'impie !"
Alors évidemment, préambule important : chacun fait comme il l'entend.
J'ai juste décidé, en un cheminement régulier dans le désengagement au fil des années, et dans la mesure où je peux le maîtriser par une simple pression sur différents boutons, de m'exclure complètement du système. N'arrivant plus du tout à faire abstraction des questions de fond, et chassant ainsi paradoxes, insatisfactions, ambiguïtés et contradictions. Juste une question personnelle de rigueur, pour être en accord avec moi-même. Je ne regarde pas, je ne suis pas. Je précise - et c'est extraordinaire quand on y pense- qu'il faut être vigilant pour "y" échapper si jamais on veut avoir d'autres infos.  
Je constate assez amèrement que les mêmes discours reviennent, que la dimension affective prend le pas, qu'on pense aux athlètes et aux sacrifices consentis et ceci et cela et que ... ça finit par occulter le reste - qui perdure, se reproduit - et c'est reparti pour un tour. Bon, j'arrête.

Nous avons profité de quelques soirées au cinéma, l'occasion de rattrapages dans nos deux salles préférées.
Vendredi dernier,  Ken Loach, avec "La part des anges" nous a valu un bon moment, c'est une comédie autour d'une arnaque sur le whisky, avec des personnages typiques du cinéaste. Terrain connu, pas de surprise, juste l'accent écossais à couper au couteau ! J'aime toujours autant Ken Loach en conclusion !
Samedi, autre chose. C'était prévu il y a longtemps, puis on y avait renoncé suite à des critiques ou des commentaires d'amis l'ayant vu, mais finalement j'ai voulu insister et qu'on se fasse notre propre idée. Nous avons donc enfin vu le film de Jacques Audiard "De rouille et d'os".
Le cheminement un peu sinueux que nous avons eu avec ce film s'est effacé très vite, le film nous a happés. C'était vraiment très bien.
Tout n'était pas parfait, ce n'est pas du côté du scénario qu'il faut chercher : il n'est pas sans défaut, et la chronique des faits est assez prévisible. J'ai regretté aussi l'esthétisation de la violence dans les scènes de combat, cela m'est apparu en contradiction avec le côté brut revendiqué par le film. Mais ce n'est  rien ou presque à côté des personnages, de leur parcours, leur évolution.
La force du film tient aux deux protagonistes qui sont d'ailleurs magnifiquement interprétés, et j'ai pour la première fois apprécié le jeu de Marion Cotillard. En outre, j'ai aimé le style rugueux du cinéaste dans un film qui est pourtant parfaitement maîtrisé, où rien n'est laissé au hasard, où rien n'est fait non plus pour juger ou pour tirer des larmes. 
La petite Venise, hier mardi soir, vraiment très bien.
C’est un joli film, poétique, plein de sensibilité, sans bavardage. Mais pas coupé du réel. La rencontre entre Shon Li, une jeune Chinoise, « tenue » par sa communauté à qui elle a une dette à rembourser (son passage…) avec un vieux pêcheur, Bepi, qui lui-même vient de Yougoslavie. Cela se passe dans le bar où Shon Li travaille, un bar fréquenté par une galerie de personnages couverts de cicatrices cousues d’humanité... Le vieil immigré et la jeune Chinoise qui attend l'arrivée de son fils sont réunis par la poésie, par la mer. Les silences sont longs mais peuplés, les émotions sont retenues… Cela se passe à Venise que l’on nous offre parfois éclatante de couleurs ou bien terne mais belle sous la pluie, insolite quand les canaux débordent, jusque dans le bar ... et il y a aussi la mer, la lagune. Mais hélas il n’est pas toujours bon de nouer ainsi une relation qui sera en butte à la bêtise, aux ragots, à la peur de l’autre en vérité, ce qui en imposera violemment et injustement la rupture (dans l’espace, physiquement au moins).
Des plans superbes, des éclairages magnifiques, une musique subtilement évocatrice  de François Couturier bien connu dans l’univers du jazz…Cela donne un film intense, tout en retenue, attachant. Je ne suis pas près d’oublier le moment où, dans sa cabane sur l’eau, Bepi pose sa main sur la joue de Shon Li dans un geste d’une douceur infinie.

"Holy Motors" de Leos Carax sera certainement le prochain film.
Et puis, et puis, Chris Marker est mort, je ne pouvais faire moins que revisionner La Jetée. Ce que j'ai fait en pensant  une nouvelle fois que c'est vraiment unique et magnifique.
Musique ?
J'ai visé le dépouillement et je me suis réécouté trois albums "solo" avec " L'imprévue" de Vincent Courtois violoncelle, "Another childhood" contrebasse de Claude Tchamitchian, "Don't explain" de Didier Petit, violoncelle encore.
Ce sont  des albums magnifiques, très différents mais tous intenses et je vous garantis que l'on ne s'ennuie pas une seconde, même si certains passages sont loin de -disons- l'easy listening !
Le livret joint à l'album de Tchamitchian mérite d'être signalé : loin des habituelles listes de remerciements, il contient un entretien avec le contrebassiste qui éclaire chaque morceau et permet d'apprécier encore mieux l'album, et j'en ai refait l'expérience écoute /lecture simultanément.
Livres...
Des deux polars, "Code 1879" est vite lu vite oublié. Bien construit mais sans grande saveur. Le dernier épisode de l'Inspecteur Rébus "Exit Music" avait davantage de substance et j'y ai apprécié - dans un univers complètement balisé et sans surprise - le sens inégalé des dialogues de Rankin.  Une belle conclusion de la série. Et cela c'était juste avant...
Le condottière, Georges Perec, un inédit perdu/retrouvé, écrit entre 1957 et 1960, environ 200 pages.

Pendant douze ans, un faussaire très habile exécute plus d’une centaine de faux et il en tire -matériellement -  les moyens de vivre. Mais, frustré intérieurement, il pense arrêter … quand il reçoit une commande qui pourrait éventuellement combler ce manque tout en étant extrêmement lucrative.
Son choix se porte sur un nouveau Condottière qu’il va falloir créer, mais ce ne sera pas le déclic escompté. Car il faut dépasser la technique, la copie et il faut créer, atteindre une maîtrise absolue : c’est ce qui va l’envoyer par le fond, il va échouer… (Ce résumé grossier ne peut tirer et tendre les fils de l’œuvre.)
Alors ?
Quelle belle expérience que cette lecture, les « fondamentaux » de Perec sont là ! Et c'est tout sauf une surprise, non ?
Première partie touffue, parfois embrouillée, à structure fragmentée faisant penser irrésistiblement au puzzle, mais j'ai eu du mal à y entrer, à y rester, quelques pauses ont été salutaires. On y trouve des moments carrément loufoques où le jeu sans vergogne avec le matériau, avec les mots se fait avec quelques effluves de Queneau. A peu près à la moitié, on change de ton, la deuxième partie apporte des éléments d'information, elle est plus fluide y compris dans les alternances. Je ressors de là avec l'idée que l'on pouvait - au cordeau - réduire l'ensemble à une nouvelle d'une centaine de pages. De quoi rêver si Perec l'avait retrouvé à temps et l'avait repris ? Mais ne perdons pas de vue le contexte, c'est une première pour Perec - il le dit lui-même- "c'est son premier roman abouti", il veut aussi montrer et même démontrer de quel bois il se chauffe !
Les thématiques sont bien évidemment celles que les amateurs (avec ou sans cabinet) connaissent (reconnaissent) ce qui rend cette lecture peu ordinaire.
On peut également se demander comment lire "ça" ?  Je pourrais tenter de la définir comme une expérience de lecture à double-foyer... On est au près et au loin simultanément mais à rebours !
Les vingt dernières lignes sont saisissantes, éblouissantes, émouvantes, elles sonnent comme un manifeste, un "cahier des charges" pour l'auteur Perec.
Ce qui est appréciable ici est bien qu'on lit quelque chose qu'on n'aurait pu ne jamais lire, comme si l'on était invité dans le laboratoire de Perec qui n'a pas encore trouvé mais qui s'y emploie, et cherche, cherche...
Le prix de ce roman est bien dans ce qu'il contient en germe, en perspective.
Pour finir, je signale aussi le grand plaisir de retrouver Claude Burgelin dans une belle préface.

Et j'ai empoigné depuis le livre 1 de 1Q84.

Retour "régulier" à partir du 27 août.
Portez vous bien !

3 commentaires:

  1. Bonjour K, j'ai aussi beaucoup apprécié le film de Loach qui commence de façon assez violente et se termine en comédie très sympathique. Et j'ai appris des choses sur le whisky. Bonne journée.

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  2. Tes mots sur Le Condottiere me font le mettre nº1 sur ma liste de livres à acheter. Si ça t'intéresse, sur ce blog que je lis toujours, une analyse bien intéressante du même livre:

    http://inma-abbet.blogspot.com.es/2012/06/le-condottiere.html

    Porte-toi bien également!

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  3. Dasola > merci de ta visite !
    Colo > merci pour ce lien, j'ai lu et c'est très intéressant, j'aurais été bien incapable d'écrire cela aussi savamment et aussi bien !

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