mardi 3 juillet 2012

Singulier...s

C'était il y a 9 jours, samedi 23 et dimanche 24 juin.
Pour commencer quelques photos du début de soirée d'un samedi finalement clément du côté météo avec soleil dans la journée, mais du vent qui s'est levé et a frigorifié l'assistance lentement mais sûrement.

Ekko (Jérémie Ramsak et David Morand) nous a procuré une entrée en matière plus qu'agréable, une ouverture qui poserait les fondations du week-end en flottant au vent, j'ai d'ailleurs écouté les morceaux le nez en l'air les yeux sur les mouvements du lierre balayé par les souffles d'air.....


Thierry Lhiver au trombone et Isabelle Olivier à la harpe s'installent. Guillaume Séguron à la contrebasse est caché hélas, juste derrière elle.
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John Greaves, annoncé dans le programme comme aventurier musical, ce qui -il faut le reconnaître- est la stricte vérité !
Sois patient car le loup est vraiment porté par l'interprétation intense de Greaves qui sait jouer de tous les registres du plus profond désespoir à l'émotion légère en passant par un sens de l'humour jamais en défaut.
Ainsi servis les textes de Malcolm Lowry sont admirablement mis en valeur, et chaque morceau de la mise en musique permet de les entendre en anglais puis traduits en français.
Ce qui pour moi est une limite, j'aurais aimé moins de systématisme, des trous d'air dans cette structure qui s'émousse un peu au fil du concert. L'ensemble reste très intéressant, ne nous y trompons pas !

Fatigués, nous ferons l'impasse sur le dernier concert qui aurait pu nous voir rester mais ne nous a pas accrochés d'emblée... Repli donc, pour quelques boissons chaude ou fortes, c'est selon !
Le lendemain, la pluie oblige au redéploiement à l'abri : ce sera le théâtre Boris-Vian. La programmation fait que les choix des uns et des autres sont différents et, au bout du compte, nous nous retrouvons à deux irréductibles pour une fin d'après-midi et un début de soirée qui seront très réjouissants.

Et même si ça commence mollement avec une expérience sonore électronique et concrète (cailloux, objets divers, branchages) qui finissent par tourner en rond au bout de quinze minutes...
La suite est prise par Jacques Bonaffé qui nous emmène de façon ludique mais très profonde vers les textes de Jean-Jacques Rousseau et les questions de nature, de sauvage, de civilisé, de social ou d'asocial... S'appuyant sur les textes qu'il lit d'abord il se lance dans une réflexion, des digressions et un débat qui de loin en loin revient au texte comme pour faire le point, faire le résumé... Le tout en allant chercher les spectateurs, en faisant participer, ce qui n'est pas un mince exploit et l'on songe alors à la dimension qu'aurait pris son tour s'il avait pu l'assurer dans les jardins, à déambuler, à débusquer le public... cela finira dehors d'ailleurs, sous une éclaircie, car il nous entraînera sur les pas du promeneur solitaire, dans une rêverie "dansée" à sa façon, où nous serons mis à contribution en esquissant de vagues pas à la Pina Bausch et lui déclamant le texte. Avec Bonaffé, ce fut un moment plein et revigorant. 
Un petit break plus tard, j'eus la chance de me voir souffler à l'oreille un poème de Fernando Pessoa, j'en fus comblé. Puis ce fut le flamenco, avec un duo violoncelle guitare, pour un genre que je prise peu, sans doute parce que je le connais mal. Le concert fut excellent, le duo (guitariste espagnol chevronné, jeune violoncelliste inventif) dégagea une réelle complicité musicale au service de pièces belles et profondes,les applaudissements nourris étaient plus que mérités.

Enfin le duo tant attendu arriva. A notre droite, sur scène Edward Perraud aux percussions, avec un attirail invraisemblable d'instruments, d'objets et d'électronique.
Et à gauche, Fred Frith, un géant de la musique improvisée, guitare à plat sur la table, des pédales d'effets tout autour, une guitare acoustique derrière lui, du matériel plus qu'hétéroclite également à disposition (sable, gravier, archet,...)... bref tout était en place pour un grand moment.
Et ce fut le cas, Fred Frith était indiscutablement aux commandes, il nous propulsa dans un univers sonore où Perraud réussit à trouver une place, à répondre, saisir les perches et provoquer les interactions, ce qui ne fut pas un mince exploit. 
Construit comme une longue suite, le concert passa par divers moments et ambiances, parfois bruitistes parfois mélodiques et la bascule se fit lorsqu' après une trentaine de minutes où les fondations furent posées, l'ambiance patiemment installée, Frith empoigna sa guitare électrique pour une dizaine de minutes d'un solo brutal à couper le souffle où il découpa tout sur son passage, sur un registre qu'on pourrait qualifier de hardcore punk.  
Ensuite, il joua sur les alternances à nouveau avec ses ambiances presque planantes, parfois minimalistes et il reprit ses guitares, l'une et l'autre, pour conclure avec un moment acoustique complètement apaisé qui finit de nous emmener en suspension.  Magnifique.

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