samedi 9 juin 2012

Consequences - Peter Hammill (cd)


J’ai longtemps attendu avant de me lancer dans la rédaction de ce billet annoncée en avril à réception de l’album. Tout bonnement parce que la musique de Peter Hammill pourrait certes se chroniquer après trois écoutes, mais ce serait fortement réducteur.
Une immersion progressive par des écoutes successives, peut-être une dizaine au minimum, est le plus souvent pratiquée par les amateurs, car elle révèle des profondeurs inconnues comme un puzzle qui s’assemblerait patiemment.
Si l’intérêt de ces découvertes est évident particulièrement pour l’amateur de sensations et notations complexes, la limite posée ne l’est pas moins avec une accessibilité contrariée, une  spontanéité en berne, une difficulté et un risque pour le nouvel auditeur de passer à côté. Risque d’ailleurs assumé par l’artiste.
Ces quelques propos introductifs étant posés, voyons ce que m'a inspiré ce nouvel album. 
J’ai écouté cet album une bonne vingtaine de fois. Et l’écouter d’une traite à chaque fois comme je l’ai fait, ce fut vraiment dur. La déception est palpable, installée, et je n’arrive pas à la dépasser. 
J’ai passé plusieurs semaines sans l’écouter avant une nouvelle tentative, et rien n’y fait. Je n’entre pas dans cet album, je ne le vis pas, il ne me touche pas.
Ceci constitue une sacrée claque lorsque l’on est attaché à l’œuvre musicale d’un artiste depuis plus de trente ans. Là, c’est aucune surprise. Aucun frisson.
Et donc une énorme déception. Je ne trouve rien. Dans ma perception, tout est prévisible, tout sonne tristement déjà entendu, sent le déjà fait, les guitares, les claviers, les breaks, les collages des différentes sections me semblent mal fonctionner. Tout ceci patine, s’éternise, sans rythme, dans une pâte sonore où PH (= Peter Hammill) semble définitivement noyé et englué comme dans des sables mouvants, avec des backing vox par charrettes entières, des lyrics dont on ne retient rien de marquant, et cette quasi-absence de percussions…
Tout ça s’effiloche, cotonneux… sans consistance, du moins sans que j’y trouve de quoi m’accrocher.
Ceci ouvre des abîmes d'une réflexion perplexe sur ce qui captive ou pas dans un album, vaste sujet. Je vais m’y arrêter un peu, essayer de dire comment je vois cela, et cela restera strictement mon point de vue, certainement pas le guide en 10 points de l’amateur de musique ! 
« Ce qui captive » est à mon sens variable dans le temps et selon le moment. On peut apprécier un album d’emblée et s’en détacher, et l’inverse est possible. Toutes les solutions intermédiaires également. Le temps fait son œuvre à tous les étages, des choses adorées il y dix ans seront « jetables » aujourd’hui. Passées, finies, épuisées, vidées. Certains albums de ma discothèque sont dans ce cas.
Il y a des cycles au bout desquels on peut arrêter ou bien au contraire entériner, inscrire tel album/ telle musique/ tel artiste dans son « patrimoine musical portatif » pour toujours. Adéquation parfaite entre ce qu’on entend, comment c’est fait et ce que ça propose quand on l’entend, qui on est et ce qu’on cherche à ce moment-là.
Une rencontre.  Marqué à vie. C’est mon cas pour ce qui concerne Peter Hammill, sinon je ne serais pas là en train d’écrire tout ça !
Alors, le constat est simple, il semble bien que je ne suis pas entré dans cet album, malgré ma vingtaine d’écoutes, et peut-être même que je n’y entrerai jamais. Ensuite, quand je pense à l’effet que m’a fait ce nouvel album, il y a une approche globale, un sentiment général  qui m’a gêné rapidement : c’est l’esthétique sonore synthétique, les moyens et procédés utilisés qui sont une barrière pour moi. Sur cette approche, j’en ai tout simplement assez, c’est du déjà fait et du déjà entendu. 
 C’est un peu terrible (sans que ça tourne au drame !), c’est un peu comme regarder un vêtement à l’envers : je ne vois que les coutures ! Et je n’ai pas forcément envie d’insister indéfiniment. 
Pour quoi faire ?  Qu’y a-t-il de novateur dans cet album ?  Qu’est-ce qu’il essaie d’inventer, quelles traverses inusitées emprunte-t-il ? Je ne les perçois pas. 
D’autres points peuvent expliquer un peu plus, en rapport avec le moment. Un, j’assiste très régulièrement à des concerts, je suis donc très orienté musique vivante, en direct, etc… La période et mes envies actuelles sont plutôt éloignées de ce disque.  Donc, distance, forcément. Deux, dans un album on trouve plus ou moins ce qu’on veut ou peut bien trouver. Les échos se font à partir de ce que l’on est, et de ce que l’on cherche, en surface ou plus profond. Il y a quand même du désir, de l’envie, de la disponibilité… L’album ne débarque pas sur un territoire vierge (surtout quand on suit l’artiste en question depuis plus de 30 ans !!!),un  territoire qui serait l’esprit/l'état d'esprit de celui qui écoute, prêt et hyper-disponible à la réception...
Et puis il y a les thématiques de l’album., avec des lyrics dont les sujets abordés ne me parlent ou ne m’intéressent pas réellement, en tout cas pas en ce moment… Et on pourrait « s’amuser » à convoquer quelques éléments biographiques connus de l’artiste pour appuyer l’interprétation et l’appréciation de cet album,  mais cela ne ferait à mon sens que piper les dés et l’on peut tout-à-fait ignorer ces infos.

Voilà, c’est tout cela, cela correspond bien (et montre) que je n’avais pas d’attente ou d’envie particulière sur cet album, sinon je serais encore en train de creuser ! C'est donc un rendez-vous manqué ! 
Ce sera pour la prochaine fois. Et ça peut arriver, c’est extrêmement rare et presque spectaculaire dans ce cas précis car l’oeuvre foisonnante de Hammill contient des chefs d’œuvre enfouis, ignorés et trop secrets ! Vivement le prochain album :)

13 commentaires:

  1. Quel album conseilles-tu en particulier ?

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  2. Madleine > LA question difficile :)
    Voici une série de suggestions par décennie qui peut aider selon ses propres goûts et approches...
    1972 / Chameleon in the Shadow of the Night / voix, guitare acoustique et piano , textes 70s très "existentiels" et presque "métaphysiques", son assez brut.
    1974 / The Silent Corner and the Empty Stage
    dans la lignée mais travail sonore plus poussé avec des effets électriques, électro-acoustique (pas envahissant)
    1980 / A Black Box / une série de courts morceaux (rythmés ou ambiant) et une suite de 20 minutes A Black Box qui file majestueusement la métaphore entre la boîte noire et l'ADN
    1983 /Patience / superbe album à la tonalité très rock dans les rythmiques ; des portraits, des histoires étranges et fantastiques pour les textes.
    1986 / Skin / dans la même veine,celui-là je le mets aussi pour des raisons sentimentales ( Madame C. si tu me lis !)
    1986 / And close as this
    voix et piano solo, très dépouillé, magnifique
    1992 /Fireships / une très belle production son et des orchestrations inédites jusque-là.
    2002 /Clutch/ retour aux basics, avec piano guitare voix, le son de l'album est très LIVE, superbes chansons comme d'hab !
    Enfin je rajoute le groupe de Hammill (= Van der Graaf Generator) avec deux albums mythiques :
    1975 / Godbluff / 4 morceaux denses et sauvages
    1976 / Still Life / qui a suivi, plus calme et mélodique.
    Voilà, je ne pouvais faire plus court !

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  3. Merci :) Je chercherai dans ce que la médiathèque possède.

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  4. Madleine> ça risque d'être ...pas évident !

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  5. Après recherches sur le site, il y en a 4. Seulement !

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  6. Madleine > Lesquels ? ça correspond à la "sélection" ? Sinon des copies seront possibles...à suivre !

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  7. Bonjour Number K . Tout d'abord j'ai très apprécié la manière dont tu exprimes tes ressentis sur la musique , ta façon de l'écouter et de la percevoir . Je procède également ainsi . J'écoute et j'aime beaucoup de musiques , aussi variées soient elles (blues tradi , orientale,indienne,africaine ). Peu importe la musique , il faut avant tout qu'elle me procure une émotion . Et je suis bien d'accord avec toi , ce n'est pas en une seule écoute qu'on peut capter l'essentiel d'un album . C'est petit à petit qu'il peut révéler ses richesses, sa réelle beauté ." Ce n'est pas ce qui est apparent qui importe , mais ce que l'apparence cache " Pour ce qui est de PH , je l'ai découvert début 70 avec l'album " The silent corner ..." et cet album m'a profondément marqué . Puis " Fool's mate" etc . Je ne connait pas encore toute sa discographie , j'en ai seulement une douzaine . J'aime beaucoup " Over" aussi. Mais dans chacun de ses albums il y a souvent du très bon et du moins bon . Le " Conséquences" , je l'ai depuis 2 jours . Je me faisait une grande joie de le découvrir , mais après 2 écoutes, comme toi ,je n'ai encore pas ressenti un soupçon d'émotion . Un peu déçu donc , mais je vais encore le faire tourner pour m'en imprégner un peu plus , et on verra !...
    Autre artiste aussi dont je suis un inconditionnel , c'est Robert Wyatt . Quand j'ai écouté la 1ère fois " Rock bottom" , j'ai eu un choc sans précédent , totalement bouleversé . Enorme !!!...
    Je joue un peu de musique et connais plein de musiciens , mais ca me fais très plaisir de parler ces artistes là , car je connais très très peu de gens qui apprécient ou que ça intéresse,malheureusement .
    Merci pour tes suggestions concernant PH , car certains de ces albums me sont encore inconnus . -- Joël --


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    1. Bonjour Joël et merci de tes commentaires.
      Je mets en lien mon blog précédent, cela te conduira à une catégorie A Black Box où j'ai chroniqué tous les albums officiels de Hammill, en poursuivant ensuite au fil des sorties sur le blog Interférences. Bonnes lectures !
      Tu trouveras aussi une chronique de Rock Bottom mais je te laisse chercher je ne sais plus où elle est !
      http://numberk.canalblog.com/archives/a_black_box/index.html

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    2. Le lien vers Wyatt :
      http://numberk.canalblog.com/archives/2007/02/04/3895737.html

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  8. Je ne comprends pas votre déception : elle irait presque à me décevoir. Personnellement, je le reconnais bien, c'est bien lui, et il m'émeut toujours.

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    1. En un mot comme en cent, je ne vois aucune ouverture, et je trouve que Hammill tourne terriblement en rond dans cet album.
      Je perçois -peut-être à tort- un manque d'inspiration que toute la maîtrise sonore en terme de production ne masque pas en superposant des couches, des effets...etc.

      Merci du passage et du commentaire !

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    2. Bon...d'accord...tu as raison. J'ai découvert cet album seulement hier. Pourtant, je suis PH depuis très longtemps aussi. Disons que j'y reviens toujours, mais ça faisait donc un bout de temps. Comme d'habitude, et aux premières notes, je reconnais, je prends plaisir. Je me suis un peu enflammé. J'ai réécouté, réécouté, et effectivement, comme tu dis, il tourne en rond. A la vérité, ça me fait un peu mal de reconnaitre qu'il ne se passe pas grand-chose, et que les couches vocales deviennent assez pénibles. En réalité, le plaisir que j'y ai pris a été comme le souvenir de ce qu'il m'a provoqué tant de fois, et qu'il est le seul à m'avoir provoqué avec autant de régularité. Merci pour ton texte.

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    3. Il n'est pas question d'avoir raison, c'est juste un avis et un ensemble d'impressions.
      Il m'a semblé aux premières écoutes que je ne pourrai "me contenter" de cet album parce que c'était PH, le nouvel album, etc.
      Je ne me prosterne pas à la moindre note du maître ! Je n'ai pas acheté le coffret live (Pno, Gtr, Vox Box) parce que cela devient à certains moments insupportable vocalement et musicalement.
      Ceci dit pour Consequences quelqu'un qui découvre ou connaît partiellement peu y trouver son compte, mais à mon humble avis, pas quelqu'un qui suit depuis plus de 30 ans :-) !
      Enfin si ça t'intéresse, un lien vers toutes les chroniques y compris VdGG jusqu'à THIN AIR 2009, .... (la suite étant sur ce blog)...
      Si jamais ça te tente !

      http://numberk.canalblog.com/archives/a_black_box/index.html

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