mardi 10 avril 2012

... pas le temps ...

Je n’aurai pas le temps de lire
tous les poèmes du monde
Et j’ignorerai peut-être longtemps même
les vers du poète papou Tumuc-Humac
la voix du poète analphabète,
l’oral Siméon de Carinthie
Et la voix du poète aveugle d’Afghanistan
Oumaoul El Kabash
J’ignorerai sans doute jusqu’à ton nom,
poète du désert murmurant tout seul,
dans ta tente berbère,
quelque credo intérieur
en pensant à la femme que tu aimes.
Je ne connaîtrai sans doute jamais
la poétesse nègre d’Haïti
qui chante à son nouveau-né
la joie de l’enfanter.
Je ne connaîtrai pas Dulciane,
poétesse du fond d’Éthiopie,
mirant son visage de princesse Tutsi
dans le miroir de quelque lac
de haute montagne
Ni la prêtresse noire des hauteurs du Rwanda,
égrenant devant le feu la vieille saga
et la chanson que chantaient ceux
qui n’avaient jamais été à Bujumbura.
Ni la voix de cette femme enterrée vivante
au Burundi
Tant de voix perdues comme ta voix
enveloppée dans la fixité de la mort.

Julos Beaucarne
1980 album le Chanteur du Silence
Trouvé en 1980, jamais perdu. 
Peut-on oublier un texte exceptionnel ?

5 commentaires:

  1. Tu aurais moulte à dire, avec mon Enchanteur, grand ami de Julos devant l'éternel. Tu sais qu'il a une webradio menacée ? Va vite !! Fais lui du trafic !

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  2. Sacrip'Anne > ah c'est bien, ça ! J'ai rarement croisé des qui connaissent Julos,en disque,en livre ou en vrai ! Et je vais aller à la webradio illico , merci.

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  3. J'en suis une qui connaît Julos! Par contre je découvre ce texte splendide.

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  4. Je peux te présenter mon homme si tu veux ?
    Tu as d'ailleurs les mêmes anciens guides pop-rock que lui ;)

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  5. La bacchante > Content que tu apprécies.
    + Madleine > je me sens moins seul dans le julosland !
    Et les guides, ça pardonne pas, encore mieux qu'une datation au carbone 14 !!!

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